EXPOSÉ SPÉCIALEMENT D’APRÈS LA
EST-CE LE DEVOIR DE CHAQUE CHIRURGIEN DE CONNAITRE LA MÉTHODE ANTISEPTIQUE ET DE LA SUIVRE?
Le médecin doit employer dans chaque occasion les moyens que la science et l’expérience ont démontré être les meilleurs : personne ne le niera. Il ne peut pas se dire : « J’emploie un remède qui est efficace, il est vrai, bien que je sache qu’il en existe un beaucoup meilleur. » Tout le monde condamnerait sévèrement et avec raison une réflexion de ce genre , surtout quand il s’agit de la vie et de la santé de nos semblables. Admettre cette vérité, c’est répondre oui à cette question : tout chirurgien doit-il connaître et employer la méthode antiseptique ? Ce n’est plus en effet émettre une simple opinion, mais c’est affirmer un fait reconnu partout, que de proclamer la méthode antiseptique la meilleure de toutes les méthodes de pansement.
Après avoir essayé les pansements les plus divers, j’en étais resté à deux méthodes seulement, qui se disputaient
la prééminence dans mon esprit : Le pansement ouvert, et LE PANSEMENT ANTISEPTIQUE.
Je juge de la valeur d’une méthode de pansement d’après la fi équence des complications accidentelles des plaies. La pyémie, la pourriture d’hôpital, l’érésipèle, la lymphangite, l’embarras gastrique hospitalier, etc., sont les pierres de touche d'une méthode. Le jour où les opérés ne sont plus menacés de ces accidents, les salles de chirurgie sont fermées à la mort.
Je trouve dans la Clinique, que je dirige depuis 18 ans, des preuves à l’appui de ce que j’avance. Depuis des dizaines d’années, la pyémie y avait pris droit de cité, frappant toutes les fractures compliquées, presque toutes les amputations. Plus d’un médecin se demandait s’il était permis d’opérer dans un hôpital infecté de cette façon? Tous mes cris de détresse pour demander un bâtiment nouveau et salubre restaient sans réponse. Je ne pouvais d’autre part opérer dans la rue. Aussi je faisais les opérations les plus graves dans mon hôpital particulier, situé au milieu de jardins, mais très éloigné de la ville : je ne pouvais que rarement attendre de mes élèves qu’ils y vinssent. Là au moins, la pyémie n’était pas à craindre. — En 1872, dans ma Clinique, vint s’ajouter à la pyémie la pourriture d’hôpital, qui frappa toujours plus de malades et devint de plus en plus pernicieuse, si bien qu’en 1874 80% des cas de plaies ou blessures en furent atteints. Nous avons observé souvent des ulcérations artérielles, des nécroses osseuses chez des malades entrés à la Clinique pour un léger panaris, ou pour un hygroma du genou. Ces morts, ces mutilations trop nombreuses abattaient notre courage;
LA MÉTHODE ANTISEPTIQUE. y
quelques-uns d’entre vous en ont sans doute encore le souvenir.
Souvent un homme jeune et robuste était couché sur la table d’autopsie dans toute la vigueur de ses formes, comme s’il eût été assassiné, et cela peut-être pour être entré dans la Clinique 15 jours auparavant avec une plaie sans gravité. Sans doute, vous avez encore ces affreux tableaux devant les yeux.
On constatait Férésipèle presque à chaque lit. Chaque malade passait une ou deux fois par l’embarras gastrique hospitalier. Pas un d’entre vous n’a vu ici, avant 1875, une véritable réunion par première intention. Voilà ce qui en était alors, voilà à quelles horreurs en était réduite notre profession ! Nous avions essayé sans trace de succès tout ce que l’on a recommandé : chlore liquide, acide phénique, pansement ouvert. Rien de tout cela ne nous rendait maîtres de la terrible pourriture d’hôpital. Le fer rouge est encore le meilleur remède, à condition d’être employé de bonne heure et avec assez d’énergie. Un triste remède, à vrai dire !
Messieurs, je dois parler, je 11e puis me taire : Les louanges adressées à la nouvelle méthode, la satisfaction qu’a fait naître sa découverte me paraissent encore trop peu de chose. On 11e rend pas assez hommage à l’inventeur, au grand Lister. J1 faut avoir connu le triste état de ma Clinique, et l’avoir vu disparaître comme par miracle par l’emploi du pansement de Lister. Le témoin de ces faits voudrait diriger vers le ciel son regard reconnaissant, et, avec des larmes de joie, proclamer bien haut que le plus grand des progrès a été fait en chirurgie. Grâce à
Lister, des milliers de malades sont arrachés à une mort, dont sans lui ils auraient été sûrement la proie; des milliers de malades sont maintenant guéris en peu de jours, alors qu auparavant ils n’auraient quitté le lit qu’avec des membres mutilés et après des souffrances sans fin. Parcourez aujourd’hui ma Clinique : Les malades sont là dans leurs lits, sans douleurs, contents; ils ont le plus souvent bonne mine. Plus un érésipèle, plus une phlébite, plus un cas de pourriture d’hôpital; la pyémie a disparu. Les fractures compliquées se consolident à merveille. Les blessures de tête, qui amenaient autrefois presque toutes la mort par pyémie, se guérissent maintenant en peu de jours. La première intention se voit après nos amputations et nos plastiques. Le chiffre de la mortalité est tombé à la moitié de ce qu’il était. Ce que vous voyez sur la table d’autopsie, ce ne sont presque plus que des suicidés, des hommes écrasés par une chute, des vieillards, des phthisiques, des cancéreux. Quel bonheur! le tableau s’est merveilleusement changé d’un seul coup.
