n'y a qu'une morale politique : être fort
L'essence de l'Etat, c'est la puissance...
Dans l'appréciation de la moralité individuelle, la question qui se pose en dernière analyse est de savoir si un individu a poussé la culture de son « moi » jusqu'au plus haut degré de perfection qu'il lui est donné d'atteindre.
Si l'on applique la même règle à l'État, son suprême devoir moral est donc de travailler à f^^. puissance ; non à la puissance pour elle-même, mais à cette puissance qui protège et accroît les biens supérieurs, à cette puissance qui se justifie en se mettant au service des biens les plus nobles de l'humanité.
Sacrifier ses propres intérêts à ceux d'un Etat étranger, sous quelque prétexte que ce soit, est par suite une action toujours immorale, parce qu'elle est en contradiction avec l'affirmation de soi-même qui est le devoir le plus nécessaire de l'État ; la faiblesse doit être dénoncée comme la faute politique la plus répréhensible et la plus méprisable. Elle est, comme dit si bien Treitschke, le x^éché contre le Saint-Esprit de la politique.
Il est non moins immoral pour la politique de négliger ïextension de la puissance, extension qui constitue la base nécessaire du progrès de la culture nationale.
Ibid., p. j(\; trad. E. Simonnol, p. 84 sq.
FRIEDRICH VOX liERXHARDI
5. Il y a des nécessités économiques qui rendent les guerres inévitables.
Les peuples vigoureux et qui font effort pour s'élever, augmentent de population et ont besoin, à partir d'un certciin moment, de plus d'espace.
L'émigration dans les Etats étrangers peut d'aboixi suffire à ce besoin; mais les émigrants ne perdent que trop vite le sentiment de leur nationalité : nous autres, Allemands, en avons fait l'amère expérience. C'est pourquoi l'acquisition de colonies, où l'excédent de la population i>eut se fixer — aux dépens, il est vrai, des habitants autochtones — est préférable. Il s'agit ici exclusivement de territoires occupés par des races humaines de culture inférieure. Là enfin ou de tel.s territoires n'existent pas, ou sont j^eu propres à la colonisation, il ne reste d'autre moyen, pour faire de la place à sa propre nationalité supérieure, que la conquête de territoires étrangers.
Les conditions de travail peuvent aussi, selon les circonstances, contraindre un peuple a la guerre. Une partie de la population, dans les grands Etats industriels, vit de l'exportation. Si les Etats jusque-là acheteurs se ferment à l'imjwrtation, le cas peut facilement se présenter d'un Etat exportateur incapable de fournir plus longtemps à ses travailleurs des conditions d'existence suffisantés. Un tel Etat court le risque, non seulement de perdre par l'émigration une jyartie de sa population, mais encore de perdre peu à peu sa puissance politique et sa faculté civilisatrice, à mesure que diminuent et sa production et ses gains. Nous sommes à cet égard au début d'une évolution, et l'on ne doit pas l'ermer les yeux à ce fait qu'un tel Etat peut être entraîné à une guerre par la
nécessité de procurer à ses ouvriers un travail rémunérateur.
Si donc Fétude des faits à la lumière du principe biologique des sciences naturelles nous convainc déjà que la guerre est un facteur nécessaire de l'évolution, on arrive au même résultat en considérant la question au point de vue moral; car la guerre n'est pas seulement une nécessité biologique, elle est encore, dans certains cas, une obligation morale, et comme telle un facteur indispensable de la ciçilisation.
Ibid., p. 62-63; trad. franc., p. 68-69.