‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 58 sur 139 · IM · texte numérisé non relu

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attaque coalisée, si nombreuse soi telle, ccmtre l'Europe centrale, et pour fournir ainsi de solides iraranties au maintien de la paix mondiale.

Nullement expansive au point de vue politique, l'Allemagne est tout simplement forcée de l'être au i)oint de vue économique, si elle ne veut pas laisser «lépérir h's forces de la nation. Avec une augmentation d'environ I i/ii o o chaque année, due presque entièrement à un accroissement naturel, nous dépassons tous les autres grands h:tats, ncm seulement en Europe, mais encore dans n'importe quelle autre partie du monde, à l'unique exception des pays qui doivent en grande partie leur accroissement à l'immigration. La i>opulationde l'Emjdre allemand compte actuellement (m millions d'habitants. Encore quelque temps et le peuple allemand sera i)lus nombreux de moitié (pi'à répo([ue de la fondation de l'Empire. D'autre part, [>ei'sonne n'osera contester sérieusement cfue ses capacités matérielles et fnumcièi'es n'aient augmenté au même degré. Cette c-roissance de hi nation, telle une néc<'ssité inéluctable, jîousse le jx'uple allemand sur les grandes voies du commerce mondial. Les nécessités de la vie civilisée augmentant parîiUèlement. il faut donc ou ([ue rexcédent de sa i)opulation émigré vers de nouveaux pays, ou qu'il fasse venir des pays étrangers une partie des produits nécessaires à son entretien.

L'accroissement de la ])opulation est un facteur décisif de la |)olitique allemande, tant intérieure ({u'extérieure. (^ette augmentation de forces pousse impérieusement à un plus grand déploiement vers l'ext/M-ieur; elle seule rend possible à l'intérieur le florissant développement économique. Sans ce fort accroissement de la i)opulation, il n'y aurait eu aucune politique coloniale el mondiale aUemande, aucun grand essor de l'industrie, et hi production allemande n'aurait ])as joui, sur le nuirché mondial, d'une telle estime. Mais, d'autre part aussi, sans

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AU! II m DIX

I)olitique coloniale vi mondiale, sans essor de l'industrie, sans de continuelles conquêtes sur le marché mondial cet accroissement de la population n'aurait pu durer. Si la force qui tend si énergiquement à aller de l'avant n'avait i)u s'épanouir librement, elle aurait dépéri; l'accroissement de la population aurait baissé, la production industrielle aurait subi le même sort et le marché intérieur aurait été contraint de grandement se restreindi'e ; nous passons sous silence ce qu'il serait advenu de la l»articipation de l'Allemagne au marché mondial et de la sûreté de sa situation politique. Le grand développement du peuple allemand <loit rester pour lui un bienfait et ne pas dégénérer en malédiction. Et c'est jiourquoi nous devons continuer à lui procurer de l'espace, de l'air et de la lumière ! Nous devons maintenir et consolider notre i)osition sur le marché mondial, alin de procurera d'autres bras de la place et des facilités de travail. C'est pour cette raison que, forcément, nous nous préoccupons de maintenir sur le marché mondial la libre concurrence et le libre trafic : nous devons veiller à ce que les divers concurrents i»ossèdent des droits identiques sur tous les territoires qu'on peut ap,>eler neutres, en ce sens qu'ils ne sont pas entre les mains des grandes puissances économiques dirigeantes.

Si les grandes bornes de la politique mondiale allemande sont ainsi nettement tracées par la nécessité économique qui s'impose à elle de maintenir sur le marché mondial une libre concuri«ence basée sur l'égalité des droits, il s'ensuit que, tout naturellement, l'Allemagne devra faire tous ses ellbrts pour empêcher la rupture de cette égalité internationah', dans le cas où une grande puissance économique quelconque chercherait à établir son monopole dans les territoires d'un autre État L'\l. lemagne pratique la politique de la porte ouverte • elle est la gardienne la plus autorisée de la porte ouverte

lîii

L'imiiortance de ce rôle politique, — non seulement pour l'Allemagne elle-même, mais aussi jKmr hs pays où d'autres Ktats cherchent à obtenir une inlluence préjion- (h'rante et à établir leur monopole économique ainsi que leur prédominance ])olitiqu(^ , — sera d'autant plus grande que ces tendances étrangères s'afiirmeront davantage.

