PROJETS SUR L'AFRIQUE CENTRALE
Rohrbach songe avant tout aux hauts plateaux de l'Afrique du Sud et du Centre, habitables pour les blancs. La Rhodésia anglaise? Il ne faut pas l'espérer. Il ne peut donc être question que du Mozambique et davantage des régions hautes de l'Angola et de la partie méridionale du Congo Belge. Dès lors, il n'est pas difficile de deviner que les impérialistes du ministère des colonies de l'Empire projettent de dépouiller la Belgique et le Portugal. L'Angleterre défendra-t-elle son vieil allié portugais et la Belgique neutre? Les Allemands pensent qu'elle préférera une félonie envers les petit? États, ses protégés, à une constante inquiétude qui lui vient d'un voisin puissant; et, en pareil cas, il est de bonne guerre de menacer :
€ Quand l'Angleterre en 188:2 occupa l'Egypte, les chefs responsables de la polilique anglaise se rendaient parfaitement coiuple qu'ils créaient par là une position stratégique vulnérable par la voie de terre, par l'Asie Mineure et la Syrie.... L'Égyple est la clef de voûte de la domination anglaise dans l'océan Indien; de sa posession dépend tout le Soudan, jusqu'aux sources du Nil . (1).
On peut donc prendre de flanc toute la position stratégique anglaise d'Afrique, en l'attaquant en Egypte. Hohrbach ne dissimule pas que c'est la préoccupation principale qui a fait adopter aux ingénieurs allemands, pour le Bagdad, un tracé qui permet une concentration rapide des troupes ottomanes en Syrie. Après quoi l'Angleterre se montrcm prompte aux concessions.
Il paraît avéré que des pourparlers étaient engagés, avant la guen'e, entre sir Edward Grey et le prince Lichnowsky, ambassadeur d'Allemagne à Londres. Nous ne savons rien de leur teneur, si ce n'est que le Portugal semble en avoir fait les frais. L'intégrité territoriale de ses colonies était probablement garantie, mais les plus iarges privilèges économi((ues allaient probablement être stipulés pour l'Allemagne. Chez les Belges, l'inquiétude commençait à s'aviver, depuis
(1) Ibid., p. 166.
que le traité franco-allemand de 1911 laissait le Cameroun allonger deux griffes jusqu'au Congo. L'explorateur allemand Emil Zimmermann qui, pendant dix mois de l'année 1915 a sillonné l'État du Congo, a vu ïà-basles ingénieurs, les commerçants, les planteurs belges revenir sans cesse à celte question : * Qu'est-ce que les deux serres d'aigle qui saisissent le Congo belge près de Boyo et sur l'Oubanghi? »(1). Que voulaient pourtant ces Belges, pacifiques entre tous, et qui, dans un labeur vieux de vingt années, ont su faire prospérer leur colonie? Ils cherchaient à faire de Boma, de Mnladi sur le Congo des ports importants. Leur méfiance, redoutant une attaque allemande par l'Est-Afrique et par le Cameroun, hésitait à brancher les voies ferrées belges sur les voies allemandes. Criminel aveuglement, disent les Allemands, que d'imaginer la possibilité, quand on est la Belgique, de concurrencer Dar-es-Salam, dont l'Allemagne veut faire son grand port en Afrique orientale :
« Dans une lutte où il s'agit de savoir qui pourra, sur son territoire, créer les ports africains les mieux outillés et les mieux placés, on croit chimériquement que l'on peut encore dislancer le voisin allemand?... Si, du côté belge, on ne se montre pas disposé à conclure une entente avec notre oliemin de fer de l'Afrique Centrale, il faudra que de Hambourg et d'Anvers à l'embouchure du Loukouga (2) nos chargements soient transportés, d'apiés un tarif particulier, et à meilleur compte que la Belgique ne peut amener les siens jusqu'à Stanley Pool » (3).
On peut juger, par cet exemple, de ce que l'Allemagne apjielle la politique de la « porte ouverte ». Lllepèse de toute sa force diplomatique ou militaire sur les pays les plus faibles, pour leur interdire d'élever une barrière do tarifs. Pui», ayant obtenu le régime d'égalité, elle le détruit do ses propres mains par un système do primes ou par des tarifs
(1) Emil ZiMMRnMANN. \V(U Ut um Zenlral-AfrikaJ 1914, p. 7iZ. \i) Lo Loukouga eni un émissaire du lac Tanganijlio ({ui se Jette dam le Congo.
(S) Emil ZiMunitMANN, lue. cit., p. 0, 38.