‹ Le pangermanisme philosophiqueChapitre 69 sur 135 · LK ivvn(;eumamsmi: IMIII.OSOIMIIQUE · texte numérisé non relu

LK ivvn(;eumamsmi: IMIII.OSOIMIIQUE

encerclenu'ut iiiétliodiquo des pays reliant la Méditerranée à rOcéan Indien a été surtout mise en lumière par la construction de la ligne de l'Ouganda, (^ette ligne, en communication avec le Nil et avec les voies ferrées qui en sont le complément dans les parties non navigables, marque clairement la volonte* de créer dans le Nord-Est de l'Afrique un système de voies de communication. Plus l'Angleterre clierche à enserrei* puissamment tout à la ibis le golfe Arabique et le golfe Persique, plus le lien géographique existant entre le projet du Nil au Yang-tsé et celui du (]ap au Caire devient visible. Le principal obstacle, qui entrave encore la réalisation de ce dernier projet, se présente sous la forme de lu colonie allemande de l'Est africain et de l'Etat belge du Congo. L'Angleterre essaya de le surmonter; tout d'abord par les ell'orts de Cecil Rhodes qui tenta d'obtenir l'acquiescement de l'Allemagne au passage, à travers l'Est africain allemand, de la ligne du Cap au Caire; puis par l'attitude de la politique britannique vis-à-vis de l'Etat du Congo. Elle n'est pas encore arrivée à ses fins ; mais ses regards restent lixés sur l'hinterland du (^ongo et sur la région des lacs de rAfricpie centrale.

Geographische Abriindiinostendenzen in der Weltpolitik (Tendances à s'arrondir géograpliiquement dans la politique mondiale\ dans Geographische Zeitschrift, t. XVII. 191 r, p. 7-9.

'2. Les sphères d'intcrcts des peuples européens.

En ce qui concerne les principales forces d'expansion dans la politique mondiale actuelle, nous arrivons au

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tableau suivant, dans lequel les sphères d'intérêts mordent bien souvent les unes sur les autres :

\J Angleterre, déjà en possession de vastes territoires bien délimités en Australie et dans la partie septentrionale de l'Amérique du Nord, essaie de rattacher à ses possessions de llnde tout le territoire du Nil au Yang-tsé, eX de relier les unes aux autres toutes ses possessions africaines du Cap au Caii'c. Parallèlement, l'Australie poursuit ses projets d'agrandissement sur les îles de rOcéanie. — Les visées du Jcipon se résument dans la formule : l'Océan Pacifique plus lAsie Orientale. — Celles des Etats-Unis par la formule : l'Amérique plus le Pacifique. — Les aspirations historiques de la Russie tendent à réunir sui* le continent de très vastes territoires avec débouchés sur la Baltique, la Méditerranée, le Pacifique et l'Océan Indien. — La Frame, ainsi que nous l'avons déjà vu, travaille sans relâche à arrondir un g-rand Empire colonial dans l'Afrique du Nord.

Ces fi rces d'expansion, non seulement se heurtent entre elles, mais se heurteront très probablement dans l'avenir à des obstacles toujours plus g-rands. provenant aussi de forces qui, dans la politique mondiale, sont encore assouj^ies.

Lorsque, vers la fin du siècle j^récédent, nous avons commencé à nous familiariser avec l'idée d'une politique mondiale, la vieille notion de la politique des g-randes puissances européennes était encore fortement ancrée en nous. Il a fallu de graves événements pour nous faire voir clairement que la j^olitique mondiale n'est plus exclusivement dirig-ée par les grandes puissances européennes. Avant que les États-Unis eussent, en 189S, dun rapide coup d'épée, enlevé à une ancienne grande puissance européenne son importance de l'autre côté de la mer, avant qu'ils eussent manifesté leur propre tendance expansionniste dans les eaux américaines et le Grand

Il'l 1.1% PANGKlSMAMS.Mi: l'il 1 K( »S( H'IIKM i;

()<éaii, It' Jupon avait, eu iS»i4, par sa vieloricusc aj;ression coiitr»' la (^hine, attiré rattontiou »lu monde ; il Ini a\ail inonlit' (|ut' non st'iilcniciil rAnicriciiif «In Nor<l, mais aussi ri'lxtrrmr-Oricul pn-tcuilcnt entrer (l«''si»rmais ou iii;iu' »le compte dans la polili([ue moudialo. J) ailleui's, la rapidité avec hupielle les j^iiei'res siuo-japonaise cl hispano-américaine se succédèrent, prouva justement ([ue les vastes territoires côlituvs et les innomhrahles îles du Pacilîque seraient à Tavenir, bien loin de la terre d'Europe. !"ol)jet de grandes luttes.