Si elle poursuit cette politique avec la pleine conscience du but à atteindre, l'Allemagne pourra gagner de nombreux i)artisans, aux forc<'s susceptibles d'êti-e dévelo]>pées. La i)artie encore autonome, mais menacée dans sou indépendance, du monde mahométan, de même une grande partie du monde asiatique, avec leurs énergies ]K>ur la ])lupart assoupies, mais très capables d'éclosion, [)Ourront, dans l'application de cette politique qui s'impose à rAllemagne moderne,^ former des contrepoids énergiques et nécessaires à la supériorité menaçante prise par une j)uissance quelconque et par ses tendances politiques.

Plus il y aura d'Etats (^t de nations anéantis, plus il sera diflicile de maintenir l'équilibre entre les puissances qui les auront absorbés. C'est en veillant à ce que les forces exubérantes de ces puissances, qui soni j>ar là même une menace et un dang(^r pour la paix mondiale, ne cessent pas d'être contenues par revistence, le maintien et la force intérieure toujours accrue de contrepoids indépendants, que l'Allemagne remplira le mieux la mission d'assurer la paix universelle. Un Maroc développant pleinement toutes ses énergies, une Perse, un Ein[)ire turc, une Chine, une Amérique du Sud, devenant iiitérieui-ement toujours ])lus forts, ne menaceront pas la paix du monde, nuiis neutraliseront et contiendront la prépondérance menaçante de l'Angleterre, du Japon, des Etats-Unis, de la Russie ou encore de la France; ils contribueront à empêcher qu'une de ces puissances étende

^liir

LE PAXrxEKMA.MSME PHILOSOPIIIQL i:

ARTIIUH DIX

son inoiioiiole d'une façon intolérable ]»our l'expansion t3cononiique allemande, ou se laisse entraîner à une j,nierre frivole pour satisfaire ses convoitises i)olitiques.

Si, personnellement, l'Allemagne se refuse à adopter une politicpie (l'expansion territoriale, la tournure prise par la (pieslion persane a montré tout récemment à quel point elle <loit avoir à cœur de sopposer aux tendances d'autres Ktats visant à étahlir un numopole économicpie et à arrondir des territoires.

Depuis que les a-issements britanni(pies (mt éveillé le soupçcm que la (irande-nreta.i,me ^ (.niait procéder au partai-v définitif de la Perse, l'opinion publique en Eun.pe s'est, d'instinct, vivement intéressc-e à la question persane; en vérité, elle aurait dû s'y intéresser ainsi dès le moment (m a été conclu l'accord anglo-russe. Cet accord, vieux de plus de trois ans, dit bieii cependant, suivant la formule habituelle, que les deux puissances n'ont aucunemeni lintention de toucher à l'indépendance <ie la Pe.se : « elles veulent, au contraire, l'assurer pour toujours Ou connaît assez ce refrain et la mélodie i|ui raccompagne, et l'on sait ce que signifie un accord lorsque, comme c'est ici le cas, deux puissances le signent un accord pour garantir l'indépendance dune troisième.

I^e principe suivi pai- l'AngleteiTc depuis qu'a été ouverte la question persane vise à i)arlager en sphères d'intérêts des pays jusiju'ici indépendants ; c Cst un i)rin- (ipe diam(-tralemeut opposé à celui de la porte ouverte, tenu autrefois on haul(> estime i)ar l'Angleterre ellemême, et défendu en première ligne aujourd'hui par FAllemagne. La diplomatie allennuuh^ c<mnait par une expérience personnelle ce nouveau principe britannique, elle a surtout appris à le connaître on particulier à réiK)que où les Anglais cherchèrent ii transformer la

vallée du Yang-tsé en une sphère d'intérêts anglaise et à en chasser le commerce allemand. On n'a pas oublié la longue querelle diplomati((ue qui se poursuivit à ce sujet entre rAllemagne et l'Angleterre, à la lin du sièch' dernier : la renonciation aux privilèges que l'Angleterre s'était attribués, mais (jue l'Allemagne n'avait jamais reconnus, dans la vallée du Yang-tsé, fut une des compensations odertes par l'Angleterre à rAllemagne, en récompense de son attitude pendant la guerre du Transvaal. Depuis, l'Angleterre a fait bien souvent de nouvelles tentatives, en prenant comme [)oint de départ le cours supérieur du ^ang-Tsé, pour se porter lentement en avant par la foi-mation de sphères d'intérêts.

