ARTHUR DIX
nettement comme une tentative de large envergure pour arrondir les territoires possédés.
Nous avons vu comment l'Angleterre, après avoir pris pied dans l'Amérique du Nord, voulut s'étendre de l'Atlantique au Pacifique, comment elle a fait passer sous sa domination tout le cinquième continent, et nous la voyons encore, toujours active, joindre, en Asie comme -en Afrique, de nouveaux territoires aux anciennes possessions. Le but dernier, avoué dès le milieu du siècle précédent par des hommes d'Etat anglais, est mis nettement en lumière par tous les événements récents qui se sont produits sur la scène du monde. En Asie, c'est l'extension de la domination britannique sur toute la partie méridionale du continent. Pour l'Afrique, l'impérialisme britannique a frappé comme mot d'ordre la formule : du Cap au Caire. A la limite de l'Afrique et de l'Asie, ces deux empires britanniques de l'avenir, ardemment convoités, se touchent; le projet qui va du Cap au Caire rejoint celui du Nil au Yang-tsé. De Chypre à la Nouvelle-Zélande, du Nil au Yang-tsé d'un côté, du Nil au ■Cap de l'autre côté, s'étend l'empire de l'avenir, dont les hommes d'Etat anglais rêvent non depuis hier ou aujourd'hui, mais depuis des dizaines d'années. Pas à pas, la Grande-Bretagne a reculé les frontières de ses possessions de l'Inde, d'abord et durant plusieurs décades en lutte continue avec la politique russe; puis, lorsque le «olosse russe eut été suffisamment alfaibli et humilié par le petit allié de l'Angleterre, avec l'assentiment apparent de la diplomatie russe: de nos jours, toutefois, l'avance prudente, mais ininterrompue de l'Angleterre sur les « glacis de l'Inde » menace de porter quelque peu atteinte à cette bonne intelligence.
Il y a plusieurs années déjà que l'Angleterre traite le golfe Persique comme une <c mer britannique » ; et de nos jours encore, elle poursuit la tactique qui consiste à
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soulever les tribus arabes contre la domination turque; en même teni[)s elle therche à pénétrer économiquement en Mésopotamie, à em])écher le développement des intélèls allemands, et, parées divers moyens, à tout préparer p(Mir combler les lacunes qui existent, dans son Empire mondial, entre l'Inde et l'Kgypte. D'autre part, l'Australie est chargée d'un travail de mine dans les îles océaniques, entre autres dans la partie non britannique de la Nouvelle-Guinée, où oi)ère l'actif parti australien. Si la route de l'Australie à Singapour est encore coupée par les possessions hollandaises, l'obstacle est relativement faible : que pourra bien faire , en efl'et , la petite Hollande, si l'Angleterre lui inspire à un tel point la crainte de l'Allemagne qu'elle n'ait plus qu'à placer ses colonies sous la gracieuse « protection » de la (Irande- Bretagne ?
Les Anglais veulent rendre inexpugnable leur position dans l'Inde, en la fortifiant et en l'étendant de tous côtés, vers le Nil et vers le Yang-tsé ; mais cette tentative, par trop considérable, peut facilement se retourner contre eux, et attirer sur cette position un danger sérieux et grave. Par ses agissements, l'Angleterre éveille ellemême les intelligences dans le monde de l'Islam et dans celui du bouddhisme, et plus elle voudra avancer, plus grandes seront les résistances qu'elle suscitera dans ces esprits. La (irande-Bretagne joue gros jeu en essayant de réaliser ses rêves d'avenir.
Le projet des impérialistes anglais de relier le Nil au Yang-tsé est resté plutôt à l'état de rêve inavoué ; il a été poursuivi sous main, à des endroits dillerents, avec des moyens variés et à des époques diverses. Par contre, on n'a fait aucun mystère du projet qui tend à relier le Cap au Caire. C'est avec une âpre énergie qu'on a travaillé, au nord comme au sud, à arrondir les territoires possédés. Le plus récent, qui n'est sans doute pas le
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dernier, des procédés violents employés pour y parvenir, a été, dans le sud, l'annexion des Etats libres sud-africains aux territoires que Rhodes avait depuis longtemps étendus et reliés les uns aux autres au nord de ces Ktats, et dont le complément naturel serait, au sud, la colonie portug-aise de Mozambique. Au moment de la révolution en Portug^al, la question de ses colonies a été encore une fois débattue de diverses manières ; il semble bien que leur destin soit d'être un jour partagées pour arrondir les colonies étrangères contiguès. Si l'on y regarde de plus près, on sera bien obligé de convenir, en effet, que l'Angleterre a déjà en poche les meilleurs morceaux, et cela en dépit de la convention anglo-allemande sur leur partage éventuel. Les meilleurs ports sur le littoral portugais de l'Afrique oriental(\ Beïra et Delagoa-Bay (Lourenço- Marquezi, sont déjà plus anglais que portugais ; Beïra est le port naturel delà Rhodésia septentrionale et des mines de cuivre du Katanga, dans le Congo — provisoirement — belge; Delagoa-Bay est le port naturel du Transvaal. Sur le littoral occidental, la ligne anglaise du Katanga traverse la colonie portugaise de l'Angola. Subsidiairement, l'Angleterre s'intéresse aussi aux possessions insulaires du Portugal en Afrique : aux îles à cacao de Saint-Thomas et du Prince, situées en vedette devant le Cameroun allemand, et, en particulier, au triangle d'une extraordinaire importance stratégique ]>our l'Ucéan Atlantique, dont les sommets sont : Lisbonne, les Açores (Madère» et les îles du Cap- Vert. Au nord du continent africain, à Faclioda, la Grande-Bretagne a définitivement repoussé les Français du Nil, ai)rès un siècle d'etTorts inutiles qu'ils avaient faits pour s'établir en Egypte. En contournant l'Abyssinie, elle a trouvé un débouché sur l'Océan Indien, et l'a soudé au reste de son domaine dans l'Afrique sc^ptentrionale.
La haute valeur que la Grande-Bretagne attache à un