‹ Le pangermanisme, ses plans d'expansion allemande dans le mondeChapitre 40 sur 41 · L'IMPÉRIALISME FÉDÉRALISTE ET DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

L'IMPÉRIALISME FÉDÉRALISTE ET DÉMOCRATIQUE

à de jeunes royaumes encore en voie de croissance; mais la paix profonde, durable, qui vient de l'amitié. Mieux encore, si les nationalités slaves et roumaines se sentaient mieux à l'aise dans la grande puissance autrichienne, plus d'un État des Balkans serait attiré vers cette vaste fédération libérale que l'Autriche-Hongrie instituerait entre ses propres peuples. Il suffirait de ne plus créer de sphères d'influence autrichiennes aux Balkans; de ne plus songer à des annexions. D'emblée les peuples balkaniques iraient à cette confédération. S'il est vrai que l'Autriche, l'Empire d'Orient {Oestei^reich), doive choisir entre aller jusqu'au fond de la Turquie, ou disparaître, elle fera cette conquête par l'amitié. La Grèce elle-même ne refusera pas son adhésion à une confédération qui serait un rempart contre la Russie et un foyer de propagande civilisatrice.

Ce plan avait le mérite d'être pacifique. S'il y a une force contre laquelle personne ne puisse rien, c'est celle de l'amitié confiante entre les peuples. Une Autriche-Hongrie qui, dans les plis de son libéralisme impérial, eût apporté la certitude de la paix aux nations balkaniques, les aurait eu toutes pour alliées, et n'aurait trouvé de contradiction auprès d'aucunepuissance d'Occident. Une Autriche-Hongrie qui aurait su l'art des longues attentes et le don du lent rayonnement civilisateur, aurait pu trouver à satisfaire son ambition par un tel plan.

On a objecté à Popovici que son fédéralisme intégral ne pouvait sortir en une nuit, par un fiât de l'Empereur, du chaos des nationalités austro-hongroises, et l'objection est sérieuse. Mais voici un autre plan ; il est du collaborateur éminent de V Arbeiterzeitung , du socialiste de Vienne, Rudolf Springer (de son vrai nom Karl Renner). Ce n'est pas un socialiste sans nuances. Le pasteur impérialiste Naumann insère volontiers ses articles dans Die Hilfe.

< Une idée impériale est en l'air, — disait ce théoricien socialiste et démocrate. Ne pourra-ton la saisir et la retenir?... »

Celte idée est celle d'un Empire où le suflrage universel serait souverain avec l'Empereur; d'un Empire qui serait un peuple de peuples, où les plus faibles bénéficieraient contre les forts de l'abri créé en commun. Le fîat^ d'où sortirait cette confédération de nationalités, dont chacune serait considérée comme un tout avec toutes ses enclaves, serait la volonté populaire consultée dans ses comices. Le suffrage universel dissoudrait tous les préjugés nationaux, parce qu'il obligerait tous les libéralismes à s'unir contre tous les conservatismes, par-dessus les limites nationales. Mais il y a une nationalité qui l'emporterait par la culture, ce serait la nationalité allemande, précisément parce qu'elle aurait apporté la Social-démocratie.

Avec ces formes mitigées du pangermanisme, la discussion est possible. Sans doute, on objectera que la régénération par le suffrage universel serait aussi lente que la régénération par le coup d'État de Popovici est utopique. Alors on pouvait mettre quelque espoir dans le néo-/?6éra^is?ne autrichien de Richard Charmatz. Pour les néo-libéraux, il s'agissait, avant tout autre réforme, de parachever l'éducation industrielle de l'Autriche-Hongrie ; il faudrait, bien entendu, conserver Trieste; mais on exclurait toute politique d'offensive. « Quiconque veut faire de l'Autriche un État industriel doit être le défenseur de la paix » (1). c C'est pourquoi à bas les mains : pas d'intervention aux Balkans ! Attendons que nous soyons, nous et les autres, mûrs pour la communauté future ». Ce ne serait pas là une politique d'abdication; et on ne renonce pas à un rôve parce qu'on le sait lointain et qu'on en poursuit la réalisation par la paix. Si les civilisations latine, anglaise, française ou russe se révélaient moins fortes que l'autrichienne dans cette compétition paciûque pour l'organisation industrielle et civilisatrice de l'Orient, elles n'auraient eu <]u'à s'en prendre à olles-mômes. Mais, pour Richard Charmât/., est inadmissible la méthode hongroise qui est celle aussi du Irialisme brutal; celle qui

(i) lUcuAMD CuAiiMATZ. Deutich-Oiterreichiicfie Politik, 1007, p. 3B2.

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