PROJET DE LA LIGUE PANGERMANISTE
au dire de Hasse. C'est un million de lopins qu'il faudrait, sur la seule frontière de Pologne, distribuer à l'excédent de la natalité allemande (1). La Ligue pangermaniste s'emploie à en trouver les moyens.
On pourrait dire que cette politique de germanisation, révoltante pour le sentiment public européen, est toutefois une affaire intérieure allemande. Les Allemands veulent spolier et déporter les Alsaciens-Lorrains, les Danois du Sleswig, les Polonais : en quoi cela regarde-t-il les autres nations? Il est dur évidemment pour les Français, les Danois, les Polonais de savoir expropriés de force leurs anciens compatriotes. Mais que vient faire le sentiment dans une question de droit international? L'inconvénient, c'est qu'on ne sait jamais où il plaira aux Allemands de situer leurs confins militaires demain.
« Quand le territoire de colonisation et les limites de l'Étal ne peuvent coïncider, un solide égoïsme national commande de planter de préférence nos poteaux frontières dans le territoire étranger, comme nous l'avons fait à Metz » (2).
Il va sans dire que Hasse demande le retour des pays néerlandais (Belgique, Hollande, Luxembourg) à la Confédération germanique; et que, pour lui, Lille et Dunkerque sont des pays néerlandais. Il regrette que Belfort et Montbéliard n'aient pas été réclamés à la France en 1870; et le royaume d'Arles, la Bourgogne, le reste de la Lorraine, tout ce qui a apparlenuau Saint Empire, commentleslaisserait-onàlaFrance?
t Très évidemment, il faudra saisir toutes les occasions de rattacher de nouveau à l'Empire allemand ceux-là du moins de ces pays mitoyens qui, pendant le moyen âge, et quelques-uns par-delà la paix de Westphalie, ont été les dépendances politiques de l'Empire allemand » (3).
L'Autriche aurait dû être contrainte à céder la Bohême et la Moravie en 18G6.
<1) Ibid., p. 146.
{2) Hasse. Besiedlung de» deulschen Bodens, p. 163,
(3) Hasse Deutsche Grempolilik, , 53 7
c II nous faut là aussi chercher d'autres formes, pour atteindre l'ancienne fin. Peut-être y parviendrons-nous dans le cadre de la plus grande Allemagne » (1).
La Uussie elle-même, devra restituer tous les pays que la Prusse a perdus aux traités de 1815, de Cracovie à Grodno, Varsovie incluse, tandis qu'on dédommagerait l'Autriche par Salonique(2).
c Mais le moment viendra à coup sûr où l'Allemagne efTectuera sa mainmise sur les ruines de l'État des Habsbourg; et il nous faut y être préparés (3). »
Ainsi, c'est pour l'Allemagne que les pangerraanistes convoitent Salonique, quand ils y poussent l'Autriche, dont ils escomptent le morcellement. Cette t plus grande Allemagne » que Guillaume II et Biilovv cherchaient « sur la mer » en 11)00, ils la veulent au centre de l'Europe. Ils prétendent l'élargir par toutes ses frontières :
€ II nous faut des terres, et non seulement des colonies. Il nous faut des terres, môme si elles sont habitées par des étrangers, afin d'en dessiner l'avenir selon nos besoins » (4).
La science allemande à la rescousse. — Des professeurs en foule peuplent la « Ligue pangermaniste » ; et quand ils n'en font pas partie, c'est en foule qu'ils l'approuvent et la soutiennent. Les Universités allemandes et les hcoles techniques d'Allemagne ont rendu des services nombreux ù la science. Plus encore pourtant que de faire avancer la science,. elles sont préoccupées de former pour leur pays des classes dirigeantes remplies de compétence, on n'en peut douter mais surtout d'orgueilleuse et envahissante ambition. Albrechl Wirth n'a pas encore dans la hiérarchie universitaire allemande la place que lui assignerait son influence sur la jeunesse (b). Son aveu est à retenir :
(1) Ibid., p. 1S3.
(î) Ihid., p. 10&.
(3) Ibid., |>. U\A.
(4) IIa«iik, WfltpolUik, p. 07.
(&) Albrecbl Wirlh, prival-docent A l'École technique supérieure d»