Des causes de la disparition des races
Cliez une nation prolifique, les vides iiroduits par lu guerre peuvent être facilement compensés, en ce qui concerne la quantité, par la reproduction physiologique. Peuvent-ils l'être également sous le rapport de la qualité? Cela dépend des classes de la population qui ont eu surtout à verser leur sang. Chez une nation aussi petite que les Grecs, toutes les guerres et les révolutions, à la suite desquelles souvent les adversaires vaincus étaient condamnés à la peine de mort ou réduits en esclavage , devaient infailliblement à la longue concourir non seulement à la diminution, mais encore à la déchéance qualitative de la race...
Les expéditions sanglantes de Charlemagiie ont décimé fortement les Saxons, la race la plus brave et la plus noble parmi les Allemands, alors qu'une grande partie d'entre eux avaient déjà passé en Angleterre, et y avaient implanté la souche féconde d'où devait sortir le peuple anglais. En l'an 782, il fit exécuter en un jour 4'^oo Saxons; un nombre plus considérable fut emmené en captivité ou transplanté ailleurs. Il en périt des milliers à la bataille de Detmold, tout autant sur les bords de la Ilaase. Les Saxons ne cessaient de se rebeller, dans leur incoercible besoin de liberté et d'indépendance. Charlemagne continua à faire des ravages dans leurs rangs; et systématiquement il extermina les plus braves et les meilleurs, si bien que les Saxons, abstraction faite de leurs expéditions à l'est de l'Elbe contre les Slaves, n'ont plus jamais joué de rôle politique important dans l'histoire de TAllemagne. « Avec lu disparition des Saxons, va jusqu'à déplorer un écrivain moderne, s'est
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perdu pour toujours en Allemagne l'esprit de liberté et d'indépendance (i). »
Des peuples en soi vigoureux et bien armés pour la vie périssent si, au cours de leurs conquêtes et de leurs migrations, ils arrivent dans des régions où le climat leur est pernicieux. Marins anéantit les Gimbres et les Teutons. « Les Romains eurent pour alliés la chaleur et le soleil que les Gimbres recevaient dans les yeux, rapporte l'iutarque. Forts comme le fer là où il s'agissait de sup- ])orter la gelée, ayant grandi dans des régions boisées et froides, ils succombèrent à la chaleur. Ils haletaient, la sueur ruisselait de leur corps ; \)o\it se protéger ils tenaient leur bouclier devant leur visage. » Dans le nord de l'Afrique c*est à peine si Ton trouve encore des traces des Vandales, tandis qu'en Espagne les Visigoths ont laissé les dernières gouttes de leur sang dans une cin- ([uantaine de familles environ et dans quelques cantons montagneux du pays. Dans l'Italie septentrionale les conditions d'adaptation étaient meilleures; ainsi que le démontre Gzôrnig, la race des Longobards immigrés, par exemple, ne s'est pas x)erdue; ils sont au contraire demeurés les maîtres, et c'est d'eux que descendent la i)lus grande partie de la noblesse de l'Italie septentrionale et nombre (le familles patriciennes (2).
L'exemple de la Grèce nous montre comment des guerres civiles et des révolutions intestines déciment une race. Il y a encore un autre mode politique d'extirpation des individus qui opère sans bruit, mais sûrement, et ne joue pas un moins grand rôle dans la vie des peuples, surtout aux époques où une couche de la société, opprimée mais douée, s'efforce d'arriver à la liberté politique, et où les classes et les dynasties régnantes i)oursuivent
(i) J. G. VoGT, Die Knlstchiing der Welt, 1901, p. 977. (2) Von Gzôrnig, Die Vôlker Oberitaliens, i885.
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par tous les moyens de la tyrannie le « noble gibier politique » et le réduisent aux abois. L'histoire des Etats modernes n'est pas sans oll'rir des exemples classiques de ce procédé de sélection à rebours. Actuellement nous voyons en Turquie et en Russie ce spectacle cruel du sani( des classes les mieux douées prodigué pour l'idole ilc l'autocratie. L'exil, l'émigration volontaire ou forcée, remprisonnement, la mise hors la loi, les connscations, les exécutions, voilà les moyens d'une sélection politique à rebours, par laquelle on décime une race et extermine son élite.
Ibid., p. 267 :26(j.