LE NÉO-LIBÉRALISME-AUTRICHIEN
viole les engagements les plus solennellement pris au Congrès de Berlin au sujet de la Bosnie et de l'Herzégovine; qui, à force de menaces, fait peser les crises réitérées depuis 1908 8ur toute la Péninsule balkanique, et qui, depuis vingt ans, prétend amener la Serbie à composition tantôt par strangu lation lente, tantôt par des mobilisations comminatoires.
Il y a donc eu, en Autriche, des partis disposés à ne tirer sur l'avenir qu'une traite payable à longue échéance. On ne les a pas écoutés. Depuis 1906, depuis l'avènement d'Aerenthal, la brutalité des dirigeants magyars dominait. En Autriche, une littérature nouvelle de nationalisme plastronnant se prodiguait en romans teutomanes et anti-slaves. Une vanité collective poussait le peuple autrichien à écouter ces c professeurs d'énergie ». Toute pensée de sagesse sans doute n'avait pas disparu du conseil des ministres; et c'est ce qui explique que la diplomatie autrichienne, après les premières bévues du comte Berchtold, ait semblé un moment revenir à résipiscence. Mais la diplomatie allemande, qui n'avait pas approuvé les teutomanes bismarckiens d'Autriche, a toujours pleinement approuvé la politique magyare. Probablement, elle la jugeait assez forte pour aboutir. Il ne pouvait naître de cette collaboration que des probabilités multipliées de guerre. Et si la guerre éclatait, des conflits vitaux pour le germanisme allaient s'engager sur la frontière du bas Danube. Cela seul suffisait à amener l'intervention allemande. Toute guerre qui amenait l'Autriche aux portes de Salonique était un accroissement pour le germanisme autrichien seul et non pour l'Empire allemand. Le centre de l'activité germanique continentale se déplaçait de Berlin sur Vienne. Éventualité inadmissible pour l'orgueil allemand. Albrecht Wirth exprimait là-dessus un sentiment profond :
€ 11 faut que l'Autriche s'accroisse, parce qu'autrement elle sera dépassée par l'Italie. Elle s'accroîtra parce que la désagrégation des États balkaniques de l'Orient ne lui laisse pas d'autre choix. Comnie pangermaniste, on peut se réjouir de cette expansion de notre langue et de cette inlluence possible de nos congé-
nères allemands vers le Sud. Comme Allemand de l'Empire, on ne peut assister qu'avec des sentiments mêlés à cet accroissement d'une autre puissance territoriale. Nous resterions encore une fois réduits à des progrès purement industriels et commerciaux. ... Les Habsbourg à nouveau dépasseraient les Hohenzollern » (1).
Or, les Hohenzollern ne pouvaient consentir à se laisser dépasser par les Habsbourg. Dans la curée prochaine, il leur fallait leur part.
Comme rAutriche-Hongrie ne renonçait pas à l'eri'eur du « continentalisme » et à son factice besoin d'étendre sur de nouvelles nationalités balkaniques sa domination oppressive, elle allait s'agrandir territorialement à coup sûr. Du moins l'Allemagne le pensait, et l'Allemagne aussi tenait à grandir. La peur de la croissance italienne hâtait encore son impatience. Voilà ce qui a dû précipiter les résolutions fatales. « Le triomphe de la Grande Allemagne, qui doit un jour dominer l'Europe entière, c'est là le but unique de la lutte que nous soutenons » {"2). Ce sont les paroles d'un ordre du jour récent du Kaiser à ses troupes. L'arrière-pensée que Ton aurait dû deviner, dès les premières démarches du Neuer Kurs, s'étale ainsi au grand jour. Il ne faudra plus l'oubUer.
(i) Albbecht Wirth. TUrkei, ÔsUrreich, Deiitschland, p. 49.
(2) Ordre du jour trouvé en possession des prisonniers allemands faits sur la Bzoura au mois de juin i'Jir> (reproduit d'après la Ga»elte de Pélrograd, dans l'Information du 20 juin 1915).
PARIS. — Imprlmarlo du PataU, S», ruo ûM(Iroy>l'Ainior.
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