‹ Le pangermanisme, ses plans d'expansion allemande dans le mondeChapitre 24 sur 41 · PROJETS SUR LE MAROC · texte numérisé non relu

PROJETS SUR LE MAROC

allemandes dans le pays. Rohlfs, Jannasch, Lenz, grands pionniers de la science, étaient préoccupés pourtant de « géographie appliquée » autant que de géologie ou d'ethnographie. Faire de la « géographie appliquée », pour les Allemands, c'est se demander à propos d'un pays quel profit peut en tirer l'Allemagne. Le dernier de ces explorateurs, Theobald Fischer, avait terminé en 1886 une belle et impartiale relation de son voyage. Dix-huit ans après, en 1903, il courut aux journaux de la Ligue pangermaniste réclamer pour l'Allemagne toute la côte ouest du Maroc et l'hinterland jusqu'à l'Atlas (1). Cela se passait bien avant Agadir. Mais les pangerraanisles ont tenu prêts, dès avant l'incident, des projets sériés, de calibre différent, l'un petit, l'autre majeur, le troisième énorme. Notre diplomatie a eu à compter plus d'une fois avec cette fertilité d'invention dans la rapacité que les explorateurs allemands mettaient à la disposition de leur gouvernement. a) Plan majeur. — On a beaucoup remarqué, en 1 91 1 , la brochure de M. Glass, le nouveau président de la Ligue pangermaniste\ elle parut sous le titre de Wcstnmrokho deutsch. C'est le projet môme de l'explorateur Theobald Fischer. Ce projet ménage l'ombrageuse Angleterre, et s'abstient de vouloir fonder au Maroc des stations navales ou des ports de guerre, mais il songe à la richesse minière du Maroc, à son sol où prospéreraient les cultures cotonnières et la culture des céréales, à son climat qui en ferait une colonie de peuplement. En viendra-t-on à la délimitation de simples sphères d'influence? Il faut, en ce cas, à l'Allemagne tout le Souss jusqu'au cap Juby en face des Canaries, jusqu'à Marrakech y compris, au Nord, et tout l'hinterland, par-dessus l'Atlas, jusqu'au désert. En doit-on venir au partage? II faudra davantage : il faut la côte entière jusqu'au cap Sébou, Rabat inclus; une position stratégique dominante, une base large, qui puisse menacer l'Algérie par son flanc ouest, en temps de guerre.

(1) V. le rapport de Theobald Fischer dans Petermanns Mitthei- '.tmgen 1886; ses velléités d'annexion dans Zwanzig Jahre alldeutscher Arbeit, 1910, p. 219.

b) Plan minimum. — « Le parti pangerraaniste a parfaitement raison de souhaiter une colonie de peuplement pour notre excédent de population. » C'est un autre spécial isle des questions coloniales, Joachim de Bùlow, qui le dit (1). Mais ce vœu légitime ajoute-t-il, les pangermanistes le poursuivent avec une trop pressante insistance. Il y faut plus d'astuce. La France est déclinante, disent ces coloniaux plus avisés, mais elle n'est pas impuissante. Si on lui laisse la montagne stérile, sans la plaine qui seule est riche, pacifieral-elle la région montagneuse, si turbulente et d'où descendent périodiquement les invasions qui ravagent la plaine? La France ne peut, par dignité, céder que le Souss. Que les Allemands lassent d'Agadir une place forte vaste, capable de rester isolée en cas de blocus pendant des semaines. Pour le reste du Maroc, qu'on se réserve la « porte ouverte » économiquement et la juridiction sur les protégés de l'Allemagne. Un noyau de cow-boys allemands énergi(iues, de paysanssoldats, de roiigh-riders, qui sauront travailler avec le fusil près de leur charrue, mettra le sol en valeur. Que l'Allemagne, à part cela, laisse la France, par gloriole, conquérir le Maroc du Nord, ce sera tout bénéfice :

« II est impossible que la France garde le Maroc, môme pendant des dizaines d'années. Si sa population diminue, comme elle l'a fait dans les derniers lem|)S, on peut calculer le nionient où elle sera obligée de s'adresser à ses voisins pour avoir des hommes. Auparavant, elle s'estimera heureuse de céder ses colonies à la nation la plus forte » (2).

Ce que Joachim do Biilow reproche à la Ligue pangermor nisle, c'est son impatience. La con(iuéie du Maroc, si elle doit coûter une guerre européenne, coulerait plus qu'elle ne vaut. En ne demandant que le Souss, les pangermanistes modéré» espèrent le Maroc entier par la délailluncc lenle, mais jugée por eux inévitable, de Ténorgie française.

c) Le pluD démesuré. — Ce grand ol ce petit projet,

(I) Joachim von DOlow. Wttt-Marokko d«u/fcA? 1011, p. 17t. (1) Ibid., p. ï5.

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