‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 117 sur 139 · Agrandissons notre territoire · texte numérisé non relu

Agrandissons notre territoire

Nous avons vu par l'exemple de l'Angleterre (jue toute réforme, toute évolution sociale nécessitaient en premier lieu un domaine économique plus un, plus étendu que celui présenté par les grandes puissances européennes modernes; naturellement ceci s'apj^lique aussi à l'Allemagne.

Pour le moment tous nos hommes politiques, tous nos économistes ne x)ortent en ligne de compte que les limites restreintes de l'Empire, non j^as peut être dans leur for intérieur, mais en paroles. Sans doute, ceci est encore nécessaire }}ou.v l'avenir le x)lus proche. Autrefois on nous engageait à attendre que l'Allemagne comptât 60 millions d'habitants. Elle les a maintenant, et peut s'accommoder de 70 millions, et peut-être davantage, pour un temps très court. Il ne faut surtout i)as oublier que l'Allemagne, dans l'intérêt même de tous les Germains, ne doit jamais marcher sur les traces de l'Angleterre; que son aflaiblissement qui commence nous soit un exemple salutaire !

Le marché mondial ne peut tolérer l'existence d'une seconde Angleterre. On peut facilement se représenter ce qu'il adviendrait d'une Allemagne industrialisée — elle qui ne dispose même pas de territoires aussi étendus que ceux de l'Angleterre. Une dépendance économique vis à- vis de l'étranger semblable à la déx^endance politique de l'Allemagne avant la fondation de l'Empire se renouvellerait. Von der Brùggen écrit : « Une industrie n'est économiquement saine que dans la mesure où ses

JOSEPII-LUIAMG REIMER

ni

facteurs essentiels ont leur base sur le sol natal, et si son marché principal a son siège dans le i)ays même. » Ce n'est pas le cas de l'Angleterre. « Une industrie qui produit surtout pour l'exportation, met son projîre pays sous la dépendance de l'étranger et sera toujours exposée aux fluctuations des marchés étrangers. Telles sont l'Angleterre et la Belgique. Le marché allemand a été assez fort jusqu'à j)résent pour maintenir sur pied notre industrie indigène dans son ensemble II est à souhaiter que cet état de choses dure; ce serait une catastrophe si notre vie économique nous mettait dans la même situation que celle de l'Angleterre. Devenir à ce prix un État industriel, que Dieu nous en préserve ! »

Dans tous les pays d'où l'Angleterre tire ses moyens de subsistance, et auxquels nous aussi sommes obligés d'avoir recours, s'éveille une industrie autonome. Presque tout notre prodigieux excédent de population ne peut vivre que de l'industrie. Le rendement de nos terres cultivées sera de plus en plus en rapport inverse avec notre consommation. Plus l'industrie autonome se développera dans les autres pays, plus les articles manufacturés que nous avons si clièrement payés de la santé du i>euple, i)erdront de leur valeur. Ces nouveaux pays industriels auront de plus en plus besoin de leurs propres produits pour leur population croissante. Donc, la valeur de ces matières augmentera pour nous.

Qu'on se représente, étant donnés ces faits, une seconde Angleterre, deux peuples frères, deux peuples de maîtres, qui chez eux s'usent par le travail dans des ateliers malsains et qui lutteraient pour le pain quotidien chez des peuples étrangers et de race inférieure, tandis que ceux-ci verraient la manne leur tomber tout naturellement. Quel .spectacle décevant ! Il faut se garder en outre de croire que géographiquement l'Allemagne se trouve dans une situation aussi favorable que celle de l'Angle-

terre; sans dire même que nous soyons entourés de i)euples armés jusqu'aux dents, presque tous « non Germains », même en passant sous silence notre mission, en tant que puissance germanique prépondérante en Europe, notre situation est vraiment moins favorable que celle de l'Angleterre; car celle-ci possède des terres qui, toutes situées qu'elles sont au delà des mers sont fusionnées dans un ensemble économique ; ces colonies peuvent lui fournir les matières nécessaires à son existence. Elles s'adaptent à son développement et i)ourront à l'avenir la rendre indépendante de tout l'Univers.

Mais l'Allemagne n'a pas de terres ; et au point de vue de l'approvisionnement nous serons de plus en plus subordonnés à l'étranger. Voilà l'un des points les plus vulnérables de la théorie des pacifistes à outrance qui considèrent les unités nationales d'aujourd'hui comme définitivement établies; c'est là aussi le point vulnérable de la politique extérieure de notre socialdémocratie, qu'elle dissimule mal en se réclamant de l'internationalisme. Car la meilleure organisation sociale, la plus équitable, ne saurait donner plus qu'elle n'a, et la meilleure organisation sociale de l'Empire allemand, ne peut pas nous garantir que l'étranger nous fournira toujours les produits indispensables à la vie.

Bref, tant que nous dépendrons de l'étranger pour notre subsistance, tant que nous ne formerons pas un tout économique, le socialisme, à l'intérieur, sera une chimère qui ofl^rira plutôt moins de garanties que le puissant état militariste actuel.

Donc, notre première réclamation sera : « Donnez-nous plus de terres! » Pour atteindre ce résultat, nous ne pouvons, nous ne devons et nous ne voulons pas compter sur un état futur hyix)thétique, mais sur la « réelle vigueur de l'Empire allemand ». (Comte de Bûlow au Reichstag.) Cette réclamation n'est pas arbitraire, immo-

Pale, mais elle est nécessitée par la loi fondamentale de la vie économique et de l'organisme qui a besoin d'un champ salubre i)our manifester sa force. Ce champ salubre n'est pas fait de concurrence industrielle débitante et de vie dans les ateliers où l'on végète, mais d'agriculture alliée à l'industrie.

Qu'il est funeste et faux d'as])irer à un nouvel ordre social économique et en même temps de combattre la piditique de son pays comme le fait le parti des socialdémocrates du Reichstag! C'est un aveuglement qui ne peut être expliqué que par le doctrinarisme révolutionnaire ; on ne peut l'excuser que dans la mesure où il ne réussit pas à arrêter la marche des événements. Contentons-nous ici de constater que le besoin d'acquérir des terres nouvelles est pour l'Allemagne une nécessité d'ordre général qui, pour des raisons économiques et sociales, c'est-à-dire comme condition de ses plans d'avenir, doit être ressentie par le prolétaire d'une façon aussi pressante que par le bourgeois allemand.

Ibld.f j). ii5-ii8.

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