IX
Nous sommes devenus âgés, à notre insu, I
Et les jours à venir nous paraîtront arides, Depuis qu'en nous mirant nous avons aperçu Nos premiers cheveux blancs et nos premières rides.
Tandis que nous vivions inconsidérément I Dans un songe, sur la croupe d'une chimère, L'infaillible miroir surprenait le moment ■'I Où le plus long sommeil redevient éphémère.
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Affreux réveil. Cartels, pendules et clochers, Comme autant de soupirs lentement arrachés Sonnent l'addition de nos heures perdues.
Temps gâché! maintenant que nous nous savons vieux J ^
Nous n'étions tourtereaux, mais de folles tortues.
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Parce que Lilia recevait des corbeilles | n
I Pleines de plus de fleurs qu'un rucher n*a d'abeilles, De qui les tenait-elle ? hélas ! j'en ai souffert... Alors je fis construire une baraque en fer Qu'on vitra pour laisser le soleil y paraître, j ^
Et je m'y cloîtrai comme un moine ou comme un prêtrei . J S'enferme à la Chartreuse ou bien au Mont Gissin, Depuis le lundi saint, jusqu'au samedi saint. Seulement ma retraite est indéterminée.
Et je soigne mes fleurs pour passer la journée.
Particulièrement le Trychopilia -^^
Q.ui me fit oublier la pâle Lilia. | W
Et rOdontoglossum, blanc neige et bleu pervenche i (^
Dont l'amour partagé me fut une revanche ; I ^
Et le brun Barbatum, fier sabot de Vénus, 3
Enfin, tous ces trésors qui guérissent, venus i j^
Du Pérou, du Brésil et de la Colombie i\
' Il Pour mon parfait plaisir et ma folle lubie. , ^
Lilia m'apprit à chérir la nouveauté, ' |-J
J'ai cent femmes depuis les floraisons d'été ; i ^
L'une a les cheveux blonds et veut qu'on la respire ; , \j
L'autre est brune et me dit quelque chose de pire ; l 'O
L'une est un coquillage au bout d'un fin fuseau ; ! 'V
L'autre a l'air d'un oiseau qui dort sur un oiseau ; Mais j'en aime une qui, dessous sa capeline, Est comme une petite écolière orpheline Dont l'dge pourrait bien valoir de la prison A celui qui la tient cachée à la maison...
Ma maîtresse d'hier est la tienne aujourd'hui, jj) Nous aurons tous les deux joué le même rôle. Je doute de son cœur, tu crois à sa parole.
Car ton amour commence et le mien s'est enfui.
Notre vieille amitié durera-t-elle encor ?
Tu m'en veux de l'avoir chérie et possédée ; Mais tu la quitteras comme je l'ai quittée, Lequel aura raison et lequel aura tort.
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(\ Si tu n*as pas souffert, il faut payer ta dette, j Tu diras ton chagrin et tu seras poète,
J'ai tant pleuré pour elle, à ton tour de pleurer.
1 1 II se peut qu'elle t'aime, alors sois infidèle. i
2j Et plus tard, en riant, nous pourrons comparer ^ Ij Nos sonnets dessinés d'après ce beau modèle. *a
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Toi qui sais lire dans ma main Assez pour me prendre mes bagues En prédisant des choses vagues, Qjie m*arrivera-t-il demain ?
Non. Laissons la chiromancie, Si tu ne m'apprends rien de neuf.
Peut-être qu'avec le blanc d'œuf L'épreuve sera réussie.
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Dis-moi donc si je suis coiffe Par tes cliers petits doigts de gueuse.
Tu ne me réponds pas, blagueuse ?
Consultons le marc de café.
Rencontrerai-je pas de femme
D'une meilleure qualité?
Le bonheur, ô naïveté,
Est-il pour le bout de mon dme ?
Voyons les cartes si ça ment ;
Vite, fais cesser ma torture.
Conte-lui sa bonne aventure i 'V
A ton pauvre diable d'amant. (^
Va, j'interprète ton silence, Et dans tes yeux je lis ceci :
« Ton avenir ? il est ici, « Jusqu'à ce que je te balance...
Chère, écrire au crayon, c'est parler à voix basse. | Or, quand j'aurai besoin de causer avec moi, |
Les jours où je suis triste, où je sais bien pourquoi, Ma main pour suivre mieux ma pensée un peu lasse,
Et voulant qu'aussitôt écrit le vers s'efface, ^
Prendra le crayon d'or gentil que je vous dois, W
Puis le tenant avec tendresse entre les doigts Tracera : « Le chagrin ne dure pas, il passe. •
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Les souvenirs, rubans de toutes les couleurs, 'T)
Que nous avons flétris et fanés de nos pleurs [\
Alors qu'ils attachaient nos bonheurs éphémères, ^
Et les chansons d'amour sans noblesse et sans art r. Qu'il fallut dédier à des cœurs de hasard.
Rien ne dure. Evoquons de nouvelles chimères ! »
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