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voiles pour explorer les océans devant lesquels avaient recuh' le héros grec et le héros romain, qui arma ses yeux j)our percer le mystère jusqu'alors inipénétré des corps célestes. — Si l'on veut à toute lorce apercevoir ici une renaissance, ce n'est certes jîas la renaissance de l'antiquité, et moins encore la renaissance de cette Rome inapte à l'art, à la i)hilosoi)hie et aux sciences. C'est simplement la renaissance de l'homme libre, allranchi de la puissance nivelante de l'Empire : liberté de l'orjfanisalion politique et nationale opposée à la routine universelle; liberté de la concurrence, de la libre initiative dans le travail, la création, lellort, opposé à la paisible uniformité de la Civilas Dei; liberté de l'esprit d'observation opposée aux interprétations dogmatiques de la nature ; liberté de la recherche et de la pensée opposée aux systèmes artificiels des Thomas d'Aquin; libex'té de l'invention artistique opposée à la rigidité des formules hiératiques; enfin, liberté de la foi religieuse s'opposaut à l'intolérante contrainte.
Toutefois il serait inexact d'affirmer que la renaissance du libre individualisme germanique s'est produite d'abord en Italie ; elle y a seulement fait éclore la première et impérissable floraison de sa culture. J'ai simplement voulu faire remarquer que, même en ce pays méridional, aux portes de Rome, l'explosion de vie qui se traduisit de manières si diverses (indépendance de la boui'geoisie, activité industrielle, sérieux scientifique, puissance ci-éatrice dans les arts) fut un fait complètement germanique et, par suite, nettement antiromain. Un coup d'œil sur le temps d'alors en témoigne ; un coup d'œil sur le temps d'aujourd'hui le confirme.
Deux circonstances ont amené dans l'intervalle une diminution progressive du sang germanique en Italie : d'abord le mélange de ce sang germanique avec le sang d'un peuple métis, dépourvu de toute noblesse de race;
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puis la destruction de la noblesse germanique, résultat des guerres civiles interminables, des luttes de ville à ville, des vendettas, des duels et autres explosions de passions déchaînées.
Au nord des Alpes, le cours de l'histoire fut tout différent. On n'y vit jamais pareille floraison, mais jamais non plus pareille catastrophe : cette catastrophe ne s'explique que d'une manière : par la disj^arition des esprits créateurs, ou, en d'autres termes, de la race qui les avait engendrés. Une seule pi'omenade à travers la galerie des bustes, au musée de Berlin, suffit pour nous convaincre qu'en fait, le type des grands Italiens a complètement disparu de nos jours. De temps à autre, nous en évoquons le souvenir, quand nous rencontrons une bande de ces géants magnifiques qui travaillent à la construction de nos routes et de nos cliemins de fer. Nous admirons en eux la force physique, le noble front, le nez hardi, l'œil plein de flamme. INIais ce ne sont là que de pauvres épaves échappées au naufrage qui a englouti le germanisme italien. Au point de vue physique, cette disparition s'explique suffisamment par les raisons indiquées. Mais il faut y ajouter comme facteur très important la répression violente de certaines tendances mentales, l'écrasement moral pour ainsi dire, de l'àme de la race. Les représentants du type noble furent ravalés à la condition de terrassiers. Le métis devenait leur maître et ne suivait que son bon plaisir. La potence d'Arnault de Brescia, les échafauds de Savonarole et de Bruno, les tenailles de Campanella et de Galilée ne sont que des symboles visibles d'une lutte quotidienne contre le germanisme, lutte entreprise méthodiquement dans toutes les directions, jusqu'au complet anéantissement de la liberté individuelle. Qui pourrait aujourd'hui séjourner en Italie, fréquenter ses aimables habitants si richement
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doiK's, sans épi'ouvei* le douloureux sentiment qu'ici une nation a sombré sans espoir de salul, parce que la lorce ini})ulsive intérieure, la g^randeur dame correspondant à son talent, lui font défaut?
(À'tte force, la race seule la confère. L'Italie Ta eue tant (juelle posséda des Germains. Et ne voit-on pas encore aujourd'hui, dans les régions jadis particulièrement riches en Celtes, en Allemands et en Normands, sa population déployer cette activité d'abeilles au travail, caractéristique dune race vraiment germanique, et produire des hommes énergiques, qui s'ed'orcent désespérément de maintenir leur pays uni, et de le diriger vers des voies glorieuses? — Cavour, le fondateur du nouveau royaume, est né dans l'extrême Nord; Crispi, qui sut le diriger à travers les dangereux écueils, compte des aïeux dans l'extrême Sud. Mais, comment redresser un peuple lorsque la source de sa l'orce est tarie!
Et quel sens prennent les mots, quand Leopardi nomme ses compatriotes une race « dégénérée », et qu'en même temps il évoque à leurs yeux « l'exemple des ancèti'es ».
Ibid., t. I, p. 694-697.