Médiocrité du système de V équilibre européen
Dans les vieilles institutions de l'Allemagne, le principe de la monarchie héréditaire est tout à fait prédo-
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niinaiil. mais il reste éloigne- de lonl ahsolulisme, et dans le detail des lois ou du «Iroit, il se concilie avec jdus d'une Icadilion i'é|)ublicaine; (oui l'édilic«' repose sur la hase des données historiques, sur les vieilles coutumes, sur les nohles })rincipes du pur honneur, sui* la personne et le mérite personnel, sur l'élévation de l'esprit et la noblesse du caractère. Lorsqu'à cette iorce morale naturelle des peuples germaniques se fut ajoutée la conséeration religieuse, et que le principe de la charité chrétienne, avec la pureté et la simplicité dune loi vive, eut accès dans ces fortes à mes de héros, tous les éléments se trouvèrent par là même réunis ])our constituer le Vf'ritable h^tat et la véritable vie publique conformes à la
justice chrétienne
Quand les guerres de religion eurent pris lin, alors commença l'ère véritable du système de l'équilibre, ainsi qu'il arrive chaque fois qu'il n'existe pas de principe élevé ou que celui-ci s'elface. ou fait défaut jjendant un certain tem[)s; c'est sur cette base que s'est dévelop])ée la civilisation du xviii' siècle; à aucune époque antérieure le sy.stème d'équilibre n'a reçu un aussi complet développement que dans celle-ci et n'a occupé une si brillante place dans la vie publique. L'Angleterre resta le fei-me soutien et le vrai point d'appui de ce grand levier mondial qu'est l'équilibre euroj)éen. et la politique paci(i(pie de l'Autriche, qui ne s'est pas démentie à travers tous les siècles, placée sur le fondement bien plus élevé de l'esprit religieux, forma sur le continent l'autre point d'appui pour ce système d'équilibre, qui devient le ])rincipe dominant et dans cette période et dans renseml)le des événenvents historiques. Cette .solide alliance constitua en grande ]>artie aussi la base extérieure de cet écpiilibre. abstraction faite de cei-taines lluctuations qui sont inhérentes à l'essence et au caractère du système lui-même.
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Il ne faut pas confondre ce système d'équilibre avec la politique de paix conforme au principe du droit on vigueur et reconnu comme légitime, car bien qu'elle s'allie souvent très facilement et tout naturellement avec lui contre des forces supérieures qui ne tiennent nul compte du droit, elle ne s'identifie pas complètement avec lui, mais s'en distingue par plus d'une propriété caractéristique et même dans son principe fondamental. Le principe sur lequel se règle cette autre politique propre à maintenir la j)aix, c'est le droit, non point une conception générale ou un pur idéal de justice absolue, auquel on chercherait à conformer un système de gouvernement et la condition des peuples, mais plutôt, si je j)uis employer cette expression mathématique pour me faire mieux comprendre, le droit appliqué, c'est-à-dire le droit effectivement en vigueur et reconnu comme faisant loi. Car remonter à l'origine première et au principe fondamental de tout droit et de toute justice, cela doit rester réservé à Dieu seul, comme à l'éternel arbitre du monde, qui juge les États et les peuples comme les individus, qui sait demander au jour historiquement fixé un compte sévère pour tout grand abus de droit politique, punir son auteur et le faire retourner d'une manière souvent affreuse au néant. Si l'homme ou une puissance terrestre quelconque voulait mettre la main à cette œuTre, viser à cette justice absolue, tout juger et régler d'après elle et réorganiser le monde, il ne pourrait sortir de là qu'un bouleversement complet de toutes les choses humaines et une destruction entière de tout l'ordre existant ; et c'est là l'idée fausse qui est le mobile ou le j)rétexte de toute conquête fanatique du monde, comme aussi de toute révolution visant non point à une réforme partielle du droit, mais à des effets universels.
