D'où vient la présente grandeur de ^Allemagne
Le développement de la civilisation de l'Empire est si manifeste et si grandiose que nous ne cesserions de nous émerveiller, si je laissais parler la statistique...
Nous, la seconde génération, nous qui n'avons pas connu l'ancienne Allemagne, qui avons grandi dans la brusque période d'épanouissement ; nous, qui sommes si jirofondement pénétrés de sa grandeur qu'elle ne nous parait pas extraordinaire, nous nous rendons compte de cette évolution profonde, lorsque nous considérons l'Histoire la plus récente de l'Allemagne. Pour l'observateur, il n'y a rien de plus merveilleux que l'époque allemande présente, rien de plus gros d'espoir que l'avenir de notre l^ays.
Quel revirement total, par exemple, en politique! Ne sécriait-on pas avec indignation en Angleterre, il y a de cela cinquante ans, que les Allemands devaient se con-
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tenter de lire Schiller etGœthe, sans s'immiscer dans les all'aires mondiales? Qu'est devenu ce peuple que la présomption anglaise et l'étroitesse de vues européenne renvoyaient à sa poésie et à sa science en apparence infructueuse?
Extérieurement, il est, à la vérité, encore limité ; intérieurement, c'est un colosse saturé d'énergies latentes, que rUnivers considère avec envie et inquiétude, car personne ne sait comment et dans quel sens exploseront ces énergies.
Et d'où viennent ces forces accumulées, cette croissance soudaine? Contrairement à lesprit anglo-saxon, notre esprit germanique souvent refoulé sur lui-même, réduit à ses propres ressources par des circonstances politiques défavorables, sans dérivatif dans le commerce, l'industrie, la politique coloniale, donc sans domaine d'activité intense, a pénétré dans le laboratoire de la nature; il a créé dans le silence, grâce à un labeur assidu, des valeurs nouvelles qui nattendent quune conjoncture favorable pour prendre leur essor. Lorsque cette condition préalable : la fondation de l'Empire nouveau, fut réalisée^ cette force créatrice nourrie dans le silence, longtemps réprimée, que personne ne soupçonnait, se rua impétueusement sur les choses de ce monde, les saisit et les maîtrisa. Cette force créatrice, ce goût de l'activité sont si puissants que le cadre de l'Empire allemand moderne paraît de nouveau trop étroit ; la situation d'avant la fondation de l'Empire se renouvelle et il nous faut, une ibis de plus, recueillir des forces pour un avenir dont la nécessité s'impose.
L'esprit allemand est encore plus vivace en Allemagne que chez les autres peuples d'origine germanique, parce que les circonstances politiques nous obligèrent à utiliser notre force d'expansion dans les laboratoires, au lieu de l'employer à remporter des succès faciles sur des peuples
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et des races inlV'rioiir«;s. ('onlrairement à ce qui s'est passé pour les Anglo-Saxons, l'exiguïté de l'espaec était pour nous un obstacle, et nous conviait à rentrer plus profondément en nous-mêmes. Je ne veux [)as dire j)ar là que les autres races j^ermaniques n'aient, pendant ce temps, rien donné à la science. Les Anglo-Saxons, grâce à leur situation insulaire, purent, de bonne heure, mettre en valeur la supériorité germanicjue, utiliser leurs découvertes scientifiques dans l'industrie et Jans le commerce pour conquérir la moitié de l'Univers. Nous avons eu beaucoup à appi-endre d'eux pour arriver à les égaler; mais, grâce à notre travail antérieur, ce fut rapide, et aujourd'hui l'état de choses semble renversé. La raison en est que, de nouveau, notre situation extérieure restreinte nous contraint à nous déveloi)per plus en profondeur qu'en surface; c'est un fait historique tout à fait naturel; c'est là, aussi, que réside le germe de notre supériorité future ; cependant, cette situation ne doit pas se prolonger, si nous ne voulons pas nous consumer nousmêmes.
Dans les pays où domine l'influence germanique, une double énergie apparaît sans cesse :
1° La force créatrice de l'esprit (trait persistant de la race germanique) qui nous fournit des moyens nouveaux en vue de la lutte pour la vie;
2° La force créatrice du corps, ou fécondité, génératrice de vies nouvelles.
En Allemagne surtout, ces caractères sont très marqués. La force expansive et la poussée expansive de l'esprit et du corps sont les deux principes fondamentaux de toutes les questions actuelles.
La force expansive de l'esprit est représentée dans la vie sociale par la force motrice, celle du corps se manifeste par l'augmentation de la population. Il y a action et réaction de ces deux forces et elles sont l'origine des
nouvelles misères sociales germaniques. La puissance de ridée va de pair avec la vigueur du sang. Quelle situation sociale cette double forme de fécondité a-t-elle créée, et ces deux mêmes facteurs ne pourront-ils j)as, à l'avenir, transformer harmonieusement l'état actuel de la société? Ce que l'esprit créateur allemand a commencé à faire avec le machinisme, il devra et pourra le parfaire par le machinisme. Allons où nous poussent notre fécondité intellectuelle et physique : à la conquête du monde!
Ibid., p. 64-67.