Le peuple allemand est resté pur d'égoïsme conquérant
La nation allemande, suffisamment unifiée par une langue et une mentalité communes, assez nettement séparée des autres peuples, vivait au centre de l'Europe, formant un rempart entre des races étrangères les unes aux autres; assez nombreuse, assez brave pour px'otéger ses frontières contre toute agression du dehors, vivant de sa vie propre et peu disposée, par tempérament, à s'informer des peuples voisins, à s'immiscer dans leurs allaires et à exciter leur hostilité par les inquiétudes qu'elle aurait pu leur causer. Au cours des âges, un destin favorable la préserva de participer directement au pillage des autres continents... Or, c'est depuis ce partage que l'Europe chrétienne, qui longtemps avait été unie, même sans en avoir nettement conscience, et avait montré son unité par des expéditions conduites en
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commun, ct'sl après ce i)arlage (jui' llùirojje se trou\ii divisée en plusieurs parties distinctes : depuis lors il y eut une proie commune, que cliacun convoitait de la même manière, parce que tous voulaient en faire le mèmc^ usage, et qu'aucun ne pouvait, sans envie, la voir aux mains d'un autre. C'est à partir de ce moment qu'il y eut un niotil' d'inimitié secrète et d'hostilité de tous contre tous. Dès lors, ce fut un gain pour les i)euples que île s'annexer des peuples, même d'origine et de langue dillcrentes. soit par la conquête, soit tout au moins par des alliances, et de s'approprier leurs ressources. Un peuple qui reste fidèle à la nature, s'il se sent à l'étroit dans son territoire, peut bien vouloir l'agrandir par la conquête de territoires voisins, dont il chassera les habitants; il se peut qu'il veuille échanger un climat rude et infécond contre un climat plus doux et j)lus fertile : dans ce cas encore, il bannira les premiers halntants; il peut, lorsqu'il commence à dégénérer, entreprendre des expéditions de pur et simple brigandage, où, sans convoiter le sol ni les habitants, il s'empare simplement de toutes les rc^ssources utilisables et abandonne ensuite les pays dévastés; il ])eut enfin répartir comme esclaves entre ses propres habitants, les habitants du pays conquis, ainsi que des objets utilisables ; mais s'annexer comme élément de la nation la population étrangère telle quelle, c'est ce qui n'olTre pour lui aucun avantage et ce qu'il ne sera jamais tenté de faire. Toutefois, s'il s'agit d'arraclier à un rival, d(^ force égale ou supérieure, une proie commune et alléchante, le cas est différent. Quelque rapport i|ui puisse s'établir par ailleurs entre nous et le peuple vaincu, ses poings, à tout le moins, sont utilisables dans la lutte contre l'adversaire qu'il nous faut dépouiller, cl chaque individu qui s'ajoute à notre force est le bienvenu. . . Personne ne veut partager avec un autre ce qu'il possède en projire; chacun prétend dépouiller son voisin, dès qu'il le
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peut. Si un peuple se tient tranquille, c'est parce qu'il ne se sent pas assez fort pour attaquer; il attaquera sûrement dès qu'il sentira en lui la force nécessaire. Ainsi le seul moyen de conserver la paix, c'est que personne ne soit assez puissant pour la pouvoir troubler, et que chacun sache qu'il y a dans l'autre camp une force de résistance égale à sa force d'attaque; c'est qu'il se constitue ainsi un équilibre et une balance de forces, grâce à quoi soient garantis, quand tous les autres moyens sont épuisés, le patrimoine de chacun et la paix de tous. Le système fameux de l'équilibre européen suppose donc ces deux conditions : une proie à laquelle personne n"a droit, mais dont tous ont envie, et un véritable esprit de rapine toujours actif chez tous. Cela étant, cet équilibre serait en elfet le seul moyen d'assurer la paix, si seulement cm trouvait au préalable le moyen d'assurer cet équilil)r»' idéal lui-même, et d'en faire une réalité.
Mais ces conditions se sont-elles vraiment rencontrées partout, sans exception aucune? La puissante nation allemande, placée au cœur de l'Europe, n'est-elle pas restée étrangère à ce pillage et pure de toute contagion d(^ convoitise, dans l'impossibilité presque d'élever même aucune prétention de ce genre? Si elle était restée unie dans une volonté commune et une force commune, les autres Européens auraient eu beau se massacrer sur toutes les mers, dans toutes les îles et sur tous les rivages: au centre de l'Europe, la solide muraille allemande les aurait empêchés d'en venir aux mains; là du moins, la x^^ix aurait régné et les Allemands auraient sauvé leur tranquillité et leur prospérité, ainsi que celle d'une partie des autres peuples européens.
Mais l'égoïsme des peuples étrangers, qui jamais ne prévoit que l'avenir immédiat, ne put pas souffrir qu'il en fût ainsi. Ils trouvèrent que la bravoure allemande l)ourrait leur être utile dans leurs guerres et que, grâce
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à elle, ils pourraient arracher la proie à leurs concurrents; il lai lait trouver un moyen pour en venir à ces fins, et lasluce étrangère triompha sans ])einc de l'ingc'iiuitc el (!<• la simi»licilé allemandes.
Ibid., p. t\()i-^iVi.