Si les grands succès remportés pai- le .lapon sur la Russie ont pu nous amenei- à nous exaj^érei- le péril (pie présente le Japon connue concurrent dans la |)oliti((u«' mondiale, en revanche la future force agressive de la (Ihine n'est pas estimée à sa juste valeur. Il est vrai que dans cet Empire, toutes les lorees ler-menlcnl encore sourdement, et la place qui devra èti-e laite plus tard à la Chine, comme facteur dans le problème momlial. ilépend dune évolution intérieui-e qui demandera ]>lusieurs années.

L'époque présente, avec toul«'s ses transfornuUions. a fait surgir dans l'éternel <■ homme malade » du Bosphore une puissance dont, en gênerai, (»n tient compte aujourd'hui, dans la politique internationale, autrcmient ((uon ne faisait il y a encore quel(|ues années. Les discussions sur la possibilité de faire entrer la Turquie dans l'un des deux grands grou|)emenls européens en l'on! assez foi; en particulier les pré-occuiia lions anglo-fi-ançaises au sujet d'une li"i[)le allianc(> austi-o-gei-manolurque. D'ailleurs le monde HKihoinctdu donne depuis (pielque temps à rcih'chir aux puissances mondiales, et les diplomates prévoyants ne négligeront i)lus dorénavant ce facteur des futurs problèmes de la politique mondiale. A ses côtes se ])lace le nioru/c bouddhique. Sur une larg"e zone se succè<lent ainsi, «lu Japon à travers

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l'Inde et rÉgyi»te jus([u';iu Maroc, de nombreux foyers d'agitation et personne ne sait ce qui se ])roduira plus tard sur ces territoires.

Ibid., p. lo et II.

Ijdttitiide de l'Aileniagne et de VEiirope centrale.

Nous n'avons pas tenu compte jusqu'ici de la résistance c[ue doit opposer l'Europe centrale à l'expansion des autres grandes puissances, quand celles-ci pénètrent dans des États jusqu'ici indépendants.

Plus s'ai'lirment sur le grand marché mondial les ellbrts de quelques puissances pour établir leur monopole exclusif et pour fermer ainsi à la libre concurrence des pays officiellement autonomes, plus un pays doué d'une force naturelle d'expansion économique telle qu'est celle de l'Allemagne, plus "ce pays, qui d'ailleurs n'a point l'intention de suivre la même politique, doit se préoccuper des manifestations économiques dans les régions oflrant encore à la concurrence internationale des droits égaux; il doit veiller à pouvoir en tirer ce qui est nécessaire pour compléter sa production, et à ne laisser restreindre ni les facilités d'accès, ni la puissance d'absorption, des marchés restés libres et autonomes. Plus importants encoi'c que tous les territoires situés par delà les mers, dans les continents étrangers, sont les pays situés plus près de nous, avec lesquels nous pouvons rester en communication même si des conllits armés menaçaient nos })orts du blocus.

En premier lieu, nous avons à considérer nos relations avec l'Orient, à travers l' Au triche-Hongrie. I^a question d'Orient, après avoir été longtemps le grand jiroblème ]»olitique en Europe, s'est trouvée ensuite reléguée pour un certain temps au second plan par les événements nou-

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veaux survenus sur le théâtre luoiulial: mais, dans nu avenir proehain, clli' s'imposera tic nouveau avee touli' son ini[)ortanec.