J’obtins l’autorisation d’introduire la méthode de Lister dans ma clinique. A partir du 1er janvier 1875, tout pansement, petit ou grand, fut fait strictement d’après les règles de Lister. Depuis ce jour-là, nous n’avons plus jamais eu un cas de pourriture d’hôpital, ou de pyémie, ou d’érésipèle. En un mot : l’hôpital si redouté était transformé en uii établissement bienfaisant où l’on guérissait, et tel il est resté j usqu’auj ourd’hui .
Le fameux Syme, à Édimbourg, a vu s’opérer la même transformation dans ses salles si redoutées à cause de leur pyémie et de leur pourriture d’hôpital.
la méthode antiseptique.
Messieurs, ce n'est pas là un hasard! Une maladie qui fait rage depuis plus de 30 ans, qui augmente de semaine en semaine, qui défie tout remède, comme la pourriture d'hôpital et la pyémie, dans ma Clinique, cette maladie ne cesse pas tout à coup, quand on n’a rien changé aux salles, rien à l’organisation générale.
Rien n’a été modifié : les salles, l’ameublement, la nourriture, le soin des malades, leur nombre, restèrent les mêmes. Mais un nouveau pansement fut appliqué méthodiquement à toute la division clinique au même moment, et strictement d’après les préceptes de Lister. A vrai dire, nous avions fait déjà longtemps auparavant quelques essais de pansement antiseptique. Nous avions conservé une bonne impression de ces essais, mais nous n’avions pu chasser la pourriture d’hôpital invétérée dans nos salles.
La démonstration qui s’est faite dans ma Clinique a été si claire, si péremptoire, qu’il aurait fallu être aveugle pour ne pas être converti à la méthode antiseptique: Beaucoup de chirurgiens m’ont assuré, à ma grande satisfaction, que mon simple et franc exposé des faits précédents a exercé une influence profonde sur leur décision dans la grave question du pansement des plaies. On ne pouvait attribuer au hasard une modification aussi rapide et aussi merveilleuse. Messieurs, ce n’est certes pas non plus un hasard, si Volkmann a guéri sans encombre, l’une après l’autre, 27 amputations et 72 fractures compliquées. Auparavant il n’aurait sauvé que quelques-uns de ces malades. Ce n’est pas un hasard encore si Keith a vu guérir 50 ovariotomies l’une après l’autre, sans une mort. Quelle est la méthode qui s’appuie sur de pareilles preuves?
Pour moi, je n’ai pas eu de peine à choisir entre les deux méthodes depuis longtemps rivales. Le pansement ouvert rouvrait en effet la porte à la pourriture d’hôpital. D’autres chirurgiens ont eu plus de peine à se décider. Car le pansement ouvert peut donner d’excellents résultats; sa facilité d’emploi, son bas prix sont un avantage énorme. Il est certes très aisé de se procurer une simple compresse qui garantisse la plaie de la poussière et des insectes.
Mais, grâce aux précautions antiseptiques, l’on a entrepris sans danger des opérations que l’on n’aurait pas osé faire avec le pansement ouvert. Je citerai l’incision des articulations; l’opération d’Ogston pour le genu valgum, opération que vous m’avez vu faire ici 16 fois pendant ces trois dernières années, sans observer jamais la moindre réaction fébrile; la laparotomie dans différents buts, etc.
Plus d’un chirurgien, emporté par une aveugle jalousie contre Lister, fait le reproche suivant à la méthode : Ce pansement nuit à la chirurgie conservatrice; car la guérison est si certaine, qu’elle entraîne le chirurgien à des essais insensés. Lister n’a reçu pareil compliment d’aucun de ses adeptes; il peut l’accepter sans façon. Mais personne ne profitera de cette innocuité pour amputer un membre qu’on pourrait autrement conserver. Au contraire, on sauvera une extrémité qui autrefois aurait été sacrifiée. Et, dans les cas désespérés où l’expérience ancienne n’amène aucun résultat, si le chirurgien, confiant dans la méthode antiseptique, essaie quelque chose de hardi et de nouveau, c’est un triomphe de plus. Il n’y a pas là matière à blâme. Je vous le répète sans réserve : Aujourd’hui la méthode antiseptique est partout reconnue comme la meilleure.
Une objection fréquemment présentée est la suivante : « On ne peut nier aujourd’hui que tout chirurgien d’hôpital ne doive faire le pansement antiseptique, surtout s’il doit combattre la pyémie et la pourriture d’hôpital. Mais dans la pratique privée et à l’air salubre de la campagne, il peut, pour les opérations et le pansement, se passer de cette méthode compliquée. » Ce serait agréable à beaucoup de gens, mais l’argument n’est pas fondé. Dans la pratique particulière, même dans le meilleur air de montagne, la méthode antiseptique sauve souvent la vie aussi bien que dans un hôpital. Je vous prouverai sans artifice et sans peine que chaque chirurgien doit connaître et employer la méthode antiseptique.
S’il est vrai que la pyémie et la pourriture d’hôpital ne se présentent que rarement dans la pratique particulière, cependant elles se présentent. Les suppurations progressives, l’érésipèle et d’autres causes de mort analogues se voient fort souvent dans le meilleur air. Tous ces dangers, la méthode antiseptique les évite à coup sûr.
Est-il indifférent au chirurgien de se dire : voici une plaie qui peut-être guérira sans danger dans ce bon air, ou de se dire : en faisant le pansement antiseptique, je puis être parfaitement sûr que cette plaie guérira sans danger?
