Agrandissons notre territoire
Nous avons vu par l'exemple de TAngieterre que toute réforme, toute évolution sociale nécessitaient en premier lieu un domaine économique plus un, plus étendu que celui présenté par les grandes puissances européennes modernes; naturellement ceci s'applique aussi à l'Allemagne.
Pour le moment tous nos hommes politiques, tous nos économistes ne portent en ligne de compte que les limites restreintes de l'Empire, non pas peut être dans leur for intérieur, mais en paroles. Sans doute, ceci est encore nécessaire pour l'avenir le plus proche. Autrefois on nous engageait à attendre que l'Allemagne comptât 60 millions d'habitants. Elle les a niaintenant, et peut s'accommoder de 70 millions, et peut -être davantage, pour un temps très court. Il ne faut surtout pas oublier que l'Allemagne, dans l'intérêt même de tous les Germains, ne doit jamais marcher sur les traces de l'Angleterre; que son allaiblissement qui commence nous soit un exemple salutaire !
Le marché mondial ne peut tjlérer l'existence d'une seconde Angleterre. On peut facilement se représenter ce qu'il adviendrait d'une Allemagne industrialisée — elle qui ne dispose même pas de territoires aussi étendus que ceux de l'Angleterre. Une dépendance économique vis-à-vis de l'étranger semblable à la dépendance ^o\\tique de l'Allemagne avant la fondation de l'Empire se renouvellei'ait. Von der Brüggen écrit : « Une industrie n'est économiquement saine que dans la mesure où ses
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facteurs osscnliels ont leur l)ase sur le sol natal, et si son marché principal a son siège dans le pays même. » Ce n'est pas le cas de l'Angleterre. « Une industrie qui produit surtout pour l'exportation, met son propre pays SÖUS la dépendance de 1 eti-angeret sera toujours exposée aux (luctualions des marcliés étrangers. Telles sont l'Angleterre et la Belgique. Le marché allemand a été assez fort jusqu'à [jrésent jwur maintenir sur pied notre industrie indigène dans son ensemble II est à souhaiter que cet état de choses dure; ce serait une catastroj)he si notre vie économique nous mettait dans la même situation que celle de lAngleterre. Devenir à ce ])ri\ un Etat industriel, que Dieu nous en préserye ! »
Dans tous les pays d'où l'Angleterre tire ses moyens de subsistance, et auxquels nous aussi sommes obligés d'avoir recours, s'éveille une industrie autonome. Presque tout notre prodigieux excédent de x^opiil^^tion ne peut vivre que de l'industrie. Le rendement de nos terres cultivées sera de plus en jilus en rapport inverse avec notre consommation. Plus l'industrie autonome se développera dans les autres pays, plus les articles manufacturés que nous avons si chèj-ement ])ayés de la santé du peuple, perdront de leur valeur. Ces nouveaux jjays industriels auront de plus en plus besoin de leurs propres produits pour leur population croissante. Donc, la valeur de ces matières augmentera pour nous.
Qu'on se représente, étant donnés ces faits, une seconde Angleterre, deux peuples frères, deux peuples de maîtres, qui chez eux s'usent par le travail dans des ateliers malsains et qui lutteraient pour le pain quotidien chez des peuples étrangers et de race inférieure, tandis que ceux-ci verraient la manne leur tomber tout naturellement. Quel spectacle décevant ! Il faut se garder en outre de croire que géographiquement l'Allemagne se trouve dans une situation aussi favorable que celle de l'Angle-
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terre ; sans dire même que nous soyons entourés de peuples armés jusqu'aux dents, presque tous « non Germains '», même en passant sous silence notre mission, en tant que puissance germanique jjrépondérante en Europe, notre situation est vraiment moins favorable que celle de l'Angleterre; car celle-ci possède des terres qui, toutes situées qu'elles sont au delà des mers sont fusionnées dans un ensemble économique ; ces colonies peuvent lui fournir les matières nécessaires à son existence. Elles s'adaptent à son développement et pourront à l'avenir la rendre indépendante de tout l'Univers.