Ibid., pages 90, 209^ 210.
l.IVRK DKl'XIKMK
LE DETERMINISME SGIENTIFlOlE
FuiEDRicH RAT/KL (18^^-190'î)
Î.A PREDESTINATION ANTIinOFO-ClEOGRAPlIIQUE
FiiiEDRicii RAT/EL est le lils d'un Tiuml)le valet de chambre •du grand-duc de Bade. C'est ce qui lui a valu de j)assiT son ■enfance et son adolescence dans le parc grand-ducal de la résidence de Carlsruhe, où il est né. Les grands viviers, les rochers de ce parc, .ses bosquets peuplés de statues, ses ménageries peuplées de blaireaux, de renards, de mouettes et d'autres volatiles, ses grandes serres pleines de végétaux rares ont été le paysage laniilier de ses premières aimées. Ratzel est devenu ainsi de bonne heure un naturaliste et un botaniste très exercé. Des études pharmaceutiques, ([u'il commença comme simple couunis, à Eichtersheim-en-liade, à RappersAvvl, en Suisse (de 18Ô9 à i8(i3i, lortilièrent encore son goût pour les études botaniques, aux([uelles il ajouta la chimie et la géologie. Mais il avait des aspirations j)Ius hautes. A [Nhers, près Cieiéld, il put se préparer aux examens du Polytechiiiciini de Carlsrulie, 011 il entra en i8()(). La paléontologie et la géologie que C. /ittel y enseignait, les sciences physiologi(jues (ju'il étudia chez Pagenstecher, à l'Université de Heidelberg, le tirent docteur en zoologie, géologie et anatomic comparée, dès i8()8.
Cette même année l'amena dans le Midi de la France, où il (étudia les annélides maritimes de la région de Celte. 11 n'a
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jamais caché la reconnaissance qu'il gardait à Charles Robin et à Cliarles Martin dont il avait suivi les leçons à la Faculté <le médecine de Montpellier. Ses correspondances pour la Gazette de Cologne, dont il a tiré les Zoologische Briefe von Mittelmeer [Lettres zoologiqiies de la Méditerranée), et les Släz-zen aus Süd-Franhreicli tEsquissei* da Midi de la France), lirent les frais de son voyage. 11 le termina par une longue excursion d'une année en Italie et, par Gènes, Florence, Roine^ Naples, Messine, revint à Heidelberg en 1869. La Gazette de (lologne se l'attacha durablement comme collaborateur scienlififjue. Il put visiter ainsi longuement les collections et les musées d'histoire naturelle d'Iéna, de Dresde, de Berlin. Pour tirer un meilleur parti des voyages qu'il allait faire pour son journal, il commença alors, sur le conseil de Karl Andrée, des études géograplùques approfondies. Mais ces voyages furent remis quand éclata la gueiTC de 1870.
Ratzel a fait la campagne comme fusilier au o*^ régiment d'infanterie badoise. Il fut blessé dans une escarmouche à Neudorf, devant Strasbourg, et blessé plus grièvement à Auxonne en novembre, et il a toujours porté avec orgueil la croix de 1er qu'il reçut à cette occasion.
Puis il recommença à voyager. La Transylvanie, où il visita les colonies saxonnes, la Petite ^'alachie, la Bukowine, la Hongrie, l'absorlyèrent en 1871. L'année suivante, il courut les Iles Lipari et la Sicile. De 1873 à 187.5, il fait son grand voyage en Améri({ue, aux I-]tats-Unis, au Mexique, à Cul)a. Il tint à séjourner dix mois à l'Université de Harvard, où professait Agassiz. A son retour, il était à son tour un maître. Le Polytechnicwn de Munich accueillit sa candidature. Il y enseigna la géographie de 187.5 à 188O; puis s'en alla occuper à l'Université de Leipzig la chaire vacante par le départ de Richlhofen, appelé à l'Université de Berlin. Ratzel est moi-t le 9 août 1904.
Les ouvrages principaux qu'il laissa sont : VAntropogéographie (2 vol. 1882-91); la Vœlher/.unde {Etno graphie), 2 vol. 1894-95); — la Politische Geographie (Géographie politique, 1897); — un petit traité intitulé Deutschland, Einführung in die Heiniatslainde {L Allemagne, introduction à l'étude de notice pays natal, 1898;; — Das Meer als Quelle der Voelkergroesse (La mer source de la grandeur des peuples, 1900) ; — Die Erde und das Leben (2 vol. 1901-02); — enlin, deux volumes substantiels de Kleine Schriften (1905), dont plus d'un mémoire a une valeur novatrice.
