Comment édifier V Allemagne nouvelle
La façon dont l'Allemagne réalisera son agrandissement de territoire est une question difficile à résoudre, parce qu'elle est d'ordre pratique. Celle-ci est étroitement liée aux nécessités imposées par les caractères spécifiques de la race germanique. Nous avons déjà dit, à propos de l'Empire romain, comment il fallait éviter de fonder un empire. Ne perdons pas cette idée de vue, d'autant plus qu'il nous faut tendre à donner à la race germanique septentrionale un gouvernement plus conforme à son caractère, à sa nature, à ses aspirations. La scission de la race germanique en peuples et en États
JOSEPH-LUnwiG REIMER
diflerents peut constituer un obstacle à l'idée d'unité de la race. Lors de la fondation de l'Empire, les petits États avec leurs dialectes différents, rendirent l'entente plus difficile. Ces obstacles extérieurs prennent plus d'importance chez les Germains parce qu'ils inclinent au particularisme. Cependant ces difficultés sont plus faciles à surmonter qu'on ne le croirait au premier abord, cai^ dès l'instant où, dans les États germaniques prépondérants, ai)paraît la conviction qu'une union politique plus profonde de certains éléments germaniques européens est possible et nécessaire, la situation politique pour les Germains se révèle identique à celle des Allemands au moment de la fondation de l'empire. Il faut que l'État le plus puissant de l'Allemagne s'empare de l'hégémonie, et que les petits États sacrifient de leur autonomie la part nécessaire à assurer l'unité durable d'un nouvel empire.
Que la force armée soit nécessaire ou non, la question est sans importance; ce qui est essentiel, c'est que l'État qui aspire à l'hégémonie dispose d'une puissance morale, économique et militaire suffisante pour atteindre ce but et ne plus le perdre de vue. Quel pourrait être cet État sinon l'empire allemand qui est en quête de territoires nouveaux? Nul ne peut en douter, après ce que nous avons dit des autres grandes puissances. La situation morale des petits États restera favorable tant qu'une intervention militaire fratricide de l'Allemagne ne sera pas nécessaire. Tout dépendra de la soumission de la France. Il faut que l'Allemagne acquière l'hégémonie absolue dans l'Europe centrale et occidentale et qu'elle annexe simultanément, ou peu de temps après, les provinces allemandes autrichiennes, d'une manière conforme aux desseins de noti^ race germanique. La pression exercée par le nouvel empire sera si grande que, bon gré, mal gré, les petits États germaniques disséminés
seront contraints de s'adjoindre à nous, suivant des conditions que nous déterminerons
Je ne veux pas me poser en prophète. Un livre d'hypothèses n'épuiserait pas la question. L'Allemagne, objectera -t-on peut-être, n'atteindra jamais la supériorité militaire nécessaire pour fonder cet empire. Je n'engagerai pas de discussion sur ce point. Je dirai seulement que l'Allemagne et ses maîtres sont obligés, quel que soit leur procédé, d'arriver au but que je leur ai indiqué. Nos intérêts vitaux l'exigent. C'est à nos chefs à perfectionner l'armée allemande, à lui donner la force néces saire afin qu'elle devienne l'arme de la victoire dont les Germains d'Allemagne — qui débordent de ses frontières trop étroites — se serviront pour conquérir l'unité économique et ethnique absolument indispensable. J'ignore comment elle se réalisera, quel sera le groupement des puissances; je Xy ^^^^ pas indifférent, mais prédire ce groupement serait téméraire; en trahir le secret serait absurde...
Que chacun donc se représente à sa guise la façon dont se dérouleront les événements. Ce qui importe, c'est que la conce])tion des dirigeants soit juste. Pour nous, profanes, il nous suffit d'entrevoir dans un avenir proche la probabilité d'une telle évolution, notre horizon en sera élargi et notre pusillanimité s'évanouira.
Qu'il me suffise de rappeler :
1° Que la France a suffisamment d'argent, mais dispose de trop peu d'hommes ; que les races y sont trop mêlées pour pouvoir avec succès faire une concurrence militaire à l'Allemagne ;
a'' Que la Russie souffre de lopposition entre le tsarisme et le peuple; qu'elle a, il est vrai, beaucou}) d'hommes, mais trop peu d'argent, que sa civilisation est trop arriérée, la race trop rude, trop hétérogène, pour supporter longtemx)s le fardeau des armements. Elle jouit
JOSEPII-LUDVVIG REIMEU
de trop peu de liberté pour lutter avec succès contre un peuple vraiment libre ,
3» Que l'Allemagne est assez riche, qu'elle dispose d'un nombre d'hommes suffisant, d'une race robuste, que son évolution intérieure permet à son armée de devenir de plus en i)lus puissante. Pourvu que le peuple consente à faire un sacrifice, le moment viendra où la nation n'aura que l'embarras du choix en fait d'alliances.
On peut objecter qu'une fraction importante du peuple allemand, le prolétariat, avec ses idées démocratiques et internationales, est hostile à de tels plans et fera de l'armée un instrument incertain et rétif. Ceci est fondé partiellement, mais l'agrandissement de territoire que nous réclamons cadre entièrement avec les idées prolétariennes allemandes, et en cas de guerre, les autres peuples avec leur prolétariat ne seront pas dans de meilleures conditions que nous. Nous pouvons, au contraire, tabler sur l'esprit belliqueux des Germains ; le vieux Bebel lui-même déclarait au Reichstag qu'en cas de guerre, ses partisans feraient leur devoir. Si nous obtenons la victoire, nous ferons des concessions aux ouvriers qui formeront la plus grande partie de l'armée. Cette tactique les amènera à nous consacrer toutes leurs éner<yies.
Ibid., p. I2I-I22.