Les Balkans sont, en I^^urope, le pays le plus expos«'; aux l'einanicmcnts géograplu([ues ; c'est la c(intrée où vit le niélang«' de races le plus varié; c'est enliii la plus arriérée au point de vue civilisation et stabilité des Irontières. Eu Allemagne, en Autriche surtout, les jiommes politi(jU(>s panj^ermanistes sont depuis loni^temps habitués à considérer l'avenir politique sous l'angle suivant ; la ])uissauce allemande, qui grandit continuellenient avecraccroissement de la |)02Julation allemande ne i)ourra, vu le partage actuel de la terre et vu les Ktats qui sont solidement et sérieusement organisés sur les autres frontières, agir et se dévelo])per (pie ilu c«^té où elle rencontre la moindre i-ésislanee, c'est-à-dire v<'rs le Sud-Kst. Mais d'autre part, les grandes dillicullés que suscitent déjà à rAutriche-Hongrie les luttes entre les diverses nationalités dt; la monarchie ne semblent pas rendre bien désirables, dans l'intérêt même <le la cause germanique, une plus grande extension de la puissance autiicliieiuie dans cette direction, car cette extension semble devoir l'aii'c naître des conflits de plus en plus nombreux entre les nationalités. IVéanmoins l'Empire alh inaiid eut bien raison de rester ferme aux cotés de son alliée, lors(|ue celle-ci reprit, après un long arrêt, sa politique balkanique' active.

Vers le Sud-Est, de nouvelles voies sont oM\ertes à la puissance e\])ansive «le l'excédent des foires allemandes. Il c'sl particulièrement heureux (|ue cela ait «'"té possible sans faire de la Tui'quie l'ennemie des deux lunpircs, et sans laisser l'influence l)ritanui([U(; sup]ilanter l'influence allemande à (^onstantinople. Plus clairement qu'autrefois, le public commence aussi à se rendre compte que l'avenir de l'Allemagne dépend dans une lai'ge mesure du parti

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qu'on saura tirer des possibilités d'expansion oUertcs à l'excédent des forces allemandes dans la direction du Sud-Est. L'Allemag-ne et l'Autriche alliées, la Roumanie avec laquelle elles sont étroitement liées d'amitié, la Turquie régénérée par une organisation militaire à l'allemande, ainsi que le territoire compris entre le Bosphore et le golfe Persique, qu'on devra ouvrir à une nouvelle civilisation par l'avance de capitaux allemands, formeront, dans un avenir prochain, un vaste territoire économique, dont, grâce à des échang-es réciproques, les différents pays qui le composent pourront s'allranchir en très grande partie de leur antique dépendance à l'égard du marché mondial. Pour l'Allemagne, il n'est nulle part question ici de conquêtes 2>ar les armes, mais seulement de très importantes sphères d'action, où elle pourra s'adonner dans une pacifique concurrence aux o'uvres de sa mission civilisatrice.

C'est ainsi que de la mer du Xord au golfe Persique, à travers l'Europe et l'Asie antérieure, courent les liens d'une communauté d'intérêts aussi forte politiquement qu'économiquement. De la mer du Nord au golfe Persique, avec des points d'ajjpui sur la Méditerranée, voilà où réside l'importance, voilà où sont les bases économiques des relations politiques. Toute contre-coalition politique aura en elïet une tâche extrêmement difficile, et peu de chances de succès, si elle a en face d'elle non plus un pays relativement facile à isoler du marché mondial, mais bien un bloc de pays ayant accès à ce marché par la Baltique et la Méditerranée, la mer du Noi'd et la mer Noire !

A cette forte communauté d'intérêts économiques — basée sur la possibilité de l'échange des produits les plus importants, grâce auquel les divers pays peuvent se compléter mutuellement et éviter de graves dangers, même dans le cas d'un vaste conflit — correspond, à

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rinlt'i'ieui' de ces ten-iloii-es m'-oi^rapliitiucmeul liés les uns aux autres, une connnunaut«'- d iiil( ivls jH)liti(|ucs. C'est pourquoi les Empires de TKuropc eeiili-ale auront à eœur d'emi>èclier que Iv braiulun de la ijuerre ne sa 11 unie dans les lîalkans; ils souliailert)nt voir la Turquie lurliliée à l'intérieur contre des pertui'hatcurs et aussi contre les puissances «jui pourraient <tve tentées d'essayer, dans cet Orient voisin, quelques i)arlai4('s, ce (|ui ne laisserait pas «le menacer i;)"avemenl cet ê({uilibre européen, cpii. même en notre siècle de ])olitiijue mondiale, a conservé son im[tortance. On sait d'ailleurs fort bien, en Orient, que rAllemay;ne en partieuliei- est maintenant partout la protectrice de la porte ouverte, l'amie des puissances menacées dans leur indépendance; tandis <iue l'Ang-leterre, a[)rès avoir joué autrefois ce grand rùle, a passé peu à peu au système i)olitique du partag^e en sphères d'intérêts. Aussi estime-t-(jn en Turquie à sa juste valeur lamitié des Empires centraux, animés sous ce rapport des mêmes sentiments, et c'est, après tout, cette évidente communauté d'intérêts qu'expriment certiiins org-anes de la pr<'sse étrangère, lorsqu'ils lancent nerveusement les ballons d'essai bien connus, sur lesquels est ])einte « la ([uadruple alliance austro-germano-roumano-turque '.