L'influence de Ratzel a été immense. 11 n'y a guère de géograjjhe qui s'y soit dérobé et les historiens eux-mêmes l'ont sal)ie. Mais il n'est pas sans importance de signaler que.
b'îS T.K l'ANC.KRMAMSMi: l'IlILOSOl'M K »IK
jtarini res (Icniiois, sou disci|)l(> principal csl If pau^cniianisle Karl LanipiTcht. Ce n'est j»as une raison pour conlcslcr le renonvellemonl considérable (|iie Halzel a apporté aux éludes géographiques. Des hommes du premier mérite. MM. Vidal de la lilache, Uaveneau, Jean lirunhes, l'ont reconnu (i). <• 11 a, sinon fondé, du moins achève- de constituer une philosophie de la géograj)hie », a dit de lui lelhnograithe Helnioll (2i. Mais on peut dire inversenieol qu il a renouvelé la philosophie de l'histoire par Timportanee tju'il a attachée au soubassement géographique de la vie tles groupes humains, ('."avait été là une i>ensée entrevue i)ar le wiii'^ siècle, et en particulier par Herder; et l'étude du revèlenienl organi«pic de lécorce terrestre, en particulier la gi'ographie des plantes, avaitété la préoeeujiation princijtale d'Alexandre von Humboldt. On peut dire cjue la ]thi]osophie de Uat/.el est la syntiièse do Hunil)oldt et de Herder.
Dans cette étude de l'expansion de la race humaine sur le globe, l'un des faits fondamentaux qui le frappèrent, c'était le fait de la guerre. " Il donna i>our superstructure à son expérience militaire personuelle des recherches plus vastes sur la guerre en général. 11 visait à constituer une psychologie générale de la guerre. » Ces paroles d'un de ses amis intinics, l'historien Karl Lan)|u-echl, méritent la plus grave attention (3). La science allemande a rendu service à l'humanité. Mais avant de songer à l'humanité, elle songe à l'Allemagne; et les universitaires allemands, surtout, sont constamment en quête d'api)lications prati(jues à tirer de la science pour le mieux du Deutschtum. Chez les plus grands, cette amiùtion patriotique se retrouve, inipi'rieuse et insolente. << En homme j)Ositif, a dit avec trop d'indulgence Jean lirunhes, Ratzel apercevait l'humanité à travers l'Allemagne : et il concevait que c'était par le moyen de son pays ((u'il pouvait le mieux servir et atteindre l'ensemble des autres peuples. Il n'a jamais dédaigjié d'api)orter son effort intellectuel au develoj)pement de l'Allemagne moderne et, lorsque certains débats captivaient toutes les pensées, tel le débat sur l'accroissement de la Hotte en 1900, Hatzel ne craignait jias de soutenir
II; V. Vn)AL Di; la Blache. Ln Géoi^raphip iiolilique [Annules de (iéographie, t VH, 1897-1898; — IIavuneai-, L'Aiitkroiio-i^n-offrnphie ^Ibid., l. I, 1891-189J); —Jean Brinues, Friedrich Hatzel La Cx'o- ;;iapliif', 1. X, ]i. io3 el suiv., 1904 .
{•2] IIei.moi.t, Friedrich Ratzel Deutsciic Bimdsclian, t. ij\, 190',. 1 (3i Karl Lamprecht. Notice nécrologique <le Ralzcl dans les Berichte über die Verhandlungen der Sdchsisctien Gesellschaft der Wissenschaften (philol.-histor. Klasse, t. LVI, p. 209 et suiv., 1904.
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IUI projet qu'il jugeait opi)ortuu en publiant une brochure géographique Das Meer als Quelle der Voelkerg-roesse (i). » L'humanité, vue à travers l'Allemagne actuelle, n'apparaîtrait pas toujours telle qu'elle est dans sa généralité. Les projets que Ratzel ne craignait pas de soutenir, on les verra plus loin. Ils tendent à mettre un à l'équilibre international présent que Ratzel attribuait à " une répartition anormale des espaces politiques et des moyens de puissance donnés avec ces espaces ». Cette situation, il la juge provisoire. Cette répartition anormale des possessions territoriales assignées aux grandes puissances, il veut la moditîer au profit de l'Allemagne. « Les peuples aussi n'ont qu'un choix : être enclumes ou marteaux. » Dans cette alternative, l'Allemagne a choisi d'être marteau.