Le transformisme social suppose la guerre éteimelle
Si nous reconnaissons la nécessité du développement, il nous faut aussi reconnaître la nécessité de la 'guerre; il nous faut proclamer la guerre, une guerre qui durera autant qull y aura sur terre existence et évolution, il nous faut proclamer la guerre éternelle.
Le Cantique des Cantiques de la guerre éternelle — cri d'alerte, appel à la joie pour les forts, glas strident pour les faibles, — retentira comme un tonnerre jusqu'au dernier jour.
Ibid., p. i3o.
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Le général vox BEllMIARDI est de vieille famille berlinoise. Il descend de cet Auguste-Ferdinand Bernliardi, fds dun commissaire royal de justice prussien, et ([ui (ut vers I7«)0 l'ami et le maître du poète romanti(iue Ludwig Tieck Du pangermanisme d'aujourd hui un lieu d'ascendance remonte donc jusqu'au premier romantisme. 11 passe par le nationalisme libéral des années (pii ont précédé 1870. Le pire du général von Bernliardi est en eilet le diplomate Tbeodor von Bernliardi, dont nous avons de savoureux et charmants et instructifs mémoires iAiis dem Lehen Theodor l'on Bernhardi, 8 vol., i8()3, sq. t. Ce diplomate, l'un des hommes les plus intelligents qui aient vécu dans l'Allemagne bismarckienne, fut employé souvent par le Gouvernement prussien pour des missions délicates, officieuses et officielles, en Italie et en Russie. Sa culture et son coup d'œil à la fois économique, militaire et politique le désignaiejit pour ces missions de confiance, où il a approché tout ce qu'il y a eu d'hommes émincnts dans l'Italie de Cavour, dans la Russie de Gorlschakow, et dans l'Allemagne de 1866.
Friedrich von Bernliardi, son fils, est né à Petrograd en i8(3(), au cours d'une de ces missions. En 1869 il entra au 16'' hussards, puis au service d'élat-major. De 1891 à 1891, il fut atlaclié militaire à Berne. De 189» à 189- il commanda le ■Mt'' dragons à (Karlsruhe. En 189;, avec le grade de colonel, il occupa les fonctions de chef d'état-major du X\'I" corps d'armée, corps badois. E.st-ce son séjour dans le duché de Bade, où deux universités, Fribourg et Heidelberg, mais surtout la dernière, s'étaient glorifiées de l'enseignement de Treitschke, qui lui donna de l'inclination pour la doctrine du grand national libé-
FRIEDRICH AOX nEKNHAUDI 385
ral prussien et pan<çermaniste ? Est-ce affinité de nature? Ou l)ien au grand état-major général, où il a travaillé à établir l'histoire militaire de Frédéric II, s'est-il imbu d'une tradition prussienne, que Treitschke n'a fait que formuler après l'avoir analysée historiquement? Il est sûr que les écrits militaires et politiques de von Bernhardi condensent à merveille la doctrine de Frédéric II, mais, d'autre part, ils se servent des généralisations mêmes et du vocabulaire politique de Treitschke.
En 1900, Bernhardi fut nommé général-major, et commanda, toujours dans le corps d'armée badois, la Bi" brigade de cavalerie. Le grade de général-lieutenant lui valut de commander la 7" division, en 1904. En 1908, il fut mis à la tête du VII® corps avec le grade de colonel général de cavalerie. Il a passé au cadre de réserve en 1909.
Les ouvrages principaux du général von Bernhardi sont nés dans sa studieuse retraite. Ils ont fait du général, en peu d'années, un écrivain militaire et politique d'une notoriété européenne. Le plus ancien en date, Unsere Zukunft {Notre avenir, 191 1), fut le premier manuel où un militaire récemment en fonctions lit adhésion publiquement au programme de la Ligue pan germaniste. Il produisit une sensation immense. L'ouvrage principal de Bernhardi est ce])endant tout technique et s'intitule : Vom heutigen Kriege (La guerre daujourd'/ini, 1912). C'est une reprise plus vigoureuse à la fois et plus fine de la tentative faite autrefois par von der Goltz dans le livre de la Nation armée {Das Volk in Waffen). En tenant compte des progrès réalisés par les moyens de communications et par l'armement, Bernhardi essaie de se figurer la guerre moderne. Il n'expose pas seulement la technique de mouvements d'armée, et les formes operatives de l'attaque et de la défense. C'est une véritable philosophie de la guerre qu'il nous ofTre, telle qu'elle pouvait se construire dans la pensée d'un des plus instruits et des plus brillants officiers de l'état-major allemand avant 1914- Un dernier ouvrage, Deutschland und der naechste Krieg {L'Allemagne et la prochaine guerre, I9i3i, popularise ces résultats, et, en présence de la situation politique créée par la guerre des Balkans, prescrit à l'Allemagne tm programme d'armements et une politique digne de sa mission dans le monde, qui est une mission d'hégémonie intellectuelle, morale et militaire.
