‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 68 sur 139 · I. Culture prussienne · texte numérisé non relu

I. Culture prussienne

II y a quelque chose de creux dans la culture intellectuelle prussienne; son développement sVst fait plutôt du dehors au dedans que du dedans au dehors; elle n'est que 1 extension de la culture berlinoise. Deux choses lui manquent pai' dessus tout : la vraie philosophie et l'esprit vraiment populaire, elle ne pense pas et elle ne sent pas. C'est ce qui la rend, à bien des égards, extérieure et superficielle. « J'avais dix-huit ans, et je ne savais pour ainsi dire rien ; si j'étais tombé dans les mains de nos pédagogues actuels, ni mon corps, ni mon esprit n'y auraient résisté, » dit A. de Humboldt. Des mesures ré gulatrices peuvent bien végler la vie, mais non pas la créer; et il est des cas où elles i>euvent l'étoufl'er. Bien des règlements prescrits par l'État pour l'enseignement secondaire en Prusse rappellent d'une façon inquiétante les deux édifices surmontés de cou[>o!es qui se trouvent sur la place des Gens d'armes à Berlin : à l'extérieur, ils sont classiques, fastueux, ils ojit de nombreux corps de bâtiments et Taspect prétentieux ; l'intérieur ne sert à rien. F^our une fois, le caporalisme prussien s'est mêlé de ce qui n'était i)as de son ressort. Xi l'art, ni la culture ne naissent au commandement; ils germent, croissent, s'épanouissent lentement dans l'Ame du peuple. La culture ne doit pas être du genre a tailleurs pour civils et militaires ». Sans aller aussi loin que B(erne qui écrivait «ians ses Lettres de Paris, parisiennes vraiment pins qu'allemandes : . C'est un Prussien, donc c'est un fanfaron prétentieux .>, on ne peut cependant pas nier que. précisément dans le domaine intellectuel, la façon d'agir

cassante et provocante des Prussiens ne tourne souvent à la hâblerie. On en a la preuve, depuis Nicolaï jusqu'à Dubois- Reymond.

Kn ce qui concerne les procédés mis en œuvre dans l'éducation et les examens, Disraeli a comparé depuis longtemps la Prusse à la Chine. Ce qui manque à la culture allemande contemporaine, qui a été si fortement iniluencée par la politique intérieure et extérieure de la Prusse, c'est l'harmonie intime. Mars n'a jamais été l'ami des Muses. Mais peut-être un jour sera-t-il donné au peuple allemand de prouver sa reconnaissance à la Prusse, pour l'activité qu'elle a déployée dans l'œuvre d'unification du pays, en remplissant ce vide et comblant cette lacune avec les trésors de son âme. La Prusse a donné la coupe; que l'Allemagne donne le vin. Cela né saurait être mauvais, au contraire, il y a tout avantage à ce qu'un peu de chaleur allemande pénètre la froideur prussienne. Il est bon d'avoir une tête froide, mais seulement lorsqu'en même temps on a le cccur chaud; autrement fâme s'atrophie. Quand le bon sens bourgeois dépasse certaines limites, il devient trivial. L'esprit à la Nicolaï se justifie pleinement en politique ; mais dans le domaine intellectuel, il ne se justiiie que dans une mesure très limitée. Le cœur allemand est idéaliste. Et à l'heure qu'il est, il est bon que cet idéalisme se manifeste par la prééminence de l'individualisme, c'est-à-dire de l'art. Dans sa vie politique, rAllemagne ne peut se passer de l'épine dorsale prussienne; mais dans sa vie intellectuelle elle doit conserver le libre usage de ses membres. Il est donc nécessaire que la culture prussienne et allemande telle qu'elle est aujourd'hui devienne plus intime et plus [)r(>roiule.

Rembrandt aïs Erzkher. Rembrandt éducateur, p. iii.t

191 LE PAXGEKMANISME PHILOSOPHIQUE

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