On a découvert un trésor, la certitude. N’est-il pas magnifique de pouvoir prédire que telle plaie guérira sans danger, rapidement, et que ce n’est plus une simple possibilité? Nous affirmons donc d’avance que la guérison d’une plaie sera excellente sous le pansement antiseptique. Dès ce moment, nous n’avons plus le choix. Nous sommes obligés de suivre une méthode qui nous promet sûreté et cer-
titude de guérison. Supposons sur un torrent profond un pont solide; à côté, on a jeté une étroite planche, capable au plus de porter un homme. Personne n’aura l’idée de passer sur la planche et de 11e pas profiter du pont, qui est bien plus sûr, fallût-il même un petit détour pour y arriver.
Avant la découverte du pansement antiseptique, personne 11e pouvait nier que la guérison d’une plaie sans accidents 11e fût chose incertaine, même dans l’air le plus pur.
J’ai de mes yeux vu plus d’une fois de jeunes hommes mourir de septicémie bien caractérisée dans le pays montagneux de la Bavière supérieure, pays renommé pour son air excellent.
Vous voyez une douzaine de fois guérir une plaie de tête sans encombre. Puis, un beau jour, contre toute attente, la plaie commence à répandre une mauvaise odeur, devient douloureuse et sécrète à profusion un pus fétide. La couleur jaune de la peau, la température élevée du malade, les frissons, la disparition des forces, ne laissent aucun doute que des matières en décomposition n’aient été résorbées par les veines osseuses, et 11’aient empoisonné le sang. Un érésipèle intense survient sur la figure et le cuir chevelu; le délire s’établit, et le malade meurt dans le meilleur air aussi misérablement que Ton mourait d’habitude dans les hôpitaux. Qui vous garantit que ce cas exceptionnel ne se représentera pas demain? Messieurs, vous n’avez plus jamais vu une plaie de tête, traitée par nous dès le début, prendre une marche aussi funeste, depuis que nous avons introduit le pansement de Lister dans notre Clinique. Et pourtant on s’y trouve dans l’air d’hôpital.
Je me compte parmi ceux qui, dans leur estime, placent très haut Spencer Wells. Ce n’est pas là une flatterie, mais pure vérité. Jugez-en vous-mêmes : j'ai déjà deux fois employé mes vacances en allant à Londres pour le voir et apprendre beaucoup dans son service. Malgré toute mon estime pour lui, je 11e saurais l’approuver quand il dit qu’il aimerait mieux opérer sans pansement antiseptique dans un bâtiment spacieux et salubre, qu’avec ce pansement dans un hôpital contenant des maladies graves.
Messieurs, je puis vous l’affirmer : personne aujourd’hui ne meurt dans ma Clinique aussi misérablement d’érésipèle et de septicémie, que ceux que j’ai vus, à la suite d’une blessure légère, mourir ainsi à la campagne. Et cependant, l’hôpital contient toujours des typhoïdes, etc., par douzaines.
Souvent à la campagne, une amputation devient inévitable, parce qu’une fracture compliquée, qui ne présentait au commencement qu’une déchirure de la peau longue à peine d’un centimètre, a amené une suppuration intermusculaire étendue. Ce malheur, vous ne l’avez certainement plus observé dans ma Clinique depuis l’introduction du pansement de Lister. J’ai déjà vu dans la pratique particulière la mort par érésipèle suivre l’enlèvement de petites tumeurs kystiques de la tête. Pas un cas de ce genre ne mourra, s’il est traité par la méthode antiseptique, même dans le plus mauvais des hôpitaux.
Dans la pratique particulière, on peut observer suffisamment d accidents malheureux. Cependant, on voit souventaussi des résultats excellents, surprenants mêmes, sans aucune intervention de l’art, sans méthode antiseptique.
Voici l’opinion de Lister : le tissu sain s’oppose dans son immédiate vicinité au développement des organismes septiques. Cela nous explique pourquoi la première intention a lieu souvent sans pansement antiseptique.
Mais nous ne devons pas nous reposer sur un peut-être, quand dans l’autre plateau de la balance il y a certitude de guérison.
Il faut payer pour tout dans ce monde, Messieurs. Le savant paye sa renommée du sacrifice de sa santé minée par le travail ; le marchand risque son avenir au loin sur les mers. Pour nous, nous n’avons pas pour rien cette certitude encourageante, de garantir de tout malheur les plaies récentes. Nous sommes obligés en retour de faire quelque sacrifice. Ce sacrifice consiste dans la responsabilité immense que nous assumons en acceptant la méthode antiseptique, dans le zèle et l’attention minutieuse que nous devons apporter à son exécution. Celui qui ne cultive pas cette exactitude ne recueillera pas les résultats tant admirés du pansement antiseptique. Le secret de la méthode de Lister, c’est la plus grande minutie dans sa pratique.
Voilà pourquoi un aide sans conscience, sans attention, peut ruiner les résultats de la meilleure des cliniques. Ceux-là seuls qui ont de l’expérience sur ce sujet, confessent qu’il n’est pas si facile ou si simple de tout faire exactement selon les règles de l’art. Bien souvent, l’on s’est moqué de cette exacte minutie, on a dit : pas besoin certes d’être un homme de génie pour se laver les mains et appliquer un morceau de gaze. Sans doute, pour cela, il n’est pas nécessaire d’être un génie. Cependant il est rare, l’expérience l’a prouvé, que tout soit fait vraiment avec
exactitude et conscience dans un pansement qui demande tant d’attention. La grande affaire n’est pas une exécution artistique, car cette méthode n’est pas un art ; l’important, c’est une attention continuelle et soutenue.
Le sacrifice qu’exige de nous la méthode antiseptique, c’est donc : beaucoup de zèle, grande attention, augmentation de notre responsabilité.