Dans les idées générales de von Bernhardi, il n'y a rien de neuf. Mais il coordonne excellemment les idées d'autrui. Le plan de conquête qu'il assigne à F Allemagne ne diffère pas du plan exposé par Ernst Hasse, Rohrbach ou Naumann. Comme il offre une synthèse de tous ces plans, et qu'il a montré les moyens de les réaliser militairement, il représente, avec un
Jî^t) r.E PANGER^IAMSMK IMIILOSOPIIKH' i:
talent techniqu<' militaire dont nous nv. disconviendrons pas, un paiifiennanistiu' inteß-ral.
\\n délalquant les grandes monographies de r«Hat-major allemand sur Frédéric II publiées dans les lù'nzclschri/tcn onicielles de cet état-major it. VIi, et aux([uelles Bernhardi a eontribué beaucoup, tous ses principaux ouvrages sont entre les mains du public français. M. IMnile Simonnot a traduit excellemment Xotre aee/j/r (Paris, L. (".onard, H)i6). Le lieutenant-colonelJ. Colin et M. Ktard ont mis en l'rançais la Guerre d'anjoiircrhiii, -2 \'ol. (Paris, Chai)elot, i»)i3v. enlin l'AUe/nag-iie et la prochaine g-uerre, traduite et ])ubliée à Paris (1916). Les morceaux qui suivent sont donc en nond)re restreint, et ne doivent servir que d'échantillons.
(Notre traduction s'inspire des traductions antérieures, mais ne se confond jias avec elles.)
I. La misfsion de r Allemagne nécessite la puissance allemande.
Nous avons reconnu en nous, Allemands, un facteur aussi puissant ([ue nécessaire du développement de l'humanité entière. La conscience que nous avons prise de ce fait nous impcse l'obligation de faire valoir, aussi loin que possil)le, notre influence intellectuelle et morale et de frayer, dans le monde entier, une Aoie liljre au travail allemand et à l'idéalisme allemand.
Mais, ces tàcheS supérieures de civilisation, nous ne pouvons les remplir que si notre fouvre civilisatrice est portée et soutenue par une croissante puissance politique, puissance qui doit trouver son expression dans l'accroissement du domaine colonial, l'extension du commerce extérieur, la ditl'usion plus grande du germanisme dans toutes les régions de la terre, et, avant tout, dans le complet affermissement de notre puissance en Europe.
\'om heutigen Kriege {La Guerre d' aujourd'hui, 1911t. p. 8 et ç), trad. Ktard, igi'i, t. 1, p. XVIH.
FRIEDRICH VÜX BKK.\IIA.UDI SSj
J2. U Allemagne doli être hostile à tout pacifisme.
Beaucoup pensent aujourd'hui que la gueiTe est un procédé vieilli et indigne d'un peuple cultivé. On a même imaginé des tribunaux d'arbitrage. Mais, de l'avis de Beruhardi, ce n'est pas le seul amour idéal de la paix qui en a inspiré l'idée :
Il est clair que les Etats qui ont avant tout intérêt à de tels traités sont ceux q\\\ veulent se couvrir dans une certaine direction, pour pouvoir, sur un autre point de la scène du inonde, poursuivre leur avantage avec d'autant j)lus de sécurité et de hardiesse.
Par cela même, ces traités sont fort propres à provoquer la guerre qu'ils prétendaient vouloir éviter.
Aussi ne devons-nous pas, nous autres Allemands^ nous laisser aveugler par des tentatives pacifistes de ce genre. Il est évident, en effet, que les tribunaux d'arbitrag-e doivent prendre pour base l'état de droit et de possession existant.
Pour un Etat qui fait effort pour s'élever, qui n'a p<LS encore atteint la puissance à laquelle il a droit, qui a un besoin impérieux d'étendre sa puissance coloniale — et qui, au fond, ne peut réaliser cette extension qu'aux dépens d'auti^ui — ces traités constituent en eux-mêmes un danger, puisqu'ils sont de natiu'e à empêcher un déplacement de la puissance.
En face de la propagande pacifiste et de ses jjrogrès, et au rebours de ce qu'elle enseigne, nous avons à ne pas perdre de vue ce double fait, d abord que nul tribunal d'arbitrage en ce monde ne pourra écarter et aplanir des conflits qui reposent sur des rivalités nationales profondes, économiques et politiques, et, d'autre jjart, que i'art diplomatique est impuissant à modifier à notre