XIV
^ Ah 1 ne dis pas, ne dis jamais
V Qjie tu m'aimais. ^
Ce serait un mensonge encore. ^;
Mes pauvres jours d'amour passés «^
^. Savent assez À
?^ Mon chagrin que ton cœur ignore. J^
(^ Mais à quoi sert de réveiller 7)
i) Et d'efFeuiller fv
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Ma belle jeunesse jolie !
Vieux souvenirs, rubans fanés
Partout traînés, Tâchez aussi qu'on vous oublie.
Jamais je ne dirai, jamais,
Que je t'aimais Et que je veux souffrir encore, A toi de voir dans les frissons
De mes chansons Mon chagrin que ton cœur ignore.
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^ii^^^::^^l'e^S^H::^^^*-e?S5^^:i^;^*
Je pensais t'adorer en silence, c'était
Réaliser mon rêve et réduire ma peine.
Ah Dieu I j'avais compté sans la faiblesse humaine,
Mon cœur, ce pauvre cœur lui-même me mentait.
Quand tu revins, suivant le fil de ton caprice, J'oubliai vite mes serments, combien j'eus tort!
(^ J'osai te supplier de revenir encor,
^ Et j'écorchai soudain ma fraîche cicatrice. 1
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Plus d'espoir maintenant, je ne guérirai plus. Si je souffre, ce n'est point toi qui le voulus. Tu m'apportais ton corps et j'ai pâli de joie.
Va dire à mes amis toute la vérité.
S'ils me plaignent, souris de leur grande bonté ;
Je ne mérite pas que quelqu'un s'apitoie.
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Mon occupation, le soir, à la campagne : //i Je contemple le ciel bleu qui nous sert de toit.
J'accroche à chaque étoile une chanson pour toi ; «^
Et le paradis sait le nom de ma compagne. ^
Ton nom s'y développe en longues lettres d'or, k Il masque la Grande Ourse et la Route Lactée, j] Et, sans se soucier de la Lune escortée.
Regarde tendrement la Terre qui s'endort.
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f^c^-J.^it^Crï^C :r^^^^:^rC:^^M::^^^a^:è:
Toute étoile filante et tout aérolithe Sont autant de baisers que tu me jettes vite, * I Et que je reconnais pour m'être destinés.
• * ' Après quoi, je m'étends, je sommeille, tu passes i I Dans mon rêve, et je vois tes yeux illuminés J I D'avoir pendant la nuit habité les espaces.
s^G:iSM;^^?rQ^::*:Mi>ïn
Enfin je n'aime plus ma maîtresse, c'est elle Qui l'aura voulu. Qui sait?... Mon cœur peu à peu S'est éteint, et je vois sur un navire bleu Partir ces rêves d'or auxquels j'étais fidèle.
Où donc vont-ils ? Mais mon indifférence est telle Que je n'ai pas souci d'apprendre vers quel lieu, Et qu'en les regardant je leur donne l'adieu Sans le moindre soupir, sans un battement d'aile.
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vr;. J*è^>erîr^o"^î-e^.i^^p:^S^cr,i5^(:::Lt^S:$'e;,
r^ Il m'eût bien étonné, jadis, le renseigneur
D'amour qui m'aurait dit : « Ami, pour ton bonheur « Tu riras d'avoir tant pleuré, car tout s'oublie ! »
}) Alors je m'abandonne aux choses d'amitié,
Le contraire serait une pauvre folie ;
Je n'aime plus d'amour et je me fais pitié.
I» Depuis que je connais les ruses de la vie,
Celles d'amour, car les autres ne comptent pas. Maintenant qu'à dessein je reviens sur mes pas. Je laisse le hasard à celui qui s'y fie.
Le désir d'être aimé pour soi-même, l'envie Iv De rencontrer l'amante absolue ici-bas, L'espoir de retenir le bonheur dans ses bras Sont des rêves d'enfant que rien ne justifie.
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Mieux vaut dormir ou bien écouler les oiseaux, Que d'embrouiller son cœur en de subtils réseaux, Fussent-ils d'argent fin et de soie invisible.
Jusqu'au jour où, suivant son paisible projet, Notre mère voudra nous choisir, infaillible, La jeune fille pure à laquelle on songeait.
A Georges Lacomhe.
LE POÈTE
La nature paraît souffrir, il fait très lourd. Elle meurt et n'en a même plus pour un jour, Le soleil s'est ouvert les veines dans l'espace, Le ciel en est rougi, puis le soleil trépasse. Plus rien.