La responsabilité n’était pas grande, en effet, aussi longtemps qu’on avait le droit de dire qu’une plaie peut, malgré le traitement le plus correct, prendre une mauvaise marche et conduire à la mort. Le Méphistopliélès de Goethe avait toujours raison, en disant : « Vous étudiez tout au monde, grandes et petites choses, pour les laisser en fin de compte aller comme il plaît à Dieu. » Le professeur Hueter, à la dernière réunion de la Société des Sciences naturelles, a fait remarquer que ces paroles n’ont plus de sens pour le chirurgien de nos jours. Aujourd’hui, l’on sait qu’une plaie récente peut être mise à l’abri d’une complication; aujourd’hui on admet déjà dans tout le monde que le sort d’un blessé est presque entièrement dans la main de celui qui le panse le premier. Mais aujourd’hui, aussi, la responsabilité du médecin a énormément grandi.
Ces principes ne vous permettront pas de douter que chaque chirurgien ne doive connaître et pratiquer la méthode antiseptique. C’est la seule que nous proclamions comme guérissant à coup sûr. A vrai dire, chaque médecin doit la connaître : en effet, voici un accident où l’on appelle le médecin le plus proche. Son ignorance peut amener les plus grands malheurs, n’eût-il soigné le malade que 5 minutes, pour le diriger le lendemain sur un hôpital. Je vous
expliquerai cela clairement plus tard. Ce médecin assume donc sur lui une responsabilité immense. Pour y échapper, il n’est pas nécessaire qu’il soit rompu à la méthode antiseptique. Vous savez qu’on lui demande fort peu de chose : il faut tout au moins qu’il connaisse les principes fondamentaux du pansement, pour ne pas anéantir son action future.
L’exemple que je donnerai plus tard des premiers secours rapides à donner aux Uessés, vous fera saisir facilement ce que je viens de dire.
DE QUOI SE COMPOSE LE MATÉRIEL NÉCESSAIRE POUR FAIRE LE PANSEMENT ANTISEPTIQUE?
Pour arriver à créer un bon pansement, tout a concouru : anatomie pathologique, physiologie, chimie, botanique. Billroth établit qu’il n’y a jamais de fièvre consécutive à une plaie, aussi longtemps que les sécrétions coagulant les lèvres de la plaie restent sans odeur. A cette époque, on allait bientôt connaître la raison d’être de cette loi. Mais elle apprenait déjà que l’essentiel, c’est de prévenir toute décomposition, toute fermentation putride dans les sécrétions de la plaie.
Les communications de Pasteur amenèrent la solution définitive de cette grave question. Il montra que l’urine, le lait et autres substances analogues, enfermées dans une bouteille ouverte, ont un sort tout à fait different, quand le col de la bouteille est droit, ou quand il est recourbé à angle droit. Cette simple expérience ouvrait véritablement une ère nouvelle. Dans le flacon à col droit, l’urine se décompose en peu de jours, et devient fétide; dans le flacon à col recourbé, l’urine se maintient intacte pendant des semaines.
Dans les deux cas, l’air, l’oxygène de l’air, entre sans difficulté; ce n’est donc pas lui qui amène la fermentation
putride. Sans aucun doute ce sont des poussières, des organismes végétaux ou animaux, qui tombent suivant la loi de la gravité dans le flacon à col droit, mais qui ne peuvent entrer par le col recourbé. Il nous suffit, à nous chirurgiens, de savoir que l’air est rempli partout de ces ferments nuisibles; que la décomposition, la fermentation putride 11e proviennent pas de l’air en lui-même, mais des ferments qui y sont contenus.
Cette découverte rend compte de bien des faits que nous utilisions depuis longtemps avec succès, sans nous en faire une idée exacte. La guérison sous une eschare, la marche sans réaction des plaies sous-cutanées, des fractures non compliquées, s’expliquent à l’instant. Et nous avions vécu par contre avec la fausse théorie, que nous devions ces beaux résultats au manque de communication avec l’air lui-même. — Considérez ces organismes comme des animaux ou des plantes, appelez-les bactéries, monades ou champignons; il n’importe au but de la chirurgie. Le chirurgien laissera tranquillement ces questions entre les mains d’autres savants. Il lui suffit d’être persuadé de la présence et de l’action de ces éléments nuisibles, et d’avoir des ressources contre leur funeste influence.
Les beaux travaux de Lister, Hueter, Spiegelberg, et d’autres encore, nous ont éclairés sur cette question si importante entre toutes. Une brûlure grave, suivie jusqu’à présent d’une réaction fébrile intense, a une marche tout à fait simple, si les ferments dont nous venons de parler sont rendus inoffensifs par le pansement antiseptique. Cette expérience nous prouve tout ce que nous pouvons demander.
Nous savons maintenant quelles sont les conditions d une première intention, d’une guérison sans réaction, sans fièvre.
Mais comment satisfaire à ces conditions ? Comment enlever à ces ferments leur danger ? Comment éviter ainsi la suppuration envahissante?
L’idéal d’un pansement est sans contredit résumé dans cette formule : Repos, écoulement facile des sécrétions de la plaie, état antiseptique. Le pansement ouvert nous offre, à vrai dire, les deux premières conditions; mais à côté de cela, ses qualités antiseptiques sont insuffisantes. Vous estimerez peut-être qu’il n’est absolument pas question de rendre antiseptique le pansement ouvert. Croyezmoi, Messieurs, les beaux résultats de ce pansement sont dus, en grande partie, à ce qu’il est antiseptique jusqu’à un certain point.