Vint ensuite l'accord Iranco-anglais sui; les sphèi-es d'intérêts dans l'Africpie du Nord; il fut suivi de l'accord anglo-russe sur les s[>hères ^'intérêts en Perse. Le principe constamment suivi ici est, connue nous l'avons dit, inconciliable avec celui de la |)orte ouverte que l'Allemagne veut maintenir. Même si r('galité est nominalement reconnue à tous les concurrents sur le mai'ché mondial, il existe cependant, à l'intérieur des sphères d'intérêts, mille influences tendant à procurer le monopole économique à la puissance (|ui a su acquérir l'influence prédominante. X(ms savons tro[) bien (pielles difficultés rencontrent aujoui-d'hui les entreprises allemandes au Maroc; nous avons pu constater, avant même l'accord officiel russo-anghiis au sujet de la s[)hère d'intérêts anglaise, cfuels obstacles les Anglais opposaient à la Compagnie Hambourg-Amerika par exemple, lorsque celle-ci essaya d'organiser des relations commerciales directes entre l'Allemagne et la Pers«\

La manière dont la Grande-Bretagne se comporta tout récemment vis-à-vis des intérêts économiques allemands en Perse est d'ailleurs suffisamment connue. Le principe de la sphère d'intérêts s'applique maintenant de la Perse

LE PAXC.EUMAXISME PHILOSOPHIQUE

ARTHUR DIX

méridionale au golfe Pi^rsique, rep^ardé par l'Angleterre comme une mer anglaise, aux pays frontières arabes, et à la Mésopotanïie ; sur ee dernier territoire, l'Angleterrevise au mono]>ole de l'irrigation et de la navigation lluviale. La question persane, en tant qu'aj^plication d'un pi'incipe, est donc un épisode de eette lutte, dans laquelle la conception allemande et la conception anglaise se dressent, inconciliables, Tune contre l'autre (i).

Le système de l'équilibre européen, qui fut autrefois le principe directeur de notre diplomatie, doit être remx)lacé aujourd'hui, et scia tout naturellement remplacé dans riiistoirc de demain. [)ar un système international de forces réciprotpiement limitées sur le globe entier. S'il faut nous résigner à voir le développement des énergies allemandes contenu dans d<» certaines limites, du fait de la contrainte exercée jiar l'Angleterre et l'îdliance francorusse, il nous juiraît équitable, en revanche, que les force» anglaises soient à leur tour contenues par \v Japon et les l]tats-Unis, celles du Japon i)ar les États- i:nis et la (Uiine, celle des Ktats-Unis j)ar le Japon et la Russie, c(»lles de la Russie, par le Japon, rAutriche-Hongrie et la Turquie, comme celles de la France le sont pai* TAUemagne et peut-être aiussi par l'Africjue du Nord. Cette contrainte récipro(pH» empèchei-a l'ascension d'une seule puissance à la domination universelle exclusive, ascension qui, l'expérience de toute Tliistoire nous le montre, n'est jamais ((u'épliéuière. et contluit à de graves catîistrophes pour tous.

Si naturels que soient les ellbrts d'un Klat pour arrondir et dévelop[>er larg(»ment ses tiMritoires, non moins

I 11 laut appréci»!' «l'aiilanl plus \r succès muporlé par la «iiploniatic aiirinaïuic, dans l'arronl «!<• Potsdain, an snjcl des nlétvls allcniands et rnssivs vu l'erse. Note de l'aulenr.

naturelle est, d'autre part, la résistance opposée par les pays lésés contre ces ellorts poussés à l'excès. Jamais la répartition du niontle ne sera définitive; plus à un moment donné elle s'esquisse à grands traits, plus nombreuses sont alors les oppositions qui surgissent, et d'autant plus proche est un nouveau partage.

Thid., p. i3-ib<.

KARL IA:SIPUEt:ilT

VAHL LAMPHKCHT (i85(>-ic)i5)

Le diHi'rminisjne historif/ue.

