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La mission des Allemands est de former un Etat unifié

Les AUemands ont été empêchés jusqu'ici d'être allemands : leur caractère est du domaine de l'avenir; poui' le moment, il n'existe que dans V espoir d'une nouvelle et iflorieuse histoire. Le commencement de cette histoire sera qu'ils se feront consciemment eux-mêmes. Ce serait la plus gloi'ieuse des destinées.

Le caractère fondamental des Allemands, c'est donc : i") qu'ils inaugurent une histoire nouvelle; ii"i qu'ils se créent eux-mêmes librement. Aucun monarque existant né peut faire des Allemands; tout au plus des Autrichiens, des Prussiens, etc. Dira-t-on qu'il pourrait surgir un monarque nouveau, qu(dque nouveau Bonaparte? Mais il rentrerait aussitôt, en vertu du principe héréditaire, dans le système des princes européens : il n'y aurait qu'un prince et un peuple de plus eu T'urope. Ce n'est pas là ce que devrait être le peuple allemand...

Il ne faut donc pas que les Allemands continuent l'histoire ancienne ; elle ne les a menés à aucun résultat et n'a de réalité, au fond, que pour les savants. Jusqu'ici les savants seuls ont ])réliguré l'Allemagne future, par leurs écrits, et par leur vie errante. Les plus éminents au moins ne sont membres d'aucun Ktat j>articulier ; ce sont des Allemands, el rien de jdus... Tous les grands écrivains ont émigré, aucun deux n'est arrivé à rien dans sapati-ie. (^eci tient à leur caractère : l'Allemand supérieui- se sent

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toujours à l'étroit dans sa patrie. Ce n'est donc qu'à l'étranger que son talent s'épanouit, se dépouille des contingences nationales et parvient à une universalité supérieure. Ainsi Leibniz, Klopstoek, Gœthe, Schiller, les Schlegel. Kant seul fait exception...

Le trait le plus remarquable du caractère national allemand, c'est donc cette existence .sans Etat et au-dessus de l'Etat, cette culture purement abstraite. Voilà pour([uoi l'Allemagne s'assimile si bien les étrangers, qu'ils soient savants, jjenseurs ou })oètes : Fouqué, Villers. Létranger n'a pas à se transformer ; il faut seulement qu'il s élève à la dignité d'Allemand...

11 ne faut pas oublier que tout ce qui fait le trésor commun de la république des peuples européens, tout ce qui en caractérise les citoyens : générosité, humanité, chevalerie, galantei'ie, sont des traits originaux du caractère allemand...

L'unité du j^euple allemand n'est pas encore réelle, c'est un postulat général de l'avenir. Mais elle ne consistera pas dans le triomphe d'une nationalité particulière, quelle qu'elle soit : elle réalisera le citoyen de la liberté.

Réaliser ce postulat d'un Empire unique, d'un Etat intimement et organiquement homogène, c'est la mission des Allemands, c'est leur rôle dans le x)lan éternel de l'univers... C'est par eux que se réalisera d'abord un véritable Empire du droit, tel que le monde n'en a jamais vu ; Empire qui égahu'a l'enthousiasme civique des Anciens pour la liberté, sans qu'une majorité d'hommes soit sacritiée et c^sclave. Car cette liberté sera fondée sur l'égalité de tout ce qui porte une face humaine. Les Allemands seuls, depuis des .siècles, sont réservés pour cette grande tache, et lentement mûrissent pour cette œuvre. Il n'existe pas d'autre facteur de ce progrès de l'humanité.

Politische Fragmente (1807 et i8i3). Ibid.. p. 670-573.

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