Cette quadruple alliance n'a pas d'existence dans les archives de la diplomatie. L'Allemagne et l'Autriclie- Hongrie ne songent pas à se lier la Turquie par un traité écrit; de son coté, la Turquie n'a nullement l'intention de se retirer la possibilité de vivre en bonne intelligence avec les autres puissances européennes. Mais cependant, sans aucune convention militaire, sans ententes, sans traité tlalliance écrit, il règne entre l'embouchure de l'Elbe et celle de l'Euphrate une communauté d'intérêts assez étroite et assez précieuse poui- diminuer encore sensibleuient les chances de succès que présenterait une

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attai{iie coalisée, si nombreuse sùiL-elle, contre l'Enrope centrale, et pour fournir ainsi de solides garanties au maintien de la paix mondiale.

Nullement expansive au point de vue politique, l'Allemagne est tout simplement forcée de Tètre au point «le vue économique, si elle ne veut ])as laisser dépérir les forces de la natioa. Avec une augmentation d'environ I 1/2 o o chaque année, due presque entièrement à un accroissement naturel, nous dépassons tous les autres grands h^tats. non seulement en Eui'ope, mais encore dans n'importe quelle autre partie du monde, à l'unique excej^tion des pays qui doivent en grande partie leur accroissement à l'immigration. La population de l'Empii-e allemand compte actuellement 65 millions d'habitants. Encore quelque temps et le peuple allemand sera plus nombreux <le moitié qu'à l'époque de la fondation de l'Empire. D'autre part, personne n'osera contester sérieusement (|ue ses capacités matérielles et financières n'aient augmenté au même degré. Otte croissance de la nation, telle une nécessité inéluctable, pousse le peuple allemand sur les grandes voies du commerce mondial. Les nécessités de la vie civilisée augmentant parallèlement, il faut donc ou que l'excédent de sa population émigré vers de nouveaux j)äys, ou qu'il fasse venir des pays étrangers une partie des produits nécessaires à son entretien.

L'accroissement de la population est un facteur décisif <le la politique allemande, tant intérieure qu extérieure, (lette augmentation de forces pousse impérieusement à un plus grand déploiement vers l'extérieur; elle seule rend possible à l'intérieur le florissant développement économique. Sans ce fort accroissement de la population, il n'y aurait eu aucune politique coloniale et mondiale allemande, iiucun grand essor de l'industrie, et la production allemande n'aurait pas joui, sur le marché mondial, dune telle estime. Mais, d'autre part aussi, sans

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|)olili([iie coloniale cl iiioiidiiiic, sans essor de rindusti'ic, sans (le continuelles coïKjuètes siir le marche mondial, cet accroiss(>ment de la population n'aurait pu durer. Si la force ([ui tend si •'•iieri;i(|ucnient à aller de lavant n'avait pu s'épanouir lilu-ement, elle aui'ait dépéri; l'accroissement ilc la j)opulation aurait haissé, la jiroduction industrielle aurait suhi le nu nie soi't et le mai'clié intérieur aurait été contiaint de grandenuMit se reslrcindie : nous passons sous silence ce qu'il serait advenu de la ])ai'tieipation de rAllemai^ne au marche numtlial et de lit sriret<' de sa situation polilicpu«. Le grand dévelo])pemenl du peuple allemand <loil rester pour lui un hierd'ait et ne pas dégénérer en malédiction. Et c'est pourcpuji nous devons continuer à lui procurer de l'espace, de l'air et de la lumière! ?Sous devons maintenir et consolider notre position sur le marclM- mondial, alin de procurer à d'autres bras de la place et tles facilités de travail. C'est pour cette raison que, forcément, nous nous préoccupons de maintenir sur le marché mondial la libre concurrence et le libre trafic : n(»us de\ons veiller k ce que les divers concurrents [)()sscdent des droits identicpu-s sur tous les territoires qu'on j>eut appeler neutres, en ce sens qu'ils ne sont jtas entre les mains des graiules puissances économiques dirigeantes.