Les découvertes importantes du professeur de Nægeli l’ont démontré. Elles ont prouvé que les ferments (les scliizomycètes), si dangereux pour la plaie, sont arrêtés dans leur développement, et perdent leur action, quand leur nourriture devient trop concentrée. C’est assurément le cas pour le pus dans le pansement ouvert : l’évaporation en amène l’épaississement. Introduisez quelques-uns de ces organismes nuisibles dans de l’eau faiblement sucrée : ils s’y multiplient en peu de temps par millions. Par contre, si vous les introduisez dans de l’eau sucrée concentrée, l’expérience échoue, pas de multiplication. Évidemment, une nourriture concentrée à ce point n’est pas assimilée par ces organismes. C’est certainement ainsi que le pansement ouvert est antiseptique. Mais, je le répète, l’expé-
rience clinique prouve que ce pansement ne suffit pas, et donne de beaucoup la préférence au pansement de Lister.
On trouve des bactéries sous le pansement antiseptique ; que cela n’ébranle pas votre confiance. Des faits sont là. Des résultats inouïs, qu’on n’avait jamais imaginés auparavant, anéantissent le moindre doute sur l’action du pansement antiseptique. Il y a des bactéries partout. Le professeur Klebs en a trouvé même dans le liquide ventriculaire d’un cerveau normal. La question est donc de savoir si ces bactéries peuvent exercer leur action nuisible ou non. Or, les succès que vous voyez chaque jour prouvent qu’elles ne peuvent le faire sous le pansement de Lister 1 . Nous ne pouvons attribuer ces succès à aucun autre facteur, pas le moindre changement n’ayant eu lieu dans notre Clinique, excepte celui de la méthode de pansement.
Qu’on prenne de l’acide phénique, ou de l’acide salicylique, ou du chlore liquide, ou d’autres substances pour neutraliser l’influence nuisible des organismes source de la décomposition, c’est en somme bien indifférent. Hegar et Spencer Wells ont publié de beaux résultats obtenus sans le pansement de Lister; je vous rappellerai encore une fois qu’il faut distinguer entre la possibilité d’avoir de tels résultats, ou la certitude d’y atteindre.
Spencer Wells a guéri souvent une longue série d’ovariotomies sans un insuccès ; une autre fois, il en voyait mourir 6-7 l’une après l’autre. — Je ne crois pas que pareille chose arrive jamais à un adepte sérieux du pansement de Lister. Spencer Wells avoue aussi lui-même que
1 Voyez sur ce sujet la très importante communication de M. Watson Cheyne, in Lancet, n° du 17 mai 1879. ( Trad .)
jamais, malgré son spacieux hôpital, malgré son admirable propreté, il n’a vu une ovariotomie présenter une marche aussi régulière, aussi totalement afébrile, qu’avec l’usage du pansement antiseptique. Par cette méthode, on constate fréquemment une marche de ce genre, l’opération eût-elle même été faite par des chirurgiens dont l’art et l’expérience dans cette spécialité restent bien loin derrière ceux de Spencer Wells. Même dans notre hôpital encombré outre mesure, nous avons vu des ovariotomies guérir sans la moindre réaction fébrile. D’ailleurs, aujourd’hui, Spencer Wells considère comme un devoir de se servir de la méthode antiseptique.
Ne croyez pas non plus, Messieurs, que des opérateurs comme Spencer Wells, Kœberlé, Hegar, qui obtiennent sans la méthode de Lister des résultats admirables, y arrivent sans prendre aucune précaution. On reproche souvent au pansement de Lister la grande peine et l’attention qu’il réclame. J’estime, pour moi, que la méthode de Hegar est encore pire sous ce rapport.
L’opérateur, ses aides, les infirmières, prenaient un bain chaud avant l’opération et revêtaient des habits neufs. Chacun des assistants devait donner l’assurance de n’avoir pas depuis 3 jours passé le seuil des salles de dissection, ni vu un cas de maladie infectieuse. On faisait en outre un usage étendu de chlore liquide, etc.
Les résultats de Hegar sont sans doute très intéressants et instructifs. Mais son procédé n’est certes pas plus commode que celui de Lister, et on peut encore moins le nommer plus sûr.
Accepter la méthode si profondément conçue par Lister,
méthode qui ira encore été dépassée par aucune autre, ce n’est pas se livrer à un fanatisme aveugle, ou à une imitation plate et servile; non, c’est suivre la force de la conviction. Plus d’un chirurgien est empêché de le faire par l’égoïsme, la fierté et l’orgueil de sa grandeur.
Vous penserez donc avec moi que nous sommes obligés d’employer tout ce que nous savons être utile, de faire tout ce que nous pouvons, quand il s’agit d’opérations graves, par exemple de laparotomies, etc. Le meilleur et le plus sûr, c’est de joindre au pansement de Lister toutes les mesures de précaution qu’employaient Spencer Wells et Hegar; M. de Schrœder, à Berlin, l’a démontré. La méthode antiseptique enlève le principal danger, savoir celui de la putréfaction des sécrétions de la plaie. C’est là le point principal, car, comme vous l’avez entendu, c’est de là que partent tous les dangers et toute réaction inflammatoire.
Vous emploierez le matériel de Lister, proprement dit; ou les préparations à l’acide salicylique, avec lesquelles le professeur de Thiersch a réalisé les idées de Lister ; ou l’acide salicylique, tenu en solution par le borax, comme l’a essayé le professeur de Langenbeck; ou bien, vous laisserez continuellement dégoutter d’un récipient de l’eau phéniquée sur la plaie; ou bien enfin, vous appliquerez des compresses imbibées d’eau phéniquée, à l’instar du piotesseur de Bardeleben; cela revient au même.
Mais employer tout cela en même temps, c est appelei une confusion facile; en outre, on ne peut acquérii 1 habileté nécessaire à chacune de ces méthodes. Aussi, je me contenterai de vous démontrer le pansement de Lister
primitif, tel que vous l’avez vu appliqué à tous les malades, et en toute occasion. Je n’ai pas encore pu prendre sur moi de modifier déjà le pansement de Lister pur et simple. Nous lui sommes redevables d’une reconnaissance immense. En outre, une modification ne pourrait jamais que donner des résultats également bons. J’en suis donc resté au pansement de Lister tel qu’il était au début. Des expériences comparatives lui ont toujours assigné le premier rang. L’avenir nous apprendra comment on pourrait simplifier ce pansement, sans porter atteinte à son efficacité. — Je vais maintenant grouper ensemble tout ce que vous avez vu dans mon service.
