Les invasions des Barbares ont été satutaires
I/auteur fait un tableau de rKmpire romain au temps des dillérentes invasions, et tend à prouver que Rome et l'Italie lurent gouvernées j)ar des princes de la race des (ioths, appelés par les empereurs de Constautinople, et (jue Rome à travers tout le moyen âge est restée liée tout au moins de nom à l'Empire romain restauré par les peuples germaniques.
Un taldeau historique, une caractéristique quelque peu vivante de la migration des peuples devait précédtîr tout jugement sur les invasions, et m'a paru d'autant plus
FRIEDRICH SCHLEGEL
Si
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nécessaire que cette époque est d'une importance extrême pour toute l'histoire ultérieure; car eUe est le fondement essentiel sur lequel reposera toute la formation germano-romane des nouvelles nations d'Europe : constitution et langue. moLurs et lois, idées directrices et même penchant de l'imagination. Bien des historiens, aveuglés par un enthousiasme trop exclusif j)our 1 antiquité, ou trop imbus des idées et des principes modernes, n'ont pas compris ou jugé avec justesse cette époque... Il est d'autant plus difficile de la bien interpréter que le merveilleux des événements et de la pensée dans le vaste ensemble que forme cette phase chaotique de l'histoire de l'univers, ressort de chroniques diffuses et incomplètes; les vieilles épopées, les titanomachies .semblent être devenues réalité; souvent des fragments <le mythologie populaire et des légendes païennes .se trouvent mélangés ou voisinent avec quelques traits dune i-éalité toute prosaïque... Le plus souvent on ne peut même se faire une idée d'un semblable état do choses, et c'est pourquoi il est si rarement compris Pourtant, du point de vue même de la nature et des sciences naturelles, on ne devrait pas oublier que la magniliquc abondance des formes organisées, que la pleine floraison de la vie telle qu'elle doit être, proviennent ,1'un .^tat chaotique, où les forces élémentair.-s s'agitent en désordre dans la lutte et le corps à corps, avant qu'elles ne se posent et ne s'ordonnent dans un équilibre harmonieux et ne se fécondent dans un moment créateur, par une heureuse fusion de laquelle, quand les convulsions de lenlantement .seront passées, jaillira victorieuse une nouvelle vie de la beauté la plus pure.
- Les invasions ont bien été un moment de lutte chaotique entre les forces et les éléments divers qui constituent l'humanité, une marée de peuples, une sorte de déluge d Ogygès renouvelé au sein de l'époque his-
torique; mais elles .sont .le venues aussi le sol fertile et la base historique d'une nouvelle évolution morale et intellectuelle. Cette migration de peuples formidable et .ontmue qui va de l'est à l'ouest, du nord au sud, ou .se retourne vers l'est, ou remonte vers le nord, ce rayonnement puissant d'armées en marche, qui part.mt d'un point central pour s'épandre dans toutes les directions ou qui, se rétractant, refluent de tous côtés vers ce centre toutes ces ruées peuvent être considérées comme une .ifiande bafc.ille des forces élémentaires qui entrent en conflit dans rhumanité et diins l'histoire.
L'auteur explique ensuite : /
i:t sans doute, le premier ellet pro.luit par une force naturelle ainsi déchaînée ne peut qu'être néfaste pour les ..rganismes existants et. ,1e ce fait, impressionner défavorablement l'historien. De même cpie les évolutions trop lentes ne répon<lent pas à nos vœux et à notre attente <le même la biusque irruption de l'inattendu et de l'extraordmaire, ou une magnifique floraison dans le domaine «le la culture morale et intellectuelle peuvent nous causer quelque surpri.se.
Mais nous devons nous rappeler que Dieu, maître de Iheuie '"tervient quand et comment il lui semble bon. '
Or, on ne peut mettre en doute que le résultat <les ...vas.ons n'ait été en soi salutaire, et que ce mélange 'les races germaniques avec la population romaine déjfV- '«•.ee, de cette force naturelle allemande saine et pleine 'le Vigueur intellectuelle avec l'humanité et la culture '"■"■■'ines, qui sans cet afflux tombaient immédiatement 'lans la décadence, n'ait été fertile. (>i douterait encore " a besoin, pour t.-ouver une raison historique et pé- '■emptoire d'écarter ce doute, que de .omparer lévolul'on historique si brillante et si variée, la culture intel-
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lectuelle si florissante des nations et empires nouveaux de l'Europe, sortis de cette souche gtermano-romaine, avee l'histoire de la décadence byzantine, avec la monotonie de l'épuisement intellectuel, avec le complet engourdissement moral qui s'y manifestent.
D'autre part, il est indiscutable que la force qui a amalgamé en un mélange harmonieux ces deux éléments antagonistes : la vitalité des Germains et l'humanité, la culture et la langue des civilisations romaines, à l'époque féconde d'où devaient sortir toute la culture et toute révolution de Tépoque moderne, ce fut le christianisme, et ce fait suffît pour que nous ayons à le considérer comme le princijie d'unité, l'àme même de toute l'histoire moderne.
Mais, sans le nouvel élément de cette force vitale apportée par les peuples du Nord, le christianisme à lui seul n'aurait pas eu le pouvoir de relever complètement de leur dégénérescence l'humanité et la civilisation romaines, parce que celles-ci étaient déjà tombées trop bas, et suilout aussi parce que, et cela dès son origine, 1 Etat romain, cette chose monstrueuse, corrompu jusque dans ses profondeurs les plus intimes, n'était susceptible ni d'amélioration ni de transformation, mais ne pouvait être que détruit par le temps lui-même, puis reformé sur des bases nouvelles.
Ibld.y pages 4^, 4^, 5o.