Si ma pensée existe encore, si Je puis m'insurger d'être encore à ta merci, Si je puis m'absenter quelque peu de toi-même. Je tenterai d'écrire un moderne poème
p,rj-»s?,e^ir^r--^"^i*-tr'i^>fira
dui ne soit plus d'amour, qui ne soit plus un chant
De détresse ou de joie, un chant doux et touchant,
J'ai fatigué mon âme à ce métier, mon âme
Que je blâme aujourd'hui d'être comme une femme,
Ne donnant que des pleurs pour explication
Et ne sachant souffrir avec discrétion.
Oui, je viens chercher mon sujet dans le mystère
Des choses, étendu de mon long sur la terre,
Regardant la forêt nocturne, beau décor
Où j'ai des souvenirs dont je palpite encor.
J'ai la mémoire des parfums, de la musique
Et des couleurs. Pour évoquer les jours défunts,
Coupez des fleurs, j'ai la mémoire des parfums.
J'ai la mémoire aussi de la musique, Certain rythme magique Eveille le Passé dans mon cœur nostalgique ;
Coupez des fleurs, faites de la musique.
J'ai la mémoire des couleurs P
Assez pour rappeler quelqu'un ou quelque chose ; IJ,
*-ti:^^'*^ ^fc^^^^^r"rg^H::;?^J>C^^'!g^-f:^:^C::^;;y^p<^
^*-e^ Vî>tr'.T^r -^t-crV^^r-^s-tTiV^
Je me souviens que par un crépuscule rose Ma maîtresse riait et que j'étais en pleurs, J'ai la mémoire des couleurs...
r Ce soir une fleur en maraude
•^ Autour de moi soupire et rôde
Et je me souviens d'autrefois Q.uand mon adolescence r Pleine d'effervescence
S'en allait par les bois.
En ce temps-là les soirs d'été dans la campagne, Les soirs tombants, Les couchers de soleil flambants Me grisaient autant que les yeux de ma compagne, En ce temps-là J'étais en fête Je ne comprenais pas les trois mots du poète : « Ceci tuera cela. »
Silence étincelant. Voici donc l'heure blanche De la lune qui va passant de branche en branche.
LA NATURE
A celui qui m'appelle en pleurant, je dirai :
Laissez toute espérance !
Mon cœur est tellement seul et désespéré Qii'il ne pourrait ce soir calmer votre souffrance.
LE POÈTE
Alors chacun son tour, je console aujourd'hui.
h I Moi qui comptais t'avoir, courtisane embaumée, '/ , Toute la nuit,
^ I Heureuse et fleurie et pâmée,
'Ji I Pour te dire mon rêve en étouffant mes pleurs,
^\ ' Car je viens de passer par de grandes douleurs !..
«V Mais tu souffres toi-même et tes larmes sont douces
, • ' Tu les sèmes sur les feuilles et sur les mousses. r I Je sais tout ce que je te dois,
H Et je me souviens d'autrefois,
ff\ I Tu m'écoutais, ton cher silence
\\l Savait calmer ma violence.
^-^^'•^f:-T^t(rvï>r'^P:5.t^,r^(:vr^5.er^
Cela s'est répété souvent.
N'as-tu pas emporté mes plaintes dans le vent ? N'as-tu pas au moment du tiède crépuscule, Quand le soleil se fond, se disperse et recule,
Avec ta gloire intervenant, Charmé mon cœur meurtri tout en l'illuminant ? Je suis reconnaissant à la sereine lune D'avoir impressionné ma maîtresse brune Certaine nuit, vrai songe d'une nuit d'été, Ses baisers eurent des accents de vérité
Grâce à son affolante clarté.
Ah 1 consoler quelqu'un dès qu'on souffre soi-même,! (f Qu'on souffre saintement par tout ce que l'on aime, J) Cela vous donne de la force, ainsi merci, Puisqu'en te consolant je me console aussi.
LA NATURE
Les fleurs comme étouffées Dédaignent d'écouter les fées,
C'est qu'un orage approche par là-bas.
Chante donc, les fleurs ne m'écoutent pas.
LE POÈTE
J'aime aussi les fleurs, ma maîtresse Est meilleure quand je lui tresse Une gerbe de belles fleurs.
Pourtant elle n'est pas des leurs, Son ame sans parfum est une âme ordinaire, C'est une fleur imaginaire.
Chez elle jamais de retour, De la raison et point d'amour, Un orage sans accalmie ; Elle est moins amante qu'amie, Moi qui veux être constamment Non son ami, mais son amant...