Que devez-vous avoir sous la main, si vous voulez pratiquer le pansement de Lister ?
1° L’eau phéniquée à 5%-
Acide phénique cristallisé très pur . . 50 grammes.
Eau distillée 950
Cette solution sert à l’opérateur et à ses aides pour se laver les mains avant chaque opération et avant chaque pansement. Elle sert aussi à laver le champ d’opérations, et les régions voisines d’un ulcère.
En outre, on place dans cette solution les instruments avant et pendant l’opération; on l’emploie pour laver les canules et les sondes.
Enfin, elle sert à remplir le pulvérisateur à vapeur. A vrai dire, il ne faut pulvériser sur la plaie que de l’eau phéniquée à 21/e °/0* Mais le pulvérisateur à vapeur mélange sa vapeur d’eau au nuage phéniqué, et le dilue de moitié.
2f> MATÉRIEL NÉCESSAIRE POUR FAIRE
Les mains d’un chirurgien qui a beaucoup d’opérations et de pansements à faire, deviennent bientôt rudes, souvent môme douloureuses, sous l’influence de cette solution phéniquée. Aussi, dans ces derniers temps on se désinfecte ordinairement les mains avec de la vasiline phéniquée, faite avec 90 grammes de vasiline et 10 grammes d’acide phénique. Ce mélange pénètre dans tous les pores et les plis de la main, désinfecte bien, et empêche les mains de devenir rudes.
Une autre et très désagréable conséquence d’avoir les mains rèclies, c’est que la main perd la délicatesse du toucher, prend un certain degré d’anesthésie. C’est peu pratique pour le chirurgien dont l’index est un œil, pour ainsi dire.
2° Plusieurs bouteilles d’eau phéniquée à’ 2 7, %,
désignée d’ordinaire par la simple expression eau phéniquée.
Acide phénique cristallisé très pur. 25 grammes.
Eau distillée 975
S. Eau phéniquée.
Cette eau phéniquée est destinée, comme vous le verrez plus tard, à mouiller le pansement, à laver les plaies, à remplir le pulvérisateur de Richardson (à air).
3° L’huile phéniquée à 5%.
Acide phénique cristallisé très pur . . 5 grammes.
Huile d’olives pure 95
S. Huile phéniquée à 5°/„.
Cette huile sert à graisser les sondes, les spéculums, le doigt ou les mains.
4° L’huile phéniquée à 10ü/0-
Acide pliéni que cristallisé très pur . . 10 grammes.
Huile d’olives pure 90
S. Huile phéniquée à 10%.
Cette huile sert à imbiber le lint 1 destiné à être introduit dans les plaies profondes, par exemple après avoir évidé des os cariés à la curette, ou enlevé un cancer par le grattage.
5° L’émulsion salicylique.
Acide salicylique cristallisé 5 grammes.
Eau distillée 100
S. Emulsion salicylique.
Cette émulsion, comme nous le dirons plus tard, est employée de préférence à l’eau phéniquée pour imbiber les pièces d’un pansement que l’on veut laisser en place plus longtemps qu’à l’ordinaire. Il faut la secouer avant l’usage, car 5 grammes ne se dissolvent pas dans 100 grammes d’eau, mais seulement dans 1500 grammes.
6° La solution de chlorure de zinc à 8 %.
Chlorure de zinc 8 grammes.
Eau distillée 92 »
S. Solution de chlorure de zinc.
1 Le lint est une étoffe de coton, lâche et épaisse, remplaçant la charpie. ( Trad .)
Cette solution est destinée à rendre aseptiques des plaies, des ulcères dans lesquels ont déjà pénétré les ferments nuisibles.
7° Deux pulvérisateurs de Richardson, pour produire le spray, ou brouillard phéniqué.
Le pulvérisateur à vapeur de Lister est beaucoup plus complet, plus simple; on s’en sert maintenant partout. L’appareil ressemble aux pulvérisateurs ordinaires pour le larynx, mais il est beaucoup plus solide et plus fort. Les derniers appareils d’après Lister possèdent en outre une fort ingénieuse lampe à esprit-de-vin, qui assure contre toute explosion et contre plusieurs autres inconvénients des anciens pulvérisateurs à vapeur.
La maison Stiefenhofer, à Munich, m’a construit pour la Clinique un pulvérisateur à air, agissant de deux côtés, et mis en action par l’air comprimé. L’appareil est fait d’après le modèle de ces machines à air comprimé, qui servent à rafraîchir la bière.
Le professeur de Thiersch, à Leipzig, a utilisé dans le même but la pression d’une colonne d’eau.
Pour une salle d’opérations, un appareil de ce genre est aussi pratique qu’économique; il est prêt à fonctionner à l’instant; on n’a pas besoin d’attendre l’ébullition de l’eau, ce qui demande pour le pulvérisateur à vapeur 8-10 minutes.
Une installation de ce genre coûte environ 375 fr. Un petit pulvérisateur à vapeur coûte 37 fr. 50. Un petit pulvérisateur à vapeur, nouveau modèle, fr. G2.50, un grand
fr. 122.50 \ Un pulvérisateur de Richardson, avec soufflerie à main, revient à fr. 18.75.
Nous voici arrivés aux objets composant par excellence le pansement de Lister.
