‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 59 sur 139 · I. L'Allemagne, Elut tçntaculaire · texte numérisé non relu

I. L'Allemagne, Elut tçntaculaire

Nous venons de voir défifer sous nos yeux, dans des formes extrêmement variées, les diverses phases de l'expansion allemande sur le globe. Dès la première génération, on voit se grouper autour de l'Empire allemand, noyau politique central du germanisme moderne, une couronne d'autres organismes politiques qui ne sortent pas, toutefois, des limites de notre ancien territoire de colonisation, devenu enfin à peu près stable et cohérent ; au delà de ces limites s'étendent les divers théâtres de la colonisation allemande en pays étranger, colonisation bornée d'abord au sol européen, mais qui, dès le xvii" et le xviii®, et surtout au xix® siècle, se répand jusqu'aux extrémités de la terre ; plus vaste encore, émanant souvent de cette colonisation, et renforcée par elle, s'étend la sphère des capitaux allemands engagés à l'étranger dans findustrie, le commerce et la finance ; et audessus de toutes ces manifestations diverses, l'exportation industrielle allemande, et notre influence scientifique, artistique et littéraire, bref, l'essence même du

Li: PAXiiEUMANISME PHILOSOPHIQUE

KARL LAMPUECIIT

génie allemand tisse un voile de nuées vaporeuses, tantôt amoncelées au même point, tantôt fluides et diaphanes.

Le tableau ainsi esquissé est-il complet? Nous ne sommes que trop contraint d'avouer qu'il est fragmentaire au plus haut degré, achevé en certains i>oints, en d'autres à peine ébauché, et qu'il lui manque cet éclairage uniforme et convergent que seule pourrait lui donner l'expérience d'un explorateur sagace ou d'un historien des temps futurs, contemplant ces origines lointaines dans un recul de plusieurs Ages. Quel but sublime pour un historien allemand de l'avenir ! O mon successeur, toi qui es encore à naître, et qui raconteras à ma suite l'histoire de notre peuple, comme on est tenté de le dire, avec ce jovial chroniqueur allemand du xiv« siècle : o Quelle tâche spleudide est devant toi ? » Nous autres, historiens de 1900, nous faisons eil'ort pour comprendre Iceuvre héroïque accomplie i)ar notre peuple du xii'' au xiv siècle ; nous nous ingénions à pénétrer l'essence de cette admirable colonisation des territoires à l'Est de l'Elbe; mais toi, vers l'an 2000, tu auras alfaire à de bien autres exploits, tu raconteras comment le nom allemand s'est répandu sur tout l'univers. Et Dieu veuiUe que tu puisses donner comme épigraphe à ton récit, modeste et lier tout ensemble, cette parole que, si souvent, nous répétons comme un vœu : « Le germanisme un jour sera le salut du monde (i). <>

Mais le précurseur de cet Allemand fortuné de l'an jooo, l'historien d'aujourd'hui, est mal placé pour décrire les débuts de cette évolution. En connaît-il même assez la tendance? Les notices littéraires sont extrêmement éparses et ne donnent pas, si on les réunit, l'idée très claire du véritable cours de ces choses. Faut-il s'en pren-

I l'arohs «run poèim- souvt'nl cité (!«' (leilu-l : Und es soil (l'ii deuLscheii — Wesen yoch einnuil die Welt irenesen.

dre à l'exécivtion trop sommaire du tableau d'ensemble ? Ou ne serait-ce pas que les aîtres les plus secrets de toute vie qui commence, dans l'histoire ou dans la nature, demeurent fermés aux regards mortels ?

(^uoi qu'il en soit, on peut à tout le moins discerner dès maintenant les elfets principaux de l'évolution déjà Mccomplie, tels qu'ils se manifestent dans le germanisme en général, et plus spécialement dans ce qui en forme le noyau politique concret dans l'Empire allemand.

Une chose est claire entre toutes : l'Empire, même comme organisme politique, n'est pas limité à ses frontières. En France, un poète a appelé Paris la ville teniaciilairej la ville-jûeuvre qui, de ses t<']itacules et de ses suçoirs, étreint, enserre et épuise le pays. Dans un autre sens, tout favorable, on peut dire de l'Empire allemand qu'il (^st Y Etat tentaciilalre germanique. Ce n'est pas un être dont la sphère d'action puisse être embrassée par ses organes définis et les j)lus apparents, ce n'est pas un chef-d'œuvre soigneusement éhiboré, dont les contours se détachent nettement de la lumière qui l'environne; c'est une force vivante qui emprunte pour se manifester dans l'histoire toutes les formes possibh's d'existence et d'action.

Quelle activité ne lui faut-il i)as déployer pour i>rotéger et faire prospérer ces intérêts allemands innombrables dont nous venons de parler !

Deutsche Geschichte der Jungsten Vergangenheit und Gcgcmvart. {Histoire de V Allemagne dans le plus récent passé et au temps présent) i9i3, t, II, /4<)5 sq.

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KARL LAMPHKt.HÏ

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