JEAN LAHOR
Cet été ne me sert à rien ^
Depuis que je suis sans maîtresse, Les roses manquent de tendresse Et les oiseaux sifflent moins bien. p
La main de Dieu qui les caresse • ,
Et sur les choses va et vient, •^i Devrait me rendre ma maîtresse.
(iJ Je ne sais plus ce que je dis ; M
Le hasard au hasard me guide ; '^
Mon cœur est comme un écrin vide
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^ Des lundis jusques aux lundis ; 7)
^ Le temps, jour à jour, se dévide; (v
Et du moment où tu partis, ^
Mon cœur est comme un écrin vide. 1 ^
2, Les tilleuls aux lourdes senteurs . ^
1^ Et les nuages intrépides «^
p Paraissent les décors stupides ' ^
«»i D'un beau poème sans acteurs. | (lj
f) Et les ruisseaux toujours limpides j r?
'*i Dans leurs méandres chuchoteurs | A
^ Regrettent nos amours rapides. i |^
I Cette nature me déplaît;
C Elle est sourde, borgne et bancale. i
*^j La brise, aérienne cigale, ! . ♦
'^ A perdu le ton ; c'est complet. ï
!ij Mais si tu reviens faire escale *#|
y\ Et nous consoler d'un couplet i 7)
^ De ta jeune voix musicale, (y
Reprendront leurs anciens programmes
Des milliers de flûtes au fond
Des nids feront cent mille gammes.
Sinon cet été ne m'est rien, Je ne goûte rien sans maîtresse, Les roses manquent de tendresse Et les oiseaux sifflent moins bien.
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Le ciel, cet idéal plafond
De la forêt où nous errâmes.
Et les fleurs, ces petites femmes, ^\
Et chaque arbre qui se morfond J
Tous et toutes, et deux par deux, ^J
Du brin d'herbe à la moindre mouche
Iront cœur à cœur, bouche à bouche ; ^*j
Nul baiser ne sera douteux.
Le feuillage et la branche souple
En nous voyant approcher d'eux.
S'entortilleront comme un couple.
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La main de Dieu qui les caresse Et sur les choses va et vient, Devrait me rendre ma maîtresse.
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'}; Continuez votre entretien,
J) Sans vous parler tant à voix basse
Je n'entends rien,
[;) Je passe.
Faut-il vous cacher dans ce coin, jn Où sont éteintes les lanternes,
(V Pour vous conter vos balivernes ?
^ Je passe et n'entends point,
J[/ Je passe et m'en vais loin !
Aussi loin que l'on a coutume D'aller quand on marche sans but Dans la lumière ou dans la brume.
Sans m'inquiéter s'il a plu
Ou bien si le soleil s'allume, Je passe et ne repasse point, Je passe et vais très loin.
En marchant, je siffle, je chante Souvent une chanson touchante, De préférence un refrain fou, Je vais si loin, sans savoir où !
Aussi, continuez, de grâce, Ce mystérieux entretien ; Je n'entends rien, Je passe.
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Quand le mois de septembre est tiède, le printemps Renouvelle et répand des floraisons écloses.
Vè Les églantines, les primevères, les roses, T Courent par les buissons et les nids sont contents.
Mes nouvelles amours ! ne perdons pas de temps, Cueillons les cyclamens et les bruyères roses ; Je te dirai, d'ailleurs, exactement les choses Que mes vieilles amours d'hier chérissaient tant.
Ne poursuivons-nous pas et toujours le même être Je n'ai qu'une maîtresse et tu n'auras qu'un maître, L'un et l'autre idéals, invisibles, rêvés ;
C'est le besoin d'aimer, seul, qui nous intéresse, [vés, Aimons-nous donc, puisque nous nous sommes trou- Mais trompons-nous avec une immense tendresse.
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Ayons la tête d'équilibre, Le jour et le soir et la nuit.
Plus un chagrin, plus un ennui.
La cause : notre cœur est libre.