Aussi mon chagrin est immense.
Elle a vécu quand je commence !
LA NATURE
Tu te plains, peux-tu pas pourtant
fr^^O. '^5^e i^^r "-5^ ^tC::^'^J^^ ^-f C "±3-^ *- *
Dominer ta peine un instant J A mon profit et me distraire ? '^
^ Tu pleures, tu te plains, quand j'attends le contraire..! , j > Chante-nous quelque chose alors. 1 ^
LE POÈTIi
De la musique, des accords '^ De violons, que je me grise
,\ De la musique de la brise.
La lune est triste aussi, nos chagrins sont égaux, Parlons-lui tous les deux, recommande aux échos D'accompagner nos vers pour qu'ils soient mu sicaux .
LA NATURE
f» O Lune, es-tu pas éplorée
• ; D'avoir été tant adorée
!* Par de grands peuples disparus ?
(^J Belle idole toute dorée,
(^ Leur départ t'a désespérée,
fi Car tu ne les reverras plus !
LE POÈTE
Sers-toi de ta force, déesse,
Pour avoir le cœur en liesse ! . 9)
J Moi, si j'étais divinité, ^
J'aurais l'éternelle jeunesse, j^J
Je n'aimerais pas ma maîtresse h
Durant toute l'éternité.
LE POETE
LA NATURE
Roule, roule à travers les mondes,
Et le long des routes profondes,
Dans ces effroyables lointains,
Que ce spectacle te confonde !
Puisque leur clarté nous inonde,
Et que ces mondes sont éteints. j
O Terre, terre, fais comme elle, (?
N'est-elle pas ta sœur jumelle ?... jj
Distrais-toi donc, écoute, entends . ^
Les métamorphoses du temps... x
\'-^s2^'^^rr rs^
i^^^^^Stç:^
M LA NATURE
V Tu crois, ah! tu crois trop, tu crois à tropde choses! — ^ (> Tu crois que la Nature en ses métamorphoses ' A
Est heureuse de vivre, et que le renouveau Des saisons rajeunit mon corps et mon cerveau ;
^ Pauvre naïf! tu crois que je personnifie |c) Ici le grand jardin de lumière et de vie (? Dans lequel, invisible à chacun, le bon Dieu Circule librement et se repose un peu.
Toi, tu mourras demain ; moi, je reste immortelle. Je traîne mon angoisse et j'y suis si fidèle Que je pleure des mois entiers à chaque hiver, Et que le lendemain mon cœur redevient vert Pour se faner ensuite aux râles de l'automne. Puis à l'hiver encor, supplice monotone.
Hélas I Nous sommes las autant l'un que l'autre, fort las. Ne t'imagine donc pas, cher poète, (^ due je suis
lij L'Oasis,
Pj,
f •t^3-'iî-C .?^c-r •• •'^er;;?'ris.''ii-t .~trPi--J.C-î?
Rien de plus, la Belle et la Béte Qjui n'ont que du vent dans la tête, Que je marche inconsciemment Vagabonde Depuis le commencement Du monde.
Le pourrais-je ? Je suis le flux et le reflux, Le mouvement perpétuel de droite à gauche, En arrière, en avant, dessous comme dessus.
Tu ne vieilliras pas, toi, la mort te fauche,
Et les morts ne vieillissent plus.
Moi, je suis vieille, moi, j'ai des milliers d'années. On referait le monde avec mes fleurs fanées.
LE POÈTE
J'ai raison. Tes raisons je ne les comprends pas. Tes printemps, tes hivers, sont prévus, tes combats, Tes ivresses et tes sanglots sont méthodiques, Ton passé, ton présent, ton futur identiques.
^:^:^^\.^cC,^±^^::^^:^^C'^^^^::^^^€:^:^'^:::^^:^c
^*?0'î 5^^e^J5^c^'*-^>c^*rrf s'^^i- %»- ci::r3^i- '
ti
Pourquoi vous raconter ma peine Puisque vous avez traversé Des souffrances comme la mienne ?
Mon Présent, c'est votre Passé.
Ma vie à moi est un roman Varié chaque jour jusqu'à son dénoûment...
Qui sait ce qui m'attend tout à l'heure ? avant même ? Ta vie est une loi, ma vie est un poème... ^v
LA NATURE
L'âme de la forêt frissonne à travers moi.
La voilà tout en émoi...
