‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 2 sur 139 · LES CROYANCES PHILOSOPHIQUES DU PANGERMANISME · texte numérisé non relu

LES CROYANCES PHILOSOPHIQUES DU PANGERMANISME

« Toute guerre est guerre de religion en son impulsion la plus profonde : c'est dire seulement ou que toute guerre ébranle en entier le social afin d'en vérifier le lien ; ou que toute guerre émeut et peutêtre décide en métaphysique (i). » Le prosateur vigoureux qui écrit ces lignes sur ses derniers feuillets est un jeune sociologue, mort de ses blessures devant Arras. Il exagère à coup sur. Il y a eu des guerres de cabinet, des guerres dynastiques et des guerres de rapt très étrangères à toute signification métaphysique. Mais Albert Thierry décrit une expérience morale profonde. La guerre qu'il a vécue, et dans laquelle il est mort, est une guerre de croyances et elle met aux prises des principes.

Il s'en faut que ce confiit soit simple. Des litiges secondaires viennent à la traverse de la grande lutte. Et dans la lutte principale, les croyances antagonistes sont multiples. Beaucoup d'Allemands,

(i) Extrait d'un ouvrage posthume d'All)frl Tuikrry, intitule Des conditions de la paix. Essai de morale révolutionnaire. Cet essai, dont M. Paul Desjardins a édité maji^nifiqucment les IVajifnients essentiels dans ses Entretiens des non-combattants^ mérite d'être accueilli de ceux qui survivent.

dès les premières heures du conflit, ont cru défendre leur existence nationale menacée. D'autres, devant rOccident insurgé au nom des idées de 1789, ont cru devoir lutter pour une « idée allemande de liberté », quils croient unique en son genre et, avant toute autre, précieuse, parce qu'elle se concilie avec une autorité forte et de forme prussienne. Ils prétendent défendre le « militarisme prussien » comme l'extériorisation de ce qu'il y a de plus héroïque dans Tesprit allemand.

Nous laisserons de côté provisoirement cette étude spéciale du « militarisme prussien », qu'il faudra reprendre, et en l'absence de laquelle l'opinion se contente d'aperçus instinctifs et de vulgarisations scolaires. Pour les pangermanistes, le militarisme prussien est un moyen d'asseoir la domination allemande, au nom d'un droit supérieur qu'il définit. Le pangermanisme est l'image la plus ambitieuse que la nation allemande ait invcMitée d'elle-même dans sa conscience. On a vu, dans les précédents volumes, comment il compte la projeter sur le monde. On veut réunir, dans le présent volume, les raisons idéologiques que se donne celte ambition. La « culture » et la civilisation germaniques entendent prévaloir par le militarisme, parce qu'elles méritent de prévaloir. :Mais leur mérite préexiste indépendamment de l'arme par laquelle il triomphe; et c'est un mérite profond, fondé dans réterncL

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