Mais l'Allemagne n'a pas de terres; et au point de vue de l'approvisionnement nous serons de plus en jilus subordonnés à l'étranger. Voilà l'un des points les plus vulnérables de la théorie des pacifistes à outrance qui considèrent les unités nationales d'aujourd'hui comme définitivement établies; c'est là aussi le point vulnérable de la politique extérieure de notre socialdémocratie, qu'elle dissimule mal en se réclamant de l'internationalisme. Car la meilleure organisation sociale, la plus équitable, ne saurait donner plus qu'elle n'a, et la meilleure organisation sociale de l'Empire allemand, ne peut j)as nous garantir que l'étranger nous fournira toujours les produits indisi^ensables à la vie.
Bref, tant que nous dépendrons de l'étranger pour notre subsistance, tant que nous ne formerons pas un tout économique, le socialisme, à l'intérieur, sera une chimère qui offrira plutôt moins de garanties que le puissant état militariste actuel.
Donc, notre première réclamation sera : « Donnez-nous plus de terres ! » Pour atteindre ce résultat, nous ne pouvons, nous ne devons et nous ne voulons pas compter sur un état futur hypothétique, mais sur la « réelle vigueur de l'Empire allemand ». (Comte de Biilow au Reichstag.) Cette réclamation n'est pas arbitraire, immo-
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raie, mais oUr est nécessitée par la loi fondamentale <le la vie économique et de l'organisme qui a besoin duu cliamp salubre jjour manifester sa force. Ce champ salu])i"è n'est pas fait de concurrence industrielle déintante et de vie dans les ateliers où l'oii végète, mais d'agriculture alliée à l'industrie.
(^uil est funeste et faux d'asjjirer à un nouvel ordre social économique et en même temps de combattre la politique de son pays comme le fait le parti des socialdémocrates du Reichstag-! C'est un aveuglement ([ui ne peut être expliqué que par le docti-inarisme révolutionnaire; on ne peut l'excuser que dans la mesure où il ne réussit pas à arrêter la marche des événements. Contentons-nous ici de constater que le besoin il'acquérir des terres nouvelles est pour l'Allemagne une nécessité d'ordre général qui, pour des raisons économiques et sociales, c'est-à-dire comme condition de ses plans d'avenir, doit être ressentie par le prolétaire d'une façon aussi pressante que [)ar le bourgeois allemand.
Ibid., p. ii5-ii8.
•j. (Comment édifier l'Allemagne nouvelle?
La façon dont l'Allemagne réalisera son agrandissement de territoire est une question difficile à résoudre, parce qu'elle est dOrdre pratique. Celle-ci est étroitement liée aux nécessités imposées par les caractères s]>écifiques de la race germanique. Nous avons déjà dit, à propos de l'Empire romain, comment il fallait éviter de fonder un empire. Ne perdons pas cette idée de vue, d autant plus qu'il nous faut tendre à donner à la race germanique septentrionale un gouvernement plus conforme à son caractère, à sa nature, à ses aspirations. La scission de la race germanique en peuples et en Etats
clifTérents peut constituer un obstacle à l'idée d'unité de la race. Lors de la fondation de l'Empire, les petits États avec leurs dialectes différents, rendirent l'entente i)lus difficile. Ces obstacles extérieurs prennent plus d'importance chez les Germains parce qu'ils inclinent au particularisme. Cependant ces difficultés sont plus faciles à surmonter qu'on ne le croirait au premier abord, car dès l'instant où, dans les Ktats germaniques prépondérants, apparaît la conviction qu'une union politique plus profonde de certains éléments germaniques européens est possible et nécessaire, la situation politique pour les Germains se révèle identique à celle des Allemands au moment de la fondation de l'empire. Il faut que l'Etat le plus puissant de l'Allemagne s'empare de l'hégémonie, et que les petits Etats sacrifient de leur autonomie la part nécessaire à assurer l'unité durable d'un nouvel empire.