Sortons la lyre d'or qui vibre De son sempiternel étui, Chantons à partir d'aujourd'hui, Le nez en l'air, comme un félibre.
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Communiquons la joie à ceux Qui sont tristes et malchanceux, Vivons dans les inconséquences I
Et que les rieurs à l'air fin Apprennent pourquoi ; c'est qu'enfin Notre cher cœur est en vacances.
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Mettons au même sac les trente-six maîtresses due nous aimâmes par le cœur ou par les sens. Déesses de beauté qu'embauma notre encens, Vous souvient-il que nous inventions des caresses ?
Quatre ou cinq dans notre âme ont trôné tour à tour, Nous croyions que chacune y serait demeurée ; Mais l'idole en était partie, à peine entrée, '■ |
Et l'un et l'autre nous déraisonnions d'amour. i '
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Puis arrive l'oubli des noms et des années.
Et nous devions mêler nos jeunes destinées I Et nous fûmes souvent sur le point de mourir I
Images d'autrefois, vivantes ou damnées, Vous êtes maintenant un tas de fleurs fanées, Qjielle rosée en pleurs vous ferait refleurir ?
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Hors la douleur, l'amour ne donne pas grand'chose. i Il mêle au souvenir de quelques jours heureux '\f«
D'inoubliables jours si tristes, si nombreux, Que le cœur meurt de honte et la mémoire n'ose
' — Sachant à quels nouveaux soucis elle s'expose — Se réciter tout bas son poème amoureux Où les rimes ne vont pas souvent deux par deux, ") Et dont les derniers vers s'éparpillent en prose. ivl
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Nous tâchons de fermer les yeux et d'oublier. A peine dormons-nous qu'on vient nous réveiller D'un sommeil qui pesait bien peu sur nos pensées..
Car les anciens chagrins, sans qu'on en ait le choix, Accourent en rouvrant leurs blessures passées, Pour que le même mal nous fasse mal deux fois.
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f% Hélas ! tu manques tellement
f^ De talent qu'on te congédie.
JT) Pourtant, dans notre intimité,
(V Sans te mettre du fard aux joues,
f Oj II est certain que tu la joues,
'^ Avec combien d'autorité !
Tu veux jouer la comédie.
Je te trouve un engagement.
Tu te mêles de pantomime, On critique tes gestes lourds, Et, malgré tes yeux de velours.
Ton succès est infime, infime.
Cependant je m'étonne, car Ta frimousse est si variable, Que le bon Dieu, comme le diable, N'en déchiffreraient pas le quart.
Renonce toujours au théâtre, Contente-toi de ta maison, Où je suis, en toute saison, Public gobeur, foule idolâtre.
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•^jLf^vr^r '•^-*^r 'V-*-^^^"^?
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P Nous romprons gentiment sans pleurs, n
IJ;; Sans un mot et sans un reproche, *i
^ Sans des cris de toutes couleurs. "^
r|' Je t'enverrai deux sous de fleurs, (J,
Cest assez pour ton cœur de roche. g\
J'ai cassé mes ongles, combien De fois, ma vivante statue, J A t'étreindre 1 je n'y puis rien.
Enfin, je me déshabitue ri
D'aimer, ô bonheur! tout va bien.
I Dans mon lit, sur mon oreiller,
J'avais une peur insensée
De t'attendre.et de m'ennuyer.
J'ai dormi sans que ma pensée
Eût fait mine de s'éveiller.
Et je raille tes yeux railleurs.
Rompons gentiment, d'un œil sec.
Les jours sont longs, la vie est brève !
J'ai dormi, j'ai rêvé, d'ailleurs,
D'une femme dont la caresse
Et le baiser étaient meilleurs. | (v
Je ne veux plus d'autre maîtresse, , \\
Un dernier baiser sur ton bec, ^
Moins doux que celui de mon rêve, ,,
Et mes deux sous de fleurs avec. 1 ^
ti J'i»S^ri^<c-t^^er,^-r( *^^t:V=^^