I. Les mouvements historiques des peuples
Le vie est mouvement; et c'est pourquoi l'histoire est mouvement aussi ; car l'histoire est la somme et la conséquence des phénomènes vitaux de l'humanité. L'histoire des hommes se compose d'une foule de mouvements et de contre-mouvements, comme l'histoire des plantes et des animaux. Mais, dans tous les domaines de la vie, le mouvement actif s'accompagne toujours aussi d'un mouvement passif. Car, dans tout espace rempli 25ar la vie, le mouvement est aussi un refoulement. Ce n'est pas seulement une horde de peuples qui, par sa migration, produit des refoulements et des dispersions. Tout déplacement de frontières, sans avoir, à première vue, rien de commun avec de vrais mouvements de peuples, produit les mêmes etfets que ces derniers et fixe aux peuples des fins nouvelles. Même dans un i^ays à poj)ulation dense, tel que l' Alsace-Lorraine depuis 1870, une migration a eu lieu d'Allemagne en Alsace et d'Alsace en France...
Il Jeax Brixües. Loc. rit. [La Ciéographie, X, 107).
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L'idée sclu'iualique de i>eu2)los i-i^idcs nCsl pas lirrc de rex])érienco et elle conduit à se iii«'])i"eiidi'e sui' les phéiioinènes historiques, sur les conditions politiques et <'thiiographiques. Sans doute, il y a eu des époques où la submersion de rég-ions entières j)ar un Ilot de peuples migrateurs a alterné avec des périodes d'accalmie où ces torrents étaient taris. 11 y a aussi des j)éi'iodes où les ruisseaux de l'immigration grossissent jus([u"à devenir des lleuves puissants. Mais, toujoui's, on voyait se reproduire ce que Thucydide (I, 121 raconte des (Irecs : « A peiiu' tranquillisée après un long laps de temps, et ne changeant plus désormais d'habitants, la llcllade se lil colonisatrice. » L'art de la politique consiste, pour une grande part, à utiliser pour l'accroissement d'un Etat ce mouvement historique poursuivi sans relâche et à diriger cet accroissement avec sûreté, au milieu des oscillations des États voisins. Il ne laut ])as laisser notre vue des choses se l'étrécir pai' lobservatiou exclusive des lüats de l'Europe occidentale et centrale, devenus stationnaires et coincés étroitenu^nt les uns c(mtre les autres. Leur extension, autant que leur organisation, entrave leur mouvement qui n'est plus possible que comme une lente pénétration (par exemple l'avance des Italiens dans la vallée de 1" Ad ige, les déplacenu'nts de IVontière entre Allemands et Tchèques en Bohème, etc.) (Ui qui allecte la forme de l'émigration individuelle vers les pays dOutre-Océan.
Politische Geographie. (Géographie politique), '2'' éd. 7<)()3. p. 86.
u. Les imnweinenls historiques et les modifications des Etats.
Pour la géographie politique, tout peuple est un organisme vivant sur un sol. lui-même en gros invariable, où
FRIEDRICH RATZEI, QI
il habite, dont il lire sa subsistance et auquel il est lié en outre par des relations intellectuelles et morales. Cet org-anisme s'est étendu sur une partie de la surface du globe. Il est séparé d'autres organismes i)areillement étendus, soit par des intervalles vides qui su])sistent entre eux, soit par des limites idéales. Les peuples sont perpétuellement à l'état de mouvement au dedans, qui se chang-e en mouvement au dehors, quand une parcelle du sol est occupée pour la première lois ou qu'une parcelle anciennement occupée est abandonnée. Nous avons alors l'impression que le peuple se meut en aA^ant ou en arrière comme une épaisse masse liquide. Il est rare, dans l'histoire connue, qu"un tel mouvement s'étende sur un espace illimité; en général, il conduit à des compénétrations réciproques ou à des refoulements; ou encore, de petits territoires, avec leur population, se rejoignent en territoires plus grands sans que les populations changent de place. Inversement, ces grands Etats se morcellent à nouveau. Par suite de ces réunions et de ces séparations, de ces agrandissements et de ces réductions, une part notable des mouvements historiques se présente, en géographie politique, sous la forme d'une alternance entre de grandes et de petites superficies. A coup sur, il y a des formes de l'activité humaines qui ne se laissent pas retenir dans les limites de ces superficies; les mouvements intellectuels, avant tout, les franchissent toujours pour se déveloi^per sur des surfaces plus grandes. Les mouvements économiques ont la même tendance, et tous ces mouvements ensemble ont pour résultat accessoire d'augmenter notre connaissance de l'espace comme d'agrandir les actions et les prétentions politiques en matière d'espace : En sorte que les Etats eux-mêmes aussi tendent finalement à se répandre sur des superficies plus grandes.
Toute modification dans l'espace a des réactions inévi-
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tables sur tous les espaces voisins. Par exemple, toute modification de l'Europe se répercute toujouis sur tout le i;lol)e. et les changements ])ar leur répercussion d'un domaine sur les autres sont jiarmi les causes les plus puissantes du développement liistoricpie. Parmi ces (' raisons spatiales », la tendance à /'a^r-aïu/issenient ai,nt sans cesse comme mobile agissant. Il s'y joint le besoin de se fortifie?^, ou la nature de la relation qui existe entre un Etat et son sol. Ces raisons contribuent aussi à déterniner la croissance et surtout à assurer la durée de ses résultats. Toutes ces théories philosophiques de l'évolution historique offrent des lacunes, surtout en ceci quelles oublient les conditions immédiates du (h'veloppement des États. (Test en quoi sont délectueuses surtout les théories dites du progrès, qu'elles admettent une évolution en ligne droite, en s])irale ou toute auti-e ligne.
Ibid., p. ()i>.