8° Le silk, ou mieux le protective. C’est un taffetas ciré, mince, vert, recouvert d’un mélange de dextrine,
1 partie, amidon, 2 parties, eau phéniquée à 5 °/0 ? 16 parties.
Le protective représente une enveloppe très mince et flexible, pour les plaies et ulcérations. Le revêtement dextriné est nécessaire parce que le taffetas ciré prend l’eau très difficilement. Donc on n’aurait pas pu le laver, ce qui est absolument indispensable ; car sur ce taffetas peuvent déjà se trouver des ferments nuisibles en masse.
9° La gaze antiseptique. C’est là le matériel de pansement spécial de Lister.
La préparation en est quelque peu compliquée. On coupe de la gaze ou mousseline de coton, blanchie ou non, en pièces de 6 mètres de longueur et 1 mètre de largeur. On chauffe 2-3 heures durant ces pièces dans un récipient de zinc entouré d’eau bouillante. Puis on étend l’étoffe, et on la mouille, au moyen d’une seringue, avec le mélange suivant très chaud : 1 partie d’acide phénique cristallisé, 5 parties de résine ordinaire, 7 parties de paraffine. La résine a pour but de prévenir la trop rapide évaporation
1 La maison Collin, à Paris, construit un pulvérisateur à vapeur du prix de 115 francs avec lampe de Lister, et de 95 francs avec lampe ordinaire. (Trad.)
de l’acide phénique, la paraffine empêche l’étoffe de s’attacher. — Une fois mouillée de cette façon, la gaze revient dans le récipient de zinc, et y reste pendant 1-2 heures. On la charge d’un poids afin que le mélange se distribue également dans tous les sens et qu’elle se sèche. La gaze sèche est pliée dans du parchemin végétal et conservée dans des boîtes de métal.
Pour faire un pansement, des morceaux de gaze pliés en 6-8 doubles, de la grandeur de la main, sont plongés dans l’eau phéniquée, débarrassés de l’excès d'eau par torsion, et appliqués directement sur le protective. C’est ce qu’on appelle la gaze perdue. Ensuite on applique huit couches de gaze sèche, qui doivent dépasser de beaucoup la plaie : entre la septième et la huitième couche se place le mackintosh, que nous allons décrire de suite. Enfin le tout est fixé avec soin par des bandes larges comme là main, faites avec la même gaze.
10° Le mackintosh est une étoffe imperméable faite de coton et de caoutchouc. On en place un morceau entre les deux dernières couches de gaze antiseptique; il est coupé dans toutes les directions un peu plus petit que la gaze. A sa place on peut employer aussi de la gutta-percha laminée, mince comme du papier. Le mackintosh a pour but d’empêcher les sécrétions de la plaie de traverser en certains points le pansement, et de venir se décomposer a l’air. Sous le mackintosh, le pus doit se répandre dans la gaze dans toutes les directions : la gaze l’absorbe et le désinfecte.
Si, malgré le mackintosh, l’écoulement de la plaie par-
vient à se montrer à la superficie du pansement, il est grand temps de changer celui-ci.
11° Le catgut. On le prépare avec l'intestin grêle du mouton; mais tel qu’on le trouve dans le commerce, il est hors d’état d’être employé.
On le place, avant l’usage, 2 à 3 mois dans une émulsion faite avec: huile grasse, 5 parties, acide phénique liquide, 1 partie (ce dernier s’obtient en ajoutant 1 0°/0 d’eau a l’acide en cristaux). Le catgut prêt à l’usage est conservé dans l’huile phéniquée.
Le catgut est sans contredit la plus grande invention de Lister. Vous le savez, avec le catgut on peut lier les artères solidement et sûrement, on peut suturer des plaies, sans imposer à l’organisme la présence de corps étrangers.
N’est-il jias fort agréable de pouvoir couper courts les fils de la ligature, et de pouvoir sans inquiétude les abandonner à leur sort ? C’est un avantage qui ne peut être assez apprécié, dans les ovariotomies, par exemple, etc. Le processus par lequel le catgut se fixe à l’artère, s’unit peu à peu avec le tissu ambiant, et contribue à transformer le revêtement artériel eu un anneau fibreux, est un phénomène des plus heureux. Ce processus nous garantit contre les hémorragies secondaires des troncs liés dans la continuité ; il permet aussi de placer sans danger la ligature tout près d’une branche collatérale. De très exactes recherches microscopiques ont montré même que la ligature au catgut augmente la force de résistance du vaisseau, et qu’elle s’unit à lui solidement par du tissu conjonctif.
Le catgut est excellent aussi pour la suture. Par exein-
pie, dans un cas de prolapsus vaginal, on enlève du vagin un morceau myrtiforme, et on ferme la plaie par la suture. Autrefois, il était plus difficile d’enlever les fils de soie après la réunion de la plaie, qu’il ne l’avait été de les placer. Aujourd’hui, nous abandonnons les fils à leur sort, le catgut est résorbé, et les nœuds tombent d’eux-mêmes,
L’opérateur trouve donc son profit et son agrément dans ces remarquables propriétés.