Il commence le prodige :
La fleur qui s'inclinait se hausse sur sa tige Comme pour mieux t'entendre et puis s'épanouit. J Parle-lui, parle-nous, nul ne dort cette nuit. (?
LE POÈTE, à tout ce qui est dam la forêt. î)
LA NATURE
Si je soupire et si je pleure,
En vous expliquant mon ennui,
Vous soupirerez tout à l'heure
Et vous pleurerez cette nuit.
Pourquoi vous raconter ma peine?
Je craindrais trop en le faisant j n
D'ouvrir une tombe ancienne ,<»i
Où le mort n'est qu'agonisant. 1 7)
La mémoire est fidèle et sûre ^
Et le cœur n'est jamais rouillé,
Suffit-il pas d'une mesure
Pour retrouver l'air oublié ?
Pourquoi vous raconter ma peine
Puisque vous avez traversé
Des souffrances comme la mienne ?
Mon Présent, c'est votre Passé.
O Poète, ton âme est une harpe fine j 7
Qui vaut celles du paradis. | \^
^^^ i^Ç::'^^^V\Sti^r^^^r^^^C^^J
^ Sois heureux et sois fort, que ton cœur s'illumine.
^' Déjà tu n'en peux plus et tes bras engourdis
i.i Laissent tomber leur part'de la souffrance humaine.
f Dis-nous des vers écrits sans chagrin et sans haine.
4/ LE POÈTE
• Nous n'avions pas des âmes soeurs,
p^ Elle me hait et me malmène ;
•-. Je ne suis pas mort, mais je meurs
En cette triste tombe humaine.
ij S'il ne s'agit que de souffrir,
C Qu'importe ! j'en ai l'habitude,
^ Mais si vraiment je dois mourir,
f) Que je meure avec promptitude.
\ A ce moment, faites, mon Dieu,
0^ Qu'elle ait du regret, que je voie
p' Ses yeux secs se mouiller un peu,
. ^ Et je m'en irai dans la joie.
Pour me combler entièrement, Dites-moi, contre toute attente.
'IWr>^iIF^^.^^<^-5^^
Tr
•^ '^T^^ir^'nrr '^ ^ ^^•=>o^'^^e':i^s>o,*?^cr.
Qu'elle aime son nouvel amant
D'une amour paisible et constante.
Alors, loin de m'en alarmer,
Je dirai, tout fier de l'apprendre :
Elle était capable d'aimer,
C'est moi qui n'ai pas su m'y prendre.
LA NATURE
Ah ! comme tu l'aimais.
Quand on souffre de cette sorte, Jamais on ne guérit, jamais...
LE POÈTE
Je voudrais être mort.
LA NATURE
Je voudrais être morte.
^^Lr'.-ï>r— 3-VL^v^f:^r^*-C:^^^(>*
Petite, je te dois un beau jour de printemps. //
(Et je te dois, Printemps, une maîtresse sage, '{i
Car grâce à tes lilas comme à ton paysage, jA
Elle fut poétique et ce n*est pas l'usage.) ^ Bref, on nous vit tantôt amoureux et contents.
Sans crainte de froisser les moires de tes manches.
Ni de tourner tes hauts talons, ni d'écorner f)
Ton chapeau, ni d'user ton cœur à raisonner [^
D'amour, tu daignas donc déjeuner et dîner Par terre et secouer joyeusement les branches.
duel dimanche! Avions-nous bien l'air de deux gamins Dans l'herbe fraîche et fine où tu t'étais vautrée ? Arrachant les boutons d'or qui sont la livrée Du mois d'avril, tout un jour, toute une soirée. Peut-on s'imaginer qu'il est des lendemains
Heureux après avoir passé des heures telles ? , Ah ! les bourdonnements des mouches, les reflets , Des choses, les soupirs vagues, les bruits follets, i Les murmures de la pelouse à tes mollets, I
Et les reines des prés que te racontaient-elles ?
Ce souvenir suffit à toute ma saison, Et j'en suis embaumé jusqu'à la griserie.
Tu es ma fée et j'ai vécu cette féerie.
Penses-y doucement, longuement, je te prie, Les yeux fermés, respire en rêve le gazon
îr^--^«^::^«1^(:>^:^<:^?^«-e^^^:^^(:i?!:»â^ e?^5H^
Où demain nous pourrons retrouver notre place, Où, plus tard, les muguets blancs, les boutons dorés, Les fragiles bleuets et les reines des prés Auront dessiné pour des couples égarés Comment dans l'herbe fraîche et fine je t'enlace...
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