Si les grandes lignes de la |»olitiquc mondiale allemande sont ainsi nettement tracce> jiar la nécessité économique qui s'im])ose à elle de maintenir sur le marché mondial une libre concurj-ence basée sui- légalité des droits, il s'ensuit (|U(î, tout naluic'llemenl, l'Alh'inagne devra faire tous ses ellbrts poui- empêcher la rupture de cette égalité internationale, dans le cas oii une grande puissance économique ([uelcon»|ue cherchei'ait à (-tablir son monoi)ole dans les teri-itoires d'un autre lüat. L'Allemagne pratique la politi(jue d(^ la porte ouverte: elle est la gardienne la plus autoi'isi'c de la porte ou\rrtc.

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L'importance de ce rùle politique, — non seulement pour l'Allemagne elle-même, mais aussi jiour les pays où d'autres Ktats cherchent à obtenir une inlluence préponth-rante et à établir leur monopole économique ainsi que leur prédominance politique , — sera d'autant plus grande que ces tendances étrangères s'afllrmeront davantage .

Si elle poursuit cette politique avec la j^leine conscience du but à atteindre, l'Allemagne pourra gagner de nombreux ])artisan>, aux forces susceptibles d'être développées. La partie encore autonome, mais menacée dans son indépendance, du monde mahométan, de même une grande partie du monde asiatique, avec leurs énergies ]t()ur la plupart assoupies, mais très capables d'éclosion, pourront, dans l'application de cette politique qui s'impose à l'Allemagne moderne, former des contrepoids énergiques et nécessaires à la supériorité menaçante prise par une puissance quelconque et par ses tendances politiques.

Plus il y aura d'États et de nations anéantis, plus il sera diflicile de maintenir l'équilibre entre les puissances qui les auront absorbés, ('/est en veillant à ce que les forces exubérantes de ces puissances, qui sont par là même une menace et un danger pour la paix mondiale, ne cessent pas d'être contenues par l'existence, le maintien et la force intérieure toujours accrue de contrepoids indépendants, que l'Allemagne remplira le mieux la mission d'assurer la paix universelle. Un Maroc développant pleinement toutes ses énergies, une Perse, un Empire turc, une Chine, une Amérique du Sud, devenant intérieurement toujours [)lus forts, ne menaceront pas la paix du monde, mais neutraliseront et contiendront la prépondérance menaçante de l'Angleterre, du Japon, des États-Unis, de la Russie ou encore de la France; ils contribueront à empêcher qu'une de ces puissances étende

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son iiioiioi)ole J'unc i'avon intoh'-ralilc pour rexi)aiisiüii c'cou<nni(jiio allemande, ou se laisse cnlraînei' à une ijuerro frivole nour satisfaire ses eonvoilises politiques.

Si, personnellement, rAlleniaj,^ne se reluse à adopteiune politicpie (rex[)ansiou lerrilorialc la tournure prise par la ([ueslion ])ersane a nionlré ton! rt'ceninient à quel j)()int elle tloit avoir à co^ur de s Opposer aux tendances d'auti'es Klats visant à établir un monopole écouomi(jue et à arrondir des territoires.

Depuis que les agissements britanni([ues ont éveill«- le soupçon que la Grande-liretag'ne voulait procéder au partage clélinitif de la Perse, l'opinion publique en Europe s'est, d'instinct, vivement intéressée à la question persane; en vérité, elle aurait du sy intéresser ainsi dès le moment où a été conclu l'accord anglo-i'usse. Cet accord, vieux de plus de trois ans, dit bien cependant, suivant la formule habituelle, que les deux ])uissances n'ont aucunement l'intention de loucher à l'indépendance de la Perse : « elles veulent, au contraire, l'assurer pour toujours '. On connaît assez ce refrain et la mélodie ((ui raccompagne, et l'on .sait ce que signifie un accoi-d lorsque, comme c'est ici le cas, deux puissances le signent un accord pour garantir l'indépendance d'une troisième.

