‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 48 sur 139 · Médiocrité du système de Véquilibre européen · texte numérisé non relu

Médiocrité du système de Véquilibre européen

Dans les vieilles institutions de l'Allemagne, le principe de la monarchie héréditaire est tout à fait prédo-

LE PANfiERMANISMK PHILOSOPHIOUE

minant, mais il reste éloi^é de tout absolutisme, et 4lans le détail des lois ou du droit, il se concilie avec plus 4rune tradition républicaine; tout ledilice repose sur la base des données historiques, sur les vieilles coutumes, sur les nobles principes du pur honneur, sur la per- -ionne et le mérite personnel, sur Télcvation de l'esprit et la noblesse du caractère. Lorsqu'à cette force morale naturelle des peuples g^ermaniques se fat ajoutée la consécration religieuse, et que le principe de la charité chrétienne, avec la pureté et la simplicité d'une foi vive, eut accès dans ces fortes âmes de héros, tous les éléments se trouvèrent par là même réunis pour constituer le véritable Ktat et la véritable vie jmblique conformes à la

justice chrétienne

Quand les guerres de religion eurent pris fm, alors commença l'ère véritable du système de l'équilibre, ainsi qu'il arrive chaque fois qu'il n'existe pas de principe élevé ou que celui-ci s'elface. ou fait défaut pendant un certain temps ; c'est sur cette base que s'est développée la civilisation du xviii siècle; à aucune époque antérieure le système d'équilibre n'a reçu un aussi complet développement que dans celle-ci et n'a occupé une si brillante phice dans la vie publique. L'Angleterre resta le fei-me soutien et le vrai point d'appui de ce grand levier m<mdial qu'est l'équilibre européen, et la politique pacifufue de l'Autriche, qui ne s'est pas démentie à travers tous les siècles, placée sur le fondement bien plus élevé de l'esprit religieux, l'orma sur le continent l'autre [)oint d'appui pour ce système d'équilibre, qui devient le jjrincipe dominant et dans cette période et dans l'ensemble des événements historiques. Cette solide alliance constitua en grande partie aussi la base extérieure de cet équilibre, abstraction faite de certaines fluctuations qui sont inhérentes à l'essence et au caractère du système lui-même.

FRIEDRICH SCULEGEL

Il ne faut pas confondre ce système d'équilibre avecla politique de paix conforme au principe du droit en vigueur et reconnu comme légitime, car bien qu'elle s'allie souvent très facilement et tout naturellement avec lui contre des forces supérieures qui ne tiennent nul compte du droit, elle ne s'identifie pas complètement avec lui, mais s'en distingue par plus d'une i^ropriété caractéristique et même dans son principe fondamental. Le principe sur lequel se règle cette autre politique propre à maintenir la paix, c'est le droit, non point une conception générale ou un pur idéal de justice absolue, auquel on chercherait à conformer un système de go;ivernement et la condition des peuples, mais plutôt, si je puis employer cette expression mathématique pour me faire mieux comprendre, le <lroit aijpliqué, c'est-à-dire le droit elléctivement en vigueur et ivconnu comme faisant loi. Car remonter à l'origine i>remière et au principe fondamental de tout droit et de toute justice, cela doit rester réservé à Dieu seul, comme à l'éternel arbitre du monde, qui juge les Etats et les peuples comme les individus, qui sait demander au jour historiquement iixé un compte sévère i)our tout grand abus de droit politique, punir son auteur et le faire retourner d'une manière souvent affreuse au néant. Si l'homme ou une puissance terrestre quelconque voulait niettie lîi main à cette «euvre, viser à cette justice absolue, tout juger et régler d'après elle et réorganiser le monde, il ne pourrait sortir de là qu'un bouleversement complet de toutes les choses humaines et une destruction entière de tout l'ordre existant; et c'est là l'idée ftiusse qui est le mobile ou le prétexte de toute conquête fanatique du monde, comme aussi de toute révolution visant non point à une réforme i>artielle du droit, mais à des eflets universels.

Ibid., ])ages 90, 209, 210.

li*

Page 1