‹ Le pangermanisme philosophiqueChapitre 81 sur 135 · I. (aiUiii'c prussienne · texte numérisé non relu

I. (aiUiii'c prussienne

11 y a quelque chose de creux dans la eulture intelleeluelle prussienne; son développement s'est l'ait plutôt du dehors au dedans que du dedans au dehors; elle n'est (jue rextensit)n de la cultui-e herlinoise. Deux choses lui manquent \)nv dessus tout : la vraie pliilosojjhie et l'esjji'it vraiment populaire, elle ne [tense pas et elle ne sent pas. C'est ce qui la rend, à bien des ég'ards, extérieure et superficielle. << J'avais dix-huit ans, et je ne savais pour ainsi dire rien; si j'étais toml)é dans les mains de nos pédag-ogues actuels, ni mon corps, ni mou esprit n'y auraient résisté, » dit A. de Humboldt. Des mesuies régulatrices peuvent bien rég-lér la vie, mais non })as la créer; et il est des cas où elles peuvent létouller. Bien des règlements prescrits par l'I^tat pour l'enseignement secondaire en Prusse rappellent dune l'a(;on inquiétante les deux édifices surmontés de coupoles qui se trouvent sur la place des Gens-d'armes à Berlin : à l'extérieur, ils sont classicfues, fastueux, ils ont de nombreux corps de bâtiments et l'aspect prétentieux . l'intérieur ne sert à rien. Pour une l'ois, le caporalisme prussien s'est nièh- de ce qui n'était i)as tle son ressort. Xi l'art, ni la eulture ne naissent au commandement; ils germent, crois.sent, s'épanouissent lentement dans l'àn^e du j^euple. La eulture ne doit pas être du genre « tailleurs pour civils et militaires ». Sans aller aussi loin que B<ei'ne qui écrivait dans ses Lettres de Paris, parisieimes vraiment plus qu'allemandes : « C'est un Prussien, donc c'est un fanfaron prétentieux >■>, on ne peut cependant pas nier que, précisément dans le domaine^ intellectuel, la lat.on d'agir

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cassante et provocante des Prussiens ne tourne souvent à la hâblerie. On en a la preuve, depuis Nicolai jusqu'à Dubois-Reyniond.

Eu ce qui concerne les procédés mis en œuvre dans l'éducation et les examens, Disraeli a comparé depuis long-temps la Prusse à la Chine. Ce qui manque à la culture allemande contemporaine, qui a été si fortement inlluencée j^ar la politique intérieure et extérieure de la Prusse, c'est l'harmonie intime. Mars n'a jamais été l'ami des Muses. Mais peut-être un jour sera-t-il donné au peuple allemand de prouver sa reconnaissance à la Prusse, pour l'activité qu'elle a déployée dans l'œuvre d'unification du pays, en remplissant ce vide et comblant cette lacune avec les trésors de son àme. La Prusse a donné la coupe; que l'Allemagne donne le vin. Cela ne saurait être mauvais, au contraire, il y a tout avantag-e à ce qu'un peu de chaleur allemande pénètre la froideur prussienne. Il est bon d'avoir une tête froide, mais seulement lorsqu'en même temps on a le cceur chaud; autrement Tàme s'atrophie. Quand le bon sens bourgeois dépasse certaines limites, il devient trivial. L'esprit à la Nicolai se justifie pleinement en politique; mais dans le domaine intellectuel, il ne se justifie que dans une mesure très limitée. Le cœur allemand est idéaliste. Et à l'heure qu'il est, il est bon que cet idéalisme se manifeste par la prééminence de l'individualisme, c'est-à-dire de l'art. Dans sa vie politique, l'Allemagne ne peut se passer de l'épine dorsale prussienne; mais dans sa vie intellectuelle elle doit conserver le libre usage de ses membres. Il est donc nécessaire que la culture prussienne et allemande telle quelle est aujourd'hui devienne plus intime et plus profonde.

Rembrandt als Erzieher. Rembrandt éducateur, p. III. 1

IQî I.K PANCRUMANISMi: l'Il I l.OSOl'II I(,)l'E

•2. Le inililariHine priinsien sera le suliiL iniellectiiel de V Allemagne.

Dans l'armée, la routine est non seulement permise, mais commandée.

Il est hors de doute que par l'armée cette routine s'est communiquée à la culture intellectuelle de la Prusse. Mais il faut aujourd'hui que cette culture se fonde dans celle de l'Allemagne. C'est à sa discipline que la Prusse doit sa g-randeur politique et militaire. Mais les sous-officiers du monde intellectuel y ont eu trop souvent la parole. Eu voulant critiquer et corriger leurs supérieurs, ils se sont mêlés parfois de choses où leur incompétence était évidente. Puisse donc l'esprit « officier prussien », tel qu'il vivait en Kant, Herder, Humboldt, triompher de façon durable de cet esprit « sous-officier prussien » qui se développe à coté de lui, et qui s'est manifesté dans Wöllner, IN'icolaï, Dubois-llcymond. La bigoterie d'un Wöllner et de ses successeurs, aussi bien que le rationalisme d'un Nicolai et de ses successeurs, sont aussi superficiels et vulgaires l'un que l'autre. En face du pur sentiment, du mysticisme si l'on veut, sur lequel reposent toute religion et tout art vrais, ils se dressent en étrangers et en ennemis. Uu horizon borné est toujours, pour celui qui en est encerclé, une sorte d'auréole à rebours. C'est pourtpioi la Prusse devrait mettre en œuvre ce qu'elle a de vraiment noble, et le faire dominer dans la vie intellectuelle comme elle le fait déjà tout naturellement dans la vie militaire. C'est un devoir qui lui est imposé par sa haute mission allemande. Toute espèce d'organisation repose sur la subordination, quel que soit le sens qu'on donne à ce mot. Il faut donc introduire et faire vivre l'esprit de subordination dans le domaine intellectuel aussi. ?si(<)laï doit être aux ordres de Gœlhe, Pour une fois cet ('m])iétement du

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militarisme sur la vie civile aurait du bon. Il est certain que les partisans conscients ou inconscients de Nicolai s'opposeront à une telle subordination, autant que les Allemands d'aujourd'hui se sont naguère ojiposés à leur subordination politique à la Prusse. Mais il est probable que, dans ce cas encore, leur résistance n'aura pas plus de succès que celle qu'ils ont montrée autrefois. L'histoire est jîlus puissante que les désirs de l'homme. Et s'il en vient un qui accomplisse une telle révolution dans les idées, on le haïra d'abord, puis on l'aimera certainement autant qu'on a haï et aimé Bismarck.

L'Allemand s'est militarisé ; qu'il se civilise maintenant, de gré ou de force. La civilisation repose sur la subordination des instincts et des idées inférieurs aux instincts et aux idées les plus élevés. La subordination est une qualité j)russienne. Et c'est la culture ainsi comprise et non la culture berlinoise qui conviendrait aux Allemands. Puissent-ils savoir apprendre! Et puissent-ils être modestes !

Ibid., p. 111-112.

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