Que la force armée soit nécessaire ou non, la question est sans importance; ce qui est essentiel, c'est que l'Etat qui aspire à l'hégémonie dispose d'une puissance morale, économique et militaire suffisante pour atteindre ce but et ne plus le perdre de vue. Quel pourrait être cet Etat sinon l'empire allemand qui est en quête de territoires nouveaux? Nul ne peut en douter, après ce que nous avons dit des autres grandes puissances. La situation morale des petits Etats restera favorable tant qu'une intervention militaire fratricide de l'Allemagne ne sera pas nécessaire. Tout dépendra de la soumission de la France. 11 faut que l'Allemagne acquière l'hégémonie absolue dans l'Europe centrale et occidentale et qu'elle annexe simultanément, ou peu de temps après, les provinces allemandes autrichiennes, d'une manière conforme aux desseins de notre race germanique. La pression exercée par le nouvel empire sera si grande que, bon gré, mal gré, les petits États germaniques disséminés
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seront contraints de s'adjoindre à nous, suivant des conditions que nous déterminerons
Je ne veux pas nie poser en prophète. Un livre d'hypothèses n'épuiserait pas la question. L" Allemagne, obj cetera -t-on peut-être, n'atteindra jamais la supériorité militaire nécessaire pour fonder cet empire. Je n'engagerai pas de discussion sur ce point. Je dirai seulement que l'Allemagne et ses maîtres sont obligés, quel que soit leur procédé, d'ai'rivcr au but que je leur ai indiqué. Nos intérêts vitaux l'exigent. C'est à nos chefs à perfectionner l'armée allemande, à lui ilonner la force nécessaire afin qu'eue devienne larme de la victoire dont les Germains d'Allemagne — qui débordent de ses frontières trop étroites — se serviront pour conquérir 1 unité économique et ethnique absolument indispensable. J'ignore comment elle se réalisera, quel sera le groupement des puissances; je [n'y suis pas indifférent, mais prédire ce groupement serait téméraire; en trahir le secret serait absurde...
Que chacun donc se représente à sa guise la façon dont se dérouleront les événements. Ce qui importe, c'est que la concejjtion des dirigeants soit juste. Pour nous, profanes, il nous suffit d'entrevoir dans un avenir proche la probabilité d'une telle évolution, notre horizon en sera élargi et notre pusillanimité s'évanouira.
Qu'il me suffise de rappeler :
1° Que la France a suffisamment d'argent, mais dispose de trop peu d'hommes; que les races y sont trop mêlées jjour pouvoir avec succès faire une concurrence militaire à l'Allemagne ;
2° Que la Russie souffre de l'opposition entre le tsarisme et le peuple; qu'elle a, il est vrai, beaucouj) d'hommes, mais trop jieu d'argent, que sa civilisation est trop arriérée, la race trop rude, trop hétérogène, pour supporter longtemps le fardeau des armements. Elle jouit
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de trop peu de liberté pour lutter avec succès contre un peuple vraiment libre ,
3° Que l'Allemagne est assez riche, qu'elle dispose d'un nombre d'hommes suffisant, d'une race robuste, que son évolution intérieure permet à son armée de devenir de plus en plus puissante. Pourvu que le peuple consente à faire un sacrifice, le moment viendra où la nation n'aura que l'embarras du choix en fait d'alliances.
Ou peut objecter qu'une fraction importante du peuple allemand, le prolétariat, avec ses idées démocratiques et internationales, est hostile à de tels plans et fera de l'armée un instrument incertain et rétif. Ceci est fondé partiellement, mais l'agrandissement de territoire que nous réclamons cadre entièrement avec les idées prolétariennes allemandes, et en cas de guerre, les autres peuples avec leur prolétariat ne seront pas dans de meilleures conditions que nous. Nous pouvons, au contraire, tabler sur l'esprit belliqueux des Germains ; le vieux Bebel lui-même déclarait au Reichstag qu'en cas de guerre, ses partisans feraient leur devoir. Si nous obtenons la victoire, nous ferons des concessions aux ouvriers qui formeront la plus grande partie de l'armée. Cette tactique les amènera à nous consacrer toutes leurs énergies.
Ibid., p. I2I-I22.