‹ Le pangermanisme, ses plans d'expansion allemande dans le mondeChapitre 27 sur 41 · PROJETS SUR L'AFRIQUE CENTRALE · texte numérisé non relu

PROJETS SUR L'AFRIQUE CENTRALE

différentiels, jusqu'à l'anéantissement commercial total des rivaux.

Jusqu'où devait s'étendre la sphère de l'influence économique des Allemands dans l'Afrique Centrale ? C'est ce que nous apprend une brochure pleine de talent, signalée en son temps par les Preussische Jahrbûcher^ avec les plus grands éloges, et qui, tout anonyme qu'elle soit, a certainement une haute origine: Deutsche W eltpolililt und kein Krieg par "*.... ^ Berlin, 1912. L'auteur est pacifique autant qu'un Allemand pouvait l'être avant 1914. Il sait qu'une politique coloniale allemande suppose de toute nécessité l'assentiment de l'Angleterre et la neutralité de la Russie. C'est en Afrique Centrale qu'une politique allemande pacifique a le plus de chances de prendre pied ; car elle ne menacerait pas l'Angleterre et la Russie à la fois, comme la politique qui veut conquérir la Mésopotamie. Que cette politique africaine ne fût pas, elle aussi, une politique d'éviction, qui le penserait? Mais il y a dilTérenles méthodes d'éviction. Il se peut vraiment que le Congo l)elge ait besoin de capitaux; que le Mozambique manque de sécurité faute decheminsde fer; que l'Angola, qui a des ports excellents, ne puisse les mettre en valeur parce que son hinlerland est trop inculte et démuni de voies de communication. Les capitaux y sont rares ; la banque allemande pourrait en fournir. L'industrie allemande fournirait les rails de chemin de fer, qui rendraient à l'agriculture la main-d'œuvre absorbée par les procédés primitifs du « portage ». L'Afrique Centrale deviendrait un seul et môme domaine économique, sillonné par un réseau ferré unifié. Et comment l'Allemagne, qui aurait créé ce domaine, qui y aurait importé ses colons, ne finirait-elle pas par y prédominer politiquement? En dix ans, cet économiste inconnu, mais haut placé, se flattait d'y faire un commerce allemand d'un milliard par an. Plan énorme, qui était toutefois discutable à cause de sa grandeur. Déjà l'Angleterre commençait à le discuter. Sa neutralité eût été certaine, si cette discussion s'était poursuivie dans la paix. L'hostilité de la Russie n'était

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pas à craindre. On pouvait faire un bout de chemin notable avec la diplomatie allemande dans cette voie. Un immense Empire africain pouvait être acquis à l'Allemagne par un effort pacifique et une négociation patiente. Criminels les hommes qui, à cet avenir immense et glorieux qui leur ouvrait l'Afrique Centrale, ont préféré l'aventure sanglante d'une guerre européenne généralisée !

La responsabilité des agitateurs pangermanistes reste ainsi à tout jamais eflVoyable. Une « politique mondiale » de l'Allemagne était possible dans la paix et déjà s'esquissait par des pourparlers actifs (1). Une large autonomie accordée à toutes les colonies européennes de l'Afrique Centrale eût permis de les fédérer entre elles, et de ménager l'aniourpropre de toutes les métropoles, même des plus petites. Un calcul de brutale frénésie a préféré les solutions de violence (2).

(1) On verra dans l'Appendice que la responsabilité des agitateur» austro-hongrois n'est pas moindre. Une extension pacifique de l'Autriche-Hongrie était concevable par une confédération balkanique, où toutes les nationalités fussent entrées de leur plein gré et avec leur pleine indépendance. Le plan pangermaniste était réalisable peutêtre tout entier dans la paix. Les puissances de la Triple-Entente et les petites nationalités menacées ne pouvaient le coiitre-carrer que par la propagande pacifique des idées d'Occident et par une lutte commerciale très dure. L'Autricbe-Hongrie a perdu patience.

(2) Le plan de rAllemagne ressort nettement de la Kninerscilung de» 08thcere$, éditée ofllcicliement par l'administration de la presse de la KomninjidarUur allemande de Lodz, pour l'anniversaire de Guillaume II (27 janvier l>.il5) :

■ Une guerre victorieuse... nous donnera le Congo belge, le Congo rrancais, et, si le Portugal continue h traduire ]r.\r des artes ses intentions hostiles h notre égard, nous donnera aussi les c.ulonies porlUKoiscs sur les côtes orientale et occidentale de rAIVicjue. Nous aurons ninni un Empire colonial allemand tel que nos pores, qui souriaient nar<|UoiscniiMit de nos premiers débuts coloniaux, j\r l'auraient Jamais pu rêver. Mais ce qui importe surtout, dans ce partage probable du monde nfricidn, c'est «pie par lui nous aurons mis tin aux «rTorta anvlaifl qui visent A la domination exclusive du Cap au (^aiiv. Entre l'f^gs pto, r/ui cet encore anglaise, et le Sud-Afrique angio-buer, n'étendra la ceinture immense de nos gigantes(|ues |>ossessions colonialoH, dp l'Océan Indien à l'Atlantique. Encure. auglaise, disons-nous, de l'Afrique du Nord E»l et ilii .Sud. Car qui sait ce (|ui advi(>ndra, quand ^'accomplira la parole du poôle : • Un jotu' le germanisMitr frra lo valut du monde T ■ (Cité dans J'accuie, von umEM Dbutsc(ikn. Lau- •onne, 10I&, y. 315).

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