12° La ouate salicylique. Je dois introduire cette ouate dans votre boîte à pansement, car je veux vous mentionner tout ce que vous m’avez vu employer. Elle n’appartient pas à vrai dire au pansement de Lister. L’acide salicylique ne se dissout dans l’eau qu’au ysoome. Voici la méthode qui permet de préparer de la ouate salicylique à 3, 4, 10, 11% : La ouate est dégraissée par coction avec une lessive de potasse et un lavage à l’eau ; puis elle est séchée. Prenez, par exemple, 10 kilogr. de cette ouate dégraissée et introduisez-la, couche après couche, dans un mélange composé de 1 kilogramme d’acide salicylique, dissous dans 1 kilogr. d’alcool (de la densité de 0,0830), et 60 litres d’eau à 80° centigr. La ouate reste quelques heures dans la solution. Puis on l’étend sur des planches pour la sécher, et on la conserve dans du papier : c’est la ouate salicylique à 1 0 °/0 . Mieux vaut encore le jute salicylique. Le jute est une fibre végétale, qui est ordinairement travaillée avec de l’huile de foie de morue. Pour notre but, on la traite simplement par l’eau, et on la divise aussi finement que du lin. Pour avoir le jute salicylique à 4%, mettez 2500 grammes de jute dans un mélange de 75 grammes
d’acide salicylique, 500 grammes de glycérine, et 4500 gr. d’eau. L’acide salicylique y est très également réparti.
Je me sers de la ouate salicylique surtout pour adapter parfaitement le pansement de Lister au corps du malade. Je recommande fortement cette méthode à ceux qui ont peu d’habitude du pansement ; celui-ci n’a pas d’efficacité quand il ne plaque pas bien à la peau, l’air peut arriver à la plaie sans que ses ferments aient été annihilés. En remplissant avec soin toutes les fentes et les angles du pansement avec de la ouate salicylique, on peut satisfaire aux lois de Lister, même avec peu d’expérience. — Il est possible aussi que l’union de pièces de pansement à l’acide salicylique et à l’acide phénique produise deux effets différents également bons : peut-être l’acide salicylique détruit-il d’autres ferments que l’acide phénique ; peut-être aussi, pris ensemble, leur action est-elle plus intense. Je n’ose émettre un avis sur ce point. Mon désir est de rendre plus facile l’exécution parfaite du pansement de Lister \
1 Tous ces objets sont préparés en grand dans les fabriques de matériel de pansement, par exemple dans la fabrique internationale de Schaffhouse (Suisse), ou dans la fabrique de M. Arnold, à Chemnitz en Saxe. Je me fournis de tout au prix de fabrique chez MM. Stiefenhofer frères, à Munich. Voici à peu près le prix des objets de pansement de Lister :
5 mètres et demie de gaze antiseptique, fr. 2. 50.
1 flacon de catgut contenant deux pièces de catgut, fr. 1.25.
1 mètre carré de mackintosh, fr. 4.50.
1 mètre carré de protective, fr. 9.
100 grammes de ouate salicylique à 4 °/o, fr. 1. 20.
100 grammes de ouate salicylique à 11 %, fr. 1.50.
100 grammes de jute salicylique à 11 °/o, fr. 1. 10, à 4 °/o, fr. 0. 75.
(Ces prix sont empruntés au prix courant de la fabrique internationale de Schaffhouse. ( Trad .)
A l’hôpital nous faisons notre gaze nous- mêmes. Mon chef de clinique,
Outre ce que nous venons de mentionner, il vous faudra encore faire provision d’éponges.
13° Eponges. Eponges petites pour les opérations et le pansement, grandes, pour faire la compression élastique et prévenir les hémorragies parenchymateuses.
Les éponges seront d'abord parfaitement débarrassées de leur sable par un battage, puis lavées plusieurs fois à l’eau distillée. Enfin, entre les moments où l’on s’en sert, elles seront toujours plongées dans de l’eau phéniquée à 5%.
Vous vous êtes vous-mêmes convaincus de la valeur d’une compression faite avec de grosses éponges. J’attirerai encore votre attention sur ce point, quand je parlerai de l’emploi du matériel de Lister, ce procédé me semble tout à fait indispensable.
14° Drains. Il faut aussi les préparer d'avance. Les drains auront de 3 à 12 centim. de longueur, et seront en caoutchouc de différente force et de différents numéros. Leur extrémité supérieure sera coupée obliquement, l’extrémité inférieure transversalement. Celle-ci est un peu incisée, on y attache deux anses de soie pour retrouver le drain plus facilement, s’il vient à glisser dans une plaie en canal, et pour maintenir sa lumière ouverte. Lister a extrêmement employé le drainage. Les blessures, les plaies
M. le Dr Lindpaintner, rapporta d’Édimbourg, où il se trouvait pour la deuxième fois étudiant le pansement de Lister, les plans de cette installation. Le mécanicien Esser, à Munich, a établi l’appareil à notre complète satisfaction. Il a coûté, il est vrai, 1,875 francs; mais c’est pour l’hôpital une économie annuelle de 6,250 trancs. En effet, la gaze fabriquée par nous ne revient plus qu’à 17,5 centimes le mètre.
d’opération les plus étendues sont fermées complètement par la suture, et on introduit des drains aux angles les plus déclives \
On peut aussi drainer les petites plaies avec un faisceau de 20-30 crins de cheval. Le revêtement épithélial des crins est lisse; il n’est pas imbriqué comme celui du poil humain. C’est pourquoi le crin fait un bon drain. Il va sans dire que les crins seront lavés avec de l’eau chaude et du savon, et parfaitement désinfectés avec la solution phéniquée à 5 % .
15° Soie antiseptique. De bons fils de soie de diverses épaisseurs sont placés pendant une demi-heure dans un mélange très chaud d’acide phénique, 1 partie, avec cire d’abeilles, 10 parties; puis on les essuie avec un linge et on les enferme dans un flacon. Cette soie est plus agréable que le catgut pour la suture ; celui-ci n’est d’ailleurs pas
assez solide pour plusieurs usages.
Il y a des cas où il est de la plus grande importance d’être sûr de sa ligature. Bien des opérateurs n’ont pas dans ces moments-là assez de confiance dans la solidité et la résistance du catgut, ils emploient alors la soie antiseptique. Elle n’est pas susceptible d’être résorbée, c’est vrai, mais on ne peut la considérer comme un corps étranger nuