‹ Le pangermanisme philosophiqueChapitre 46 sur 135 · I. On ne peut acco/-der le droit de cité aux Juifs · texte numérisé non relu

I. On ne peut acco/-der le droit de cité aux Juifs

A travers presque tous les pays d'Kurope vit répandue une nation puissante et hostile, en g^uerre perpétuelle avec toutes les autres, et qui, dans certains Etats, opprinie durement les autres citoyens ; c'est la nation juive. Je ne crois pas, et j'espère le démontrer, que cette nation soit redoutable du l'ait qu'elle l'orme un Etat isolé et fortement unifié, mais bien du l'ait (jue cet Etat est l'onde sur la haine de tout le genre lunnain. A'oici un peuple où le moindre individu fait remonter la lignée de ses ancêtres jusqu'à une époque antérieure aux origines de notre histoire et reconnaît pour le fondateur de sa race un émir plus ancien que nos premiers ancêtres, — légende que nous avons classée nous-mêmes parmi nos articles de foi ; ce peuple voit dans tous les peuples les descendants de ceux qui l'ont chassé d'une patrie passionnément aimée ; il s'est condamné et il est, de l'ait, condamné à vivre d'un négoce mesquin, qui amollit le corjis et tue toute capacité de sentiments nobles ; par la loi la plus astreignante que connaisse l'humanité, par la religion, ce peuple est exclu de nos fêtes, de nos joies, des doux et cordiaux échanges de notre jovialité; jusque dans ses devoirs et dans ses droits, et jusque dans le sein du Père éternel, il nous tient séparés de lui ; d'un pareil peuple que pouvail-on attendre, si ce n'est ce que nous voyons? Dans un Etat où le monarque absolu n"a pas le droit de me prendre ma chaumière paternelle, et où je puis faire valoir mon droit contre un ministre tout-puissant, le premier Juif venu est libie de me piller impunément, si l)on lui semble. De ceci vous êtes tous témoins, vous ne pouvez le nier, et vous prononcez les mots doucereux de tolérance, de « droits de l'homme et du citoyen », tandis que vous lésez

en nous les droits primordiaux de l'iiomme ; vous ne savez comment témoig-ner assez de charité et de support envers ceux qui ne croient pas en Jésus-C^lhrist et que vous comblez de titres, de dignités et d'honneurs, tandis que pour ceux dont tout le crime est de croire en Jésus-Chi'ist autrement que vous n'y croyez, vous les injuriez publiquement et leur arrachez, avec leurs dignités civiles, le pain qu'ils ont lionorablement gagné. Ne vous souvenez-vous pas de ce qu'est « l'État dans l'Etat »? Et cette i<lée toute naturelle ne vous vient-elle pas. que les Juifs, déjà membres d'un Etat plus solide et plus puissant que tous les vôtres, si vous leur accordez par surcroit le droit de cité parmi vous, en viendront à écraser complètement tous vos autres concitoyens?

Puissent ces pages rester exernjites du souffle empoisonné de l'intolérance, si étranger à mon cœur! Le Juif qui, jjar delà les remparts solides et quasi infranchissables amoncelés devant lui, parvient à l'amour de la justice, de l'humanité et de la vérité, est un héros et un saint. Je ne sais s'il existe ni s'il a jamais existé. Je le croirai dès que je l'aurai vu. Mais qu'on ne cherche pas à me passer en fraude l'apparence pour la réalité ! J'admets que les Juifs ne croient pas en Jésus-Christ, et même qu'ils ne croient pas en Dieu, pourvu qu'ils ne croient pas à l'existence de deux lois morales et d'un Dieu ennemi des hommes. Il faut leur accorder les droits naturels de l'homme, bien qu'ils refusent de nous les reconnaître; car ce sont des hommes et leur injustice ne nous autorise pas à les imiter en cela. Ne contrains jamais un Juif contre son gré et ne souflre pas qu'on le contraigne si tu es le mieux placé pour l'empêcher; c'est ton devoir élémentaire. Si tu as mangé hier et que tu aies faim, et que tu n'aies de pain que pour aujourd'hui, donne ce pain au Juif affamé qui est près de toi

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et cjui n'a pas nuinj,''é hit'r; tu l'eras très bien. Mais leur donner des droits civi([ues, ce n'est possible qua une condition : leur couper la tele à tous la même nuit, et leur en donner une nouvelle qui ne contienne plus une seule idée juive. Pour nous protéger contre eux, je ne vois non plus qu'un seul moyen : conquérir pour eux leur terre promise et les y expédier tous.

Dans les États où les Juifs sont tolérés, mais non point les libres penseurs, nous voyons clairement de quoi il en retourne. — Ton cœur de père (i) tient avant tout à maintenir ta reli^-ion. Vois ces Juifs; ils ne croient jias en Jésus-dhrist; tu ne devrais pas soullrir cela; et je vois que tu les combles de bienfaits. — « Oh! ils ont une fausse croyance et cela me sulïit. Croyez en Zoroastre, en (>onfucius, en Moise ou en Mahomet, croyez au pape, à Luther ou à Calvin, peu m'importe, pourvu que vous croyiez à une raison extérieure à vous. Mais tu prétends avoir une raison à toi, voilà ce que je ne soulfrirai pas. Reste mineur, sinon tu me porteras ombrag-e. » — Je ne veux pas dire qu'il faut persécuter les Juifs à cause de leur foi, je veux dire qu'on ne devrait persécuter personne à ce sujet.

Je sais que devant certains doctes tribunaux on pourrait attaquer toute la morale et son produit le jjIus sacré, la religion, plutôt que de toucher aux Juils. A ceux-ci je déclare que je n'ai jamais été trompé par un Juif, parce que je ne me suis jamais commis avec un Juif, et que j'ai plusieurs fois pris la défense de Juifs qu'on tourmentait, cela à mes propres risques et à mon propre détriment; ce n'est donc pas l'animosité qui parle par ma bouche. Ce que j'ai dit, je le tiens pour vrai, je l'ai dit en ces termes parce (jue je l'ai cru nécessaire ;

(i) Fichle s'adresse ici à un souverain imaginaire.

j'ajoute que l'attitude de beaucoup d'écrivains contemporains devant la question juive me paraît très illogique et que je crois avoir le droit de dire ce que je pense et comment je le pense. Si mes paroles déplaisent, qu'on ne m'injurie pas, qu'on ne me calomnie pas, qu'on ne fasse pas de sentiment, mais qu'on réfute les faits que j'avance.

J.-G. Fichte.

Beiträge zur Berichtigung- der Urteile des Publicums über die französische Revolution, 1793. (S. W. t. VI, p. i49-i5i).

2. La çérité chrétienne ne pouvait être comprise que des Allemands.

La clarté nouvelle (de la Renaissance) est venue des Anciens ; elle est tombée d'abord sur le foyer de la culture néo-latine, elle y est devenue simple notion d'entendement, incapable d'agir sur la vie pour la transformer.

Mais l'ancien ordre de choses ne put plus durer, dès que cette lumière fut toml)ée dans une âme religieuse, pour qui la religion était chose sérieuse et pénétrait toute la vie ; dès qu'un peuple se trouva auquel il était aisé de communiquer cette conception nouvelle et plus grave de la religion; dès que ce j)euple eut trouvé des chefs qui répondaient en quelque mesure à ses besoins les plus directement ressentis. Si bas qu'ait pu tomber le cliristianisme, il subsiste toujours en lui un élément qui est vérité et qui éveille à coup sûr une vie toute réelle et indépendante, c'est le souci de se demander : Que devons -nous faire pour être sauvés? Si cette question était tombée sur un sol stérile, soit que l'on ne se demandât même pas s'il existe en réalité un salut, soit que tout en admettant ce point on n'eût pas la volonté ferme

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el ilcculée il'rtre soi-iuènie sauvé, on peut dire irembléo que, sur un sol pareil, la relijfion aurait été impuissante à pénétrer la vie et la volonté, et serait restée flottante, comme une ombre l'alote, dans la mémoire ou dans l'imagination. Dans ce cas. tous les eilorls qu'on pouvait tenter ultérieurement pour expliquer les idées rclig-ieuscs régnantes devaient, par la Ibi'ce des choses, rester sans influence sur la vie. Si au contraire celte question tombait sur un sol spontanément fécond, dans un milieu où l'on crût sérieusement à la réalité du salut, où l'on eût la ferme volonté d'être sauvé, où l'on employât à cette lin, dans un esprit de foi profonde et de sérieuse loyauté, tous les moyens de salut indiqués parla religion jusqu'alors régnante, du moment où cette lumière tombait enfin dans ce milieu que son sérieux même avait tenu fermé plus longtemps que les autres à toute lumière sur la nature de ces moyens de salut, une elfroyable indignation devait naître, en découvrant par quelles impostures les âmes avaient été frustrées du salut; une inquiétude active devait s'éveiller, un efl'ort pour trouver ce salut par (juekiue autre moyen; car ce qui paraissait destiné à précipiter les âmes dans la perdition éternelle ne pouvait être ti-aité comme une plaisanterie. De plus, l'individu saisi le premier par cette vérité ne pouvait en aucune façon se contenter de ne sauver que sa propre âme, sans se soucier du bien de toutes les autres âmes immortelles; car une conséquence de sa religion nouvelle et plus intérieure était qu'en négligeant les autres, il n'aurait même pas réussi à sauver la sienne. Il devait donc, avec la même angoisse qu'il avait ressentie pour son propre compte, lutter pour ouvrir les yeux de l'humanité tout entière sur cette maudite supercherie.

Or c'est ainsi que la vérité, possédée auparavant par beaucoup d'hommes d'autres pays, et peut-être avec une clarté rationnelle plus grande, tomba dans l'âme d'un

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homme allemand, Luther. En fait de culture classique et de raffinement de l'esprit, en fait d'érudition et d'autres avantag-es, bien des étrangers lui étaient supérieurs, et même beaucoup de ses compatriotes. Mais un sentiment s'était emparé de lui avec une force souveraine: l'angoisse au sujet du salut éternel; elle devint la vie essentielle au cœur de sa vie; pour elle il risqua continuellement le tout pour le tout; elle lui donna cette force et ces talents que la postérité admire en lui. D'autres, j^eut-etre, se sont servis de la Réforme pour des fins temporelles, mais ils n'auraient jamais triomphé, s'ils n'avaient eu à leur tête comme chef un homme enthousiaste des choses éternelles. Celui-ci, aux yeux de qui le salut de toutes les âmes immortelles était en jeu, s'est attaqué sans peur et le plus sérieusement du monde à tous les diables de l'enfer ; le fait est tout naturel et n'a rien de miraculeux. C'est une preuve du sérieux et do la conscience des Allemands.

Il était dans la nature des choses que Luther posât à tout individu, et d'abord à l'ensemble de sa nation, cette question qui intéresse tous les hommes, et que chacun doit résoudre pour son propre compte. Mais comment son peuple a-t-il reçu ce message? Est-il demeuré dans son obtuse quiétude, enchaîné au sol par des affaii-es terrestres, suivant sans se ti'oubler son chemin habituel? Ou bien la manifestation insolite de ce puissant enthousiasme a-t-elle excité son rire? Loin de là. Il a été saisi, au contraire, comme d'une flamme communicative, du même souci pour le salut des âmes, et ce souci ouvrit bientôt les yeux de tous à la clarté complète, et tous ont saisi au vol le don qui leur était oflért. Cet enthousiasme était-il simple élan fugace de l'imagination? Devait-il ne pas tenir devant la vie, dans ses luttes graves et ses dangers? Loin de là. Ils renoncèrent à tout, subirent toutes les tortures, combattirent dans des guerres san-

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glantes et iiuertaines, uniquemeiil jioui- no pas rclomher sous la i)uissanc(' du papisme maudit, et afin qu'eux et leurs enfants eontiuuassent à voir luire la lumière de l'Évangile qui est le seul salut. Et, si longtemps après les apôtres, on a vu se renouveler en eux tous les miraeles que le ehristianisme à ses débuts faisait éclater cliez eeux qui le confessaient. Tous les documents de cette époque sont remplis de cette universelle préoccupation du salui. Voyez ici un trait particulier du caractère allemand : il s'élève facilement i^ar l'enthousiasme à n'importe quel enthousiasme et à n'importe quelle clarté; et son enthousiasme dure autant que la vie et transforme la vie.

Fichte. Reden an die deutsche Nation (Discours à la nation allemande. ) 6^ discours; — dans Sämtliche Werke 1846, t. \U, p. 346-348.

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