‹ Le pangermanisme, ses plans d'expansion allemande dans le mondeChapitre 17 sur 41 · PENSÉE AGRESSIVE DU PANGERMANISME · texte numérisé non relu

PENSÉE AGRESSIVE DU PANGERMANISME

€ Il n'est pas niable que la pensée agressive ne peut ôlie tout à fait étrangère au pangermanisme. Si l'AUetnagne * doit devenir marleau », il faut aussi qu'elle frappe (1)...

« Pour vivre, pour avoir une vie saine et joyeuse.il nous faut de vastes étendues de nouvelles terres arables. Voilà ce que doit nous procurer l'impérialisme. L'Allemagne pourra récolter les fruits de la politique russe, pourvu qu'elle en ait le courage.... A quoi nous servirait un geimanisme épanoui au Brésil el dans l'Afrique du Sud? Il servirait beaucoup à l'expansion de la race allemande; il servirait fort peu à la puissance de l'Empire allemand. En revanche, l'accroissement continental du territoire allemand, la multiplication continentale des paysans allemands, dont le labeur et les capacités dépassent de cent coudées la nonchalance obtuse des moujiks, formeraient une digue sûre contre le flot de nos ennemis et une baso certaine de notre puissance grandissante > (2).

Munich, est un spécialiste des questions asiatiques et turques. II a collaljoré au récent llandbuch der Politik, nationnl-libéral et impérialiste d'inspiration, l'JI'2-13.

(1) Allusion à la formule du prince de Bûlow, dans son discours du 11 décembre 1899 : • Au xx* siècle, l'Allemagne sera enclume ou marteau. • (BOlow. Hedcn, t. I, p. 9G.)

(2) ALBHEc.nr Wir.Tu. Volkslum und Weltmachl in der Geschichle. 1906 (Les nationalités et les puissances mondiales dans l'Histoire). p. 176, 255.

Ces projets continentaux du pangermanisme sont côtoyés par des projets coloniaux non moins vastes et agressifs. Ils menacent toutes les terres restées vacantes dans le monde. Ils décèlent un insatiable appétit. Depuis l'époque où l'Espagne eut maille à partir avec Bismarck, lequel, sans crier gare, avait escamoté les Carolines, il n'y a pas de peuple dans l'Ancien ou dans le Nouveau Monde qui n'ait subi le brutal voisinage ou l'indiscrète intrusion des Allemands. Car ces Allemands, ce ne sont plus les démocrates modestes qui fuyaient le régime de réaction de 1815 à 1858, ni les va-nupieds paysans qui, il y a vingt ans encore, emmenaient de leur terre natale trop étroite une marmaille trop nombreuse; ce sont d'impatients prospecteurs, des ingénieurs, que les Polytechnikums jettent sur le pavé en trop grand nombre et résolus à jouer des coudes aux dépens des populations anciennement installées.

On a coutume de dire que l'Allemagne a besoin de terres nouvelles pour sa natalité. On oublie que ce ne sont plus les masses allemandes qui émigrent. Ce sont à peine 20000 hommes par an; c'est un prolétariat intellectuel, riche de diplômes et léger de pécule. L'industrie allemande peut absorber le million d'hommes en excédent qui naissent pnr an. Elle ne peut pas absorber les 20000 techniciens que fabriciuciit en trop ses écoles d'arts el métiers. L'Allemagne no soufTre pas do son trop-plein d'hommes, mais de son excédent do diplômés, de c/cr/i8, de médccinH sans clienlèlc, d'ingénieurs sans emploi. Ce n'est pas sa population qui est à l'étroit; c'est sa division du travail qui est mal comprise. Et souiTrant rhe/. elle de ce fléau de» déclassé» innombrables, trop ambitieux pour Ira-

vailler de leurs dix doigts, elle les exporte, et les inflige au monde. Elle y gagne de s'en débarrasser, et par eux d'accroître au dehors son influence. Mais c'est l'avidité de ces aventuriers qui alimente d« ses rêves la presse pangermaniste. Qu'on nous entende donc bien. Nous n'appelons pas pangermaniste n'importe quelle politique coloniale allemande. S'il arrive à l'amiral Wemer de dire que les colonies allemandes ont encore un autre but, et plus grand, que de « préparer à des hommes blasés sur l'Eurppe et à des naufragés de chez nous un asile exempt de souci », et qu'il s'agit d'assurer au maximum la « mise en valeur du capital allemand » (1), qui trouverait à redire ? Aux visées que M. Dernburg, ancien ministre des colonies de l'Empire, assigne à la politique coloniale allemande, aucune puissance européenne ne ferait d'objection. S'il faut à l'Allemagne, dont la population s'accroît très vite sur un territoire limité, des débouchés sûrs, s'il lui faut des surfaces arables qui produisent à bon marché l'alimentation de sa population, et des terres où elle puisse, sans encombre, se procurer ses matières premières; s'il lui faut des territoires productifs pour empêcher le marché de certaines denrées d'être monopolisé; si elle tient à consolider son marché monétaire en achetant dans ses propres colonies des denrées qui, achetées à l'étranger, lui causeraient une déperdition d'or, c'est là une ambition légitime (2). Ses territoires coloniaux sont vastes; ils sont loin de leur rendement maximum. Elle peut en trouver d'autres. Mais elle se trompe si elle croit pouvoir déposséder sans résistance les grandes puissances déjà nanties. Et c'est ici qu'il faut signaler les ambitions démesurées :

« Sans colonies, dit le baron von Stengel, l'Empire allemand peut être une grande puissance européenne, jamais une puissance mondiale. Or, il faut qu'il soit une puissance mondiale, s'il ne veut pas être écrasé par les puissances mondiales que sont la Russie et l'Amérique » (3).

(1) Amiral Werner. Die deutsche Colonialfrage, 1895.

(2) Der>bdrg. Zielpunkte des deutschen Koloniahoesens, IWl, p. 49 51.

(3) VON Stengel. Deutsche Colonialpolitik, p. 3 '9.

Il n'appartient pas à toutes les nations de disposer des surfaces énormes qui font l'Empire russe et les États-Unis. Si c'est déchoir que de ne pas les égaler; si, pour ne pas déchoir, il faut d'abord réduire en une agglomération germanique tous les territoires répartis entre les pays non russes et non américains, la menace à l'Angleterre, à la France, à trois ou quatre autres nations, est évidente. A qui s'en prendra-tron d'abord? Vosberg-Rekow, bien qu'il enregistre toutes les défaites économiques anglaises et les doléances des gouverneurs coloniaux de l'Empire britannique, prétend ne pas s'expliquer la nervosité des Anglais.

€ Gardons, quant à nous, noire sang-froid et notre tranquille façon de prendre les choses; et nous empiéterons davantage sur ceux de nos concurrents à qui l'irritation de nous voir grandir monte à la tête.... Je ne serais pas un bon Allemand, si je n'étais pénétré de la certitude que nos aptitudes nationales sont pour le moins égales, et probablement supérieures à celles des Anglais. > (1).

Dans cette lutte coloniale, oîi les Allemands comptent battre les Anglais eux-mêmes, nous distinguons : i" des projets d'infiltration; 2" des projets de dépècement. Toujours ce sont des projets machiavéliques de spoliation. Ce sont ces projets que nous appelons pangermanisles.

Page 1