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LE DÉTERMINISME SCIENTIFIQUE

Friedrich RATZEL (184^-1904)

LA PRÉDESnXATIOX ANTIIROPO-GKOGRAPIIIQUE

Friedrich RATZEL est le fils d un humble valet de chambre du grand-duc de Bade. C'est ce qui lui a valu de passer son cnlance et son adolescence dans le parc j,^rand-ducal de la résidence de Carlsruhe, où il est né. Les grands viviers, les rochers de ce parc, ses bosquets peuplés de statues, ses ménageries peuplées de blaireaux, de renards, de mouettes et d'autres volatiles, ses grandes serres pleines de végétaux rares ont été le i)aysage familier de ses premières années. Ratzel est devenu ainsi de bonne heure un naturaliste et un botaniste très exercé. Des études pharmaceutiques, qu'il commença comme simple commis, à Eichtersheim-en-Bade, à Rapperswyl, en Suisse (de 1859 à i8(>3), fortilièrent encore son goût pour les études botaniques, aux([uelles il ajouta la chimie et la géologie. Mais il avait des aspirations plus hautes. A Mars, près Crefeld, il put se préparer aux examens du Polytechnicum de Carlsruhe, où il entra en i8()6. La paléontologie et la géologie que C. Zittel y enseignait, les sciences physiologiques qu'il étudia chez Pagenstecher, à l'Université de Heidelberg, le hrent docteur en zoologie, géologie et anatomie comparée, dès i8()8.

Cette même année l'amena dans le Midi de la France» où il étudia les annélides maritimes de la région de Cette. Il n'a

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jamais caché la recoimaissance ([ull gardait à Charles Robin et à Charles Martin dont il avait suivi les leçons à la Faculté de médecine de Montpellier. Ses correspondances pour la Gazette de Cologne^ dont il a tiré les Zoolog-ische Briefe von Mittelmeer [Lettres zoologiques de la Méditerranée), et les Skizzen ans Sûd-Frankreicli (Esquisses du Midi de la France), tirent les frais de son voyage. 11 le termina par une longue excursion d'une année en Italie et, par Gênes, Florence, Rome, Naples, Messine, revint à Heidelberg en 1869. La Gazette de Cologne se l'attacha durablement comme collaborateur scientifique. Il put visiter ainsi longuement les collections et les musées d'histoire naturelle d'iéna, de Dresde, d© Berlin. Pour tirer un meilleur parti des voyages qu'il allait faire pour son journal, il commença alors, sur le conseil de Karl Andrée, des études géograpliiques approfondies. Mais ces voyages furent remis quand éclata la guerre de 1870.

Ratzel a fait la campagne comme fusilier au' 5'' réghnent d'infanterie badoise. 11 fut blessé dans une escarmouche à Neudorf, devant Strasbourg, et blessé plus grièvement à Auxonne en novembre, et il a toujours jiorté avec orgueil la croix de fer qu'il reçut à cette occasion.

Puis il recommença à voyager. La Transylvanie, où il visita les colonies saxonnes, la Petite \'alachie, la Bukowme, la Hongrie, l'absorbèrent en 1871. L'année suivante, il courut les lies Lipari et la Sicile. De i8;3 à 187.5, il fait son grand voyage en Améri(iue, aux l':tats-i:nis, au Mexique, à Cuba. 11 tint à si^journer dix mois à l'Université de Harvard, où professait Agassiz. A son retour, il était à son tour ' un maître. Le Polytechnicum de Munich accueillit sa candidature. 11 y enseigna la géographie de 1875 à 188G; puis s'en alla occuper à l'Université de Leipzig la chaire vacante par le départ de Richthofen, appelé à l'Université de Berlin. Ratzel est mort le 9 août 1904.

Les ouvrages principaux qu'il laissa sont : V Antropo géographie (2 vol. i8«2-9i): la Vœlherimnde {Etno graphie), 2 vol. ï^^94i)S); — la Polit ische Géographie (Géographie politique, 1897) ; — un petit traité intitulé îkmtschland, Einfùlirung in die Heimatskunde {L Allemagne, introduction à Vétude de notre pays natal, 1898) : — Das Meer als Quelle der Voelkergroesse (La mer source de la grandeur des peuples, 1900) ; — Die Erde und das Leben (2 vol. 11)01-02); — eniin, deux volumes substantiels de Kleine Schriften (1905), dont plus d'un mémoire a une valeur novatrice.

L'influence de Ratzel a été immense. 11 n'y a guère de géographe qui s'y soit dérobé et les historiens eux-mêmes l'ont subie. Mais il n'est pas sans importance de signaler que,

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parmi ces deruiers, son disciple principal est le paniveriuainste Kail Laïuprecht. Ce n'est pas une raison pour contesU r le renouvellement considérable que Katzel a apporté aux

AfA. , •^^^^''^^^'''ï"''^- JC)es hommes du premier mérite MM. \idal de la Blache, Kaveneau, Jean Brunhes, l'ont reconnu (i). .. 11 a, sinon fondé, du moins acheré de constituer ^e philosophie de la jféographie .. , a dit de lui l'ethnographe HelmoH (2.. Mais on peut dire inversement qu'il a renouvelé la i»hilosophie de l histoire par llmportance qu'il a attachée au soubassement géographique de la vie des groupes humains, (.avait été là une j>ensée entrevue par le xviii« sièchet en i»articulier par llerder ; et l'étude du revêtement organique de lecorce terrestre, en particulier la géographie des plantes avait été la préoccupation principale d'Alexandre von liund>oIdt. On peut dire que la philosophie de Hatzel est la synthèse de Humboldt et de Herder.

Dans cette étude de l'expansion de la race humaine sur le globe, 1 un des faits fondamentaux qui le frappèrent, celait le lait de la guerre. .. Il donna pom- superstructure à son expérience militaire personnelle des recherches plus vastes sur la guerre en général, il visait à constituer une psvchologrie générale de la guerre. . Ces paroles d'un de ses Vmis mtimes, 1 historien Karl Lamprecht, méritent la plus grave attention (3). I.a science allemande a rendu service à 1 humanité. Mais avant de songer à l'humanité, elle songe à l'Allemagne ; et les universitaires allemands, surtout, sont constamment en quête d'applications praticjues à tirer de la science pour le mieux du Deutschtum. Chez les plus grands, cette ambition i)atriotique se retrouve, imj>érieuse et insolente. « Ln homme positif, a dit avec trop d'indulgence Jean Brunhes, Hatzel apercevait l'humanité à travers l'Allemagne : et il concevait que c'était par le moyen de son pavs qu'il pouvait le mieux servir el atleindre l'ensemble des autres peuples. Il n'a jamais dédaigne d'apporter son ell'ort intellectuel au développement de 1 Allemagne moderne et, lorsque certains* débats captivaient toutes les pensées, tel le débat sur l'accroissement de la Hotte en uyoo, Katzel ne craignait pas de soutenir

(r A . A n»AL di; la Bi.AeMii:. La Géofrraphie pot ilique {Animhs de (.ee>ji:raphie.. t Vil, i89:-i8«)S; - Uavknkai , LAulhropo-^réofrvavhie {Wid., t. I, i8î)i-i«i):2); — Jeaiî Brinhes, Friedrich Hatzel La Gek)graphi(% t. X, j). loi et siiiv., Ufo^.

(21 Helmolt, Friedrich /{atz.el\Deulsc\w Hundsihaii, t. iji, npl)

(3 Karl Lamprecht. Notice- néei'e)logiqiic ele Katzel élans les

herichtc lilwr die Verhandtun^^en der Siictisischen Gesettscliaff dcr

H issensctiajten {ptiilot.-histor. Ktasse, t. LVI, p. 25e) et suiv, i«)o4..

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un projet qu'il jugeait opjjortun en publiant une brochure géographique Das Mccr als Quelle der VoelLergroesse (i). i. r/huiuanité, vue à travers rAUemagne actuelle, n'apparaîtrait pas toujours telle qu elle est dans sa généralité. Les projets que Katzel ne craignait pas de soutenir, on les verra plus lom. Ils tendent à mettre lin à l'équilibre international présent que Katzel attribuait à « une répartition anormale des esi)aces politiques et des moyens de puissance donnés avec ces espaces ». Celte situation, il la juge provisoire. Cette répartition anormale des possessions territoriales assignées aux graneles puissances, il veut la modilier au i)re)lit de l'Allemagne. « Les pe'uples aussi n'ont qu'un choix : être enclumes ou marteaux. 0 Dans cette alternative, rAUemagne a choisi d'être marteau.

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