L'UNION DOUANIÈRE DE L'EUROPE CENTRALE. T
« Noblesse oblige, et la grande situation allemande et européenne que nous avons conquise nous impose des devoirs allemands et européens qui n'existaient pas pour la vieille Prusse, tant qu'elle n'était qu'un État moyen. Une politique allemande, qui ferait de l'alliance russe sa base principale, ne vaudrait pas mieux que la politique de !a France actuelle, qui est disposée à livrer l'Europe à la Russie, pourvu qu'on lui offre en échange la restitution de l'Alsace-Lorraine » (1).
L'Europe, continue-Hl, était divisée par les ambitions rivales : par une politique balkanique des Russes qui contrecarrait les desseins de l'Autriche; par un ressentiment inguérissable de la France. Russie et France, d'ailleurs, s'enfermaient économiquement derrière des tarifs protecteurs très élevés. Le bill Mac Kinley mettait l'Europe entière en présence d'une Amérique du Nord à son tour cuirassée contre la concurrence industrielle européenne. Il fallait donc, pensait von Eckardt, organiser l'Europe.
€ Mais que restait-il de l'Europe, si la Russie et la France suivaient des chemins à part, et si l'Angleterre se retirait sur elle-même et sur les marchés de son immense domaine colonial? 11 n'en restait que les États de l'Europe centrale, et seulement s'ils s'unissaient en un domaine économique assez étendu pour pouvoir suivre une politique douanière indépendante....
« S'il était possible de donner à la Triple-Alliance une autre base que celle des nécessités politiques et militaires du moment présent; si l'on voulait lui donner un caractère durable, on ne le pouvait qu'en intéressant économiquement les nations alliées à maintenir le système suivi politiquement par les gouvernements.... 11 s'ouvrait alors une perspective qui pouvait être d'une immense signification pour l'avenir de toute notre politique et de notre situation européenne (2).
« L'établissement, pourunelongueséried'années,d'unea11iance à la fois politique et économique, entre les trois monarchies de l'Europe Centrale, pouvait devenir le point de départ d'un nouveau système européen. Si les trois États dirigeants formaient ensemble un rempart, qui, durablement, refoulerait de l'Europe Centrale les invasions venues de l'Est ou de l'Ouest, Yadhésion des autres puissances était àpi'évoir avec une certitude approximative. L'Aile-
(1) Berlin- Wien- Rom, p. 89.
, (2) Ibid., p. 109.