‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 69 sur 139 · Le militarisme prussien sera le salut intellectuel · texte numérisé non relu

Le militarisme prussien sera le salut intellectuel

de r Allemagne.

Dans l'armée, la routine est non seulement permise, mais commandée.

Il est hors de doute que par l'armée cette routine s'est communiquée à la culture intellectuelle de la Prusse. Mais il faut aujourd'hui que cette culture se fonde dans celle de rAllemagne. C'est à sa discipline que la Prusse doit sa grandeur politique et militaire. Mais les sous-officiers du monde intellectuel y ont eu trop souvent la parole. En voulant critiquer et corriger leurs supérieurs, ils se sont mêlés parfois de choses où leur incompétence était évidente. Puisse donc l'esprit « officier prussien », tel qu'il vivait en Kant, Herder, Humboldt, triompher de façon durable de cet esprit « sous-officier prussien » qui se déveloi)pe à coté de lui, et qui s'est manifesté dans Wôllner, Nicolaï, Dubois-Reymond. La bigoterie d'un Wollner et de ses successeurs, aussi bien que le rationalisme d'un Nicolaï et de ses successeurs, sont aussi superficiels et vulgaires l'un que l'autre. En face du pur sentiment, du mysticisme si Ton veut, sur lequel reposent toute religion et tout art vrais, ils se dressent en étrangers et en ennemis. Un horizon borné est toujours, pour celui qui en est encerclé, une sorte d'auréole à rebours. C'est pourquoi la Prusse devrait mettre en œuvre ce qu'elle a de vraiment noble, et le faire dominer dans la vie intellectuelle comme elle le fait déjà tout naturellement dans la vie militaire. C'est un devoir qui lui est imposé par sa haute mission allemanJe. Toute espèce d'organisation repose sur la subordination, quel que soit le sens qu'on donne à ce mot. Il faut donc introduire et faire vivre l'esprit de subordination dans le domaine intellectuel aussi. Nicolaï doit être aux ordres de Gœthe. Pour une fois cet empiétement du

JULIUS LANGBEHN

militarisme sur la vie civile aurait du bon. Il est certain que les partisans conscients ou inconscients de Nicolaï s'opposeront à une telle subordination, autant que les Allemands d'aujourd'hui se sont naguère opposés à leur subordination politique à la Prusse. Mais il est jDrobable que, dansée cas encore, leur résistance n'aura pas plus de succès que celle qu'ils ont montrée autrefois. L'histoire est plus puissante que les désirs de l'homme. Et s'il en vient un qui accomplisse une telle révolution dans les idées, on le haïra d'abord, puis on l'aimera certainement autant qu'on a haï et aimé Bismarck.

L'Allemand s'est militarisé ; qu'il se civilise maintenant, de gré ou de force. La civilisation repose sur la subordination des instincts et des idées inférieurs aux instincts et aux idées les plus élevés. La subordination est une qualité prussienne. Et c'est la culture ainsi comprise et non la culture berlinoise qui conviendrait aux Allemands. Puissent-ils savoir apprendre! Et puissent-ils être modestes !

Ibid., p. 111-112.

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