Le principe suivi jjar l'Angleterie ilepuis qua éti' ouverte la question persane vise à partager en sphères d'intérêts des pays jusqu'ici indépendants; c'est un principe diam«'tralenient opposé à celui de la ])(>rte ouverte, tenu autrefois en haute estime ])ar l'Angleterre elleuiême. et défendu en pi-emière ligne aujourd'hui ])ai' l'Allemagne. La diplomatie allemande connaît ])ar une expérience ])ersonnelle ce nouveau principe britannique, elle a surtout a]>pris à le connaître en particulier à l'époque où les Anglais cherchèrent à transformer la

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vallée du \ang-lsé en une sphère dintérèts anglaise et à en chasser le commerce allemand. On n'a pas oublié la longue querelle diplomatique qui se poursuivit à ce sujet entre l'Allemagne et l'Angleterre, à la lin du siècle dernier : la renonciation aux privilèges que l'Angleterre s'étail attribués, mais que lAllemagne n'avait jamais i-econnus, dans la vallée du Yang-tsé, lut une des compensations otlertes par l'Angleterre à rAUemagne, en récompense de son attitude i>endant la guerre du Transvaal. Depuis, l'Angleterre a l'ait bien souvent de nouvelles tentatives, en prenant comme point de départ le cours supérieur du Yang-Tsé, pour se porter lentement en avant par la formation de si)hères d'intérêts.

Vint ensuite l'accord franco-anglais sur les sphères d'intérêts dans l'Afrique du Nord; il fut suivi de l'accord anglo-russe sur les sphère:; d'intérêts en Perse. Le principe constamment suivi ici est, comme nous l'avons dit, inconciliable avec celui de la porte ouverte que l'Allemagne veut maintenir. Même si l'égalité est nominalement reconnue à tous les concurrents sur le marché mondial, il existe cependant, à l'intérieur des sphères d'intérêts, mille influences tendant à procurer le monopole économique à la puissance qui a su acquérir l'influence prédominante. Nous savons trop bien quelles difficultés rencontrent aujourd'hui les entreprises allemandes au Maroc; nous avons pu con.stater, avant même l'accord officiel russo-anglais au sujet de' la sphère d'intérêts anglaise, quels obstacles les Anglais opposaient à la Compagnie Harabourg-Amerika par exemple, lorsque celle-ci essaya d'organiser des relations commerciales directes entre l'Allemagne et la Perse.

La manière dont la Grande-Bretagne se comporta tout récemment vis-à-vis des intérêts économiques allemands en Perse est d'ailleurs suffisamment connue. Le principe de la sphère d'intérêts s'applique maintenant de la Perse

lu^ m: PWc.KitMAMSMi: i'nn.()s<)i>iri()UE

iiK'ridioiialr au goll'e l'opsiquc, renardi'- j)ar l'Ani^lcterr«' tomme une mer anglaise, aux i)ays tVonlières ai-abcs, elà la Mésopotamie ; sur ee dernier territoire, l'Angleterrevise au monopole de l'irrigation et de la navigation lluviale. T^a question persane, en tant (pi'ajjplicalion d'un principe, est doue un épisode de celle lutte, dans laquelle la conception allemande et la conceplion anglaise se dressent, inconciliables, lune contre l'autre (i).

Le système de l'étpiilihre eui-opéen, (pii lut anh-elois le l)rincipe directeur tlenoti'edijjlomatio, doit être remplacé aujourd'hui, et sera tout naturellement l'emplaeé dans riiisloire de demain, par un système international de forces réciproquement limitées sur le glohe entier. S'il laut nous résigner à voii- le développement des (Miergies allemandes contenu ilans de certaines limiles, du l'ait de la contrainte exercée par l'Angleterre el l'alliance i'rancolusse, il nous paraît ecjuitable, en revanche, que les forces anglaises soient à leur tour contenues par le Japon et les Mtats-Unis, celles du Japon par les Ktats-l'nis et la (Ihine, celle des Ktats-Unis par le Jai)on et la Russie, celles de la Russie, ])ar 1<> Japon, l'Autriclie-llongrie et la Turquie, connue celles de la France le sont par l'Allemagne et peul-clre aussi par l'AIVique du Xoi-d. (>etle contrainte récii)i'()([ue empêchera l'ascension d'uue seulepuissance à la domination universelle exclusive, ascension qui, l'expérience de toute l'histoire nous le montre, n'est jamais qu'éphémère, et conduil à de graves calastrophes pour tous.

Si naturels que .soient les elforls il'uu Mlal [n)nv arrondir et développer largement s»'s territoires, non moins

ri II laut apin-ccicf (l'aiilaiit plu-, le siiccè.s i'ciiij)()rlc par la ilil)lonialic allcniaiidc, «laus liiccdid de Potsdam, au sujet des iitrrèl> iilieiiiiiiids el russes eu l'erse. iXolc de l'jiuteiir.

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