Karl LAMBliKCHI est uu Saxon do la province prussienne de Saxe. II est né le 25 lévrier i85(; à Jessen. 11 a [lassé son doctorat à Leipzi<,^ en i8;8. Sa spécialité d'orij?ine iiit l'histoire nK'diévale de TAlleinaj^ne et de la France. C'est une histoire de la vie économique de la Fiance au x^' siècle lacschic/itc de>i fraiizn'sischen Wirtschaflslcbcns iin Xr^Jahrhiutdert, 1879) qui Uii valut le droit d'enseij-ner comme Pri iuil-docent à l'Université de Leipzig. Des recherches paléo- ^^rapliiques sur les Initiale» nrneinentaUs du Vllt au XIII' aiècïei Initia l-ornamentlL- vont VIII his :.ant XII I Jahrhandert, 1882) jetèrent la base de ses généralisations aventurées sur le « typisme .. et le « conventionalisme . (|u'il croit dominants dans toute la vie imatrinative et sensible des sociétés allemandes du moyen âge. Des reeherciies sur l'Iiistoire économique de l'Allemagne médiévale (/>eM/se//e \V//-/- S('/iaftsi(eschir/Ue iin Mitfela/ter, i88()) furent plus sérieuses et le désignèrent pour le professorat adjoint à It iiiversité de Bonn en 188;. Avec cette activité infatigable et industrieuse des savants allemands qui exploitent au maxinmm les ressources documentaires locahs, il publia aussitôt des Esquisses d histoire rhénane ^Shizzen znr rheinisehen Geschichte, i88"j: il édita les chroniciues de phisieurs villes du Rhin inférieur et de la Weslphalie {Mederrheinisch-Westfalisehe Studteehronihen, 188;). D'autres étmkvs paléographiques et des monographies sur l'histoire des relations enh-e la royauté carolingienne <'t IFglise, établissaient pour I.amprech't une honnête et solide réputation de spécialiste du moyen-àge.

Cette réputation ne suflit pas à son besoin dévorant de notoriété. 11 eut lambition de renouveler de fond en comble la conception de 1 histoire. Il voulut être le premier historien • moderne ... C'était le temi)s où toute la littérature, les l>eaux-arts et les arts décoratifs mineurs commençaient à

être soulevés en Allemagiu' d'un i)rofond mouvement de i-énovation. Les révolutions littéraires se succédaient. Il y eut le naturalisme, l'impressionnisme, le symbolisme néo romantique. Le mouvement social, provoqué j)ar la lutte contre le socialisme, prenait de l'ampleur. La révolution d'art et de littérature, où toutes ces tendances s'entrecroisaient dans un puissant remous, s'appela le « mouvement moderne » (die Modernes Karl Lamprechl crut possibhMl'enriehir la méthode historitiue de toute rex[>érience acquise dans ce renouvellement où venaient de changer toute la sensibilité collective et lout l'esprit public. C'est là ce qu il a appelé die ladturhistorische Méthode. Sa volumineuse Histoire d'AUeina^-ne {Deiitsehe Geschichte), eominencée en 1891, achevée en 1913 avec le seizième volume, devait être l'application en grand, sur dix-neuf siècles, de cette méthode* nouvelle. Avant même de l'achever, Lamï)r( cht avait présenté à part l'histoire du plus récent passé allemand, de[mis la fondation de l'Fmpire, iZnr J(/ni>'sten deutsc/ien Ver^-ang-enheit, 3 vol., iç)oi sq.), ouvrage refondu sous le titre de Gesehichte der Juno^sten Verg-ang-enheit und Geg-emvart {Histoire du pi us récent passé et du temps présent en Allemagne, 2 vol. 1912-13). Lam})recht a eu pour objet dans cet ouvra«?e de lixei' sa méthode surtout l>ar l'exposé de la période d'histoire la plus directement observable, la période contemporaine, où venait de se j>asser le [)rofond clivage du sentiment et de rintelligence, qui fait les Allemands d'aujourd'hui si dillérents de ceux de ï8i5 à

Ce qu'il faut penser de cette inétliode de Lampreeht a été dit par nous ailleurs (i). Elle n'a été constituée toutefois ([ue le jour où Lampreeht fut en contact avec Friedrich Uatzel, son collègue de l'Université de Leipzig. Uatzel avait demandé ([lie la géographie et l'ethnograpliie voulussent bien songer (îavantage aux stratifications successives de jmpulation qui font à notre globe un revêlement humain si changeant. Il voulail transformer la géographie ])ar l'histoire. Lampi-echt, à l'instigation de Ratzel, crut devoir tenir un comi>te croissant des influences de l'habitat sur les populations cini loccupent. Il a voulu transformer l'histoire par la géographie.

Lamprechl avait toujours pens<'' que le moteur de l'histoire, ce ne sont pas les actes, ni les mentalités des individus même d'élite. Les coutumes, les institutions, les actes des multitudes, voilà la trame de l'histoire. Les héros et les génies

(i V. La philosophie des Sciences hisforifjiies dans V Allemagne conlcniporaine (Revue de nulupliysiquc, mars, 1912 , et dans la Philosophie allemande an xiv' siccle (Taris, Aleaii, 1912).

LK I'A\(;i:kmamsme philosophique

KARL LAMPRECHT

n'ont «rac-lion que s'ils Irouvcnt d'abord la multitude préparée à ilutluence qu'ils pensent exereer sur elle. Or ce qui la meut, c'est une àme collective (Soziale Psyché), très dillérente de la mentalité des individus (pii reçoivent d'elle leur direction. Celle pensée sociale est à son tour modifiée par les laits économi(pies, et c'est le grrand mérite du marxisuje de 1 avoir démontré. Karl Marx est doue, .selon Lan.precht, le [)renner «,nand historien cpii non seulement ait conçu l'histoire comme un phénomène eollectii; mais qui ait défini les causes déterminantes (pii la meuvent. La sociologie j>essindste des /«.la <'t i\es Hauptinaim, pour qui toute misère et toute robustesse sociale et morale tenaient à des raisons économi(iues, Lamprecht en voulait donc l'aire 1 application à toute Ihistoire. Mais il pensait aussi que les impressionnistes avaient raison, puisque 1 inlinir- variété des sensations et des id(-es amenées par vagues innombrables et réitérées dans la cons<ieiice humaine à la suite de la révolution industrielle détruit 1 é<iuilibre établi entre le vouloir, la sensibilité et les idées et met toutes les classes sociales dans cet état d'émolivite si îdsément surexcitée, qui est le caractère de notre temps. Kiilin, le romantisme renaissant n'a pas tort, jmisque 1 idée d'une ànie collective, (jui .serait le réce|)tacle vivant de la tradition, <\st une découverte du romanti.sme de Xovalis de Savignv el de Jacob (Jrimm. * '

Mais ces conditions (''Conomi(iues déterminantes, il faut les préciser : ce sont les conditions telluriques. Karl Marx était trop peu géographe pour les connaître. L'importance de l'idée spatiale n'a été reconnue cpie par Ratzel. L'activité des multitu(hs n'est pas la même .selon quelle se passe sur des espaces de large ou de petite étendue. L'histoire est avant tout une snc(«\ssion de moyens variés pour organiser les foules plus nond)reuses sur un espace agrandi. L'Ancien Régime dillère du moyen âge par une organisation des communications par lerre et par mer (pii a permis la formation des nationalihs en grands r.lats. Sans <loute la techni([ue seule a permis cette rormation. Mais le l'ait socialement <Iécisir, <pii est résulté de cette révolution des movens de transport, c'<vst un fait spatial. Le xix siècle a iniiniment étendu et paraclievt- cette leuvre, sans laquelle l'esprit des nations moderm's n'aurait pu gran<lir. Le xx' siècle commençant am«n<' une dernière, mais la phis juodigieu.se, extension de l'idée spatiale. Au xx siècle, une collectivité nationale, nest plus bornée par le territoire qui la porte. Llle lend à .se répamhe sur \c globe. L'iâat moderne est

tentaculaire ... il est une organisation d'expansion économique, servie par des armées et des Hottes (fui sont elles-

mêmes d'immenses magasins de force industrielle accumulée. Mais toutes les nations n^arrivent i)as à se créer l'outillage industriel, militaire et naval que suppose l'expansion mondiale. 11 faut, pour le créer et pour le mettre en œuvre, une énergie audacieuse, une imagination riche d'idées, une intelligence meublée de toutes les ressources de la science moderne. Lamprecht croit que les nations latines n'ont pas celte énergie, qu'elles n'ont plus la base territoriale qu'il faudrait pour entrer dans la compétition des grandes puissances mondiales de l'avenir. Les peuples slaves qui ont la base territoriale nécessaire n'auront pas le temps de regagner le retard de leur culture. Ainsi le monde appartiendra aux trois grandes puissances germaniques : l'Angleterre, les Ltats-Unis et l'Allemagne, qui ne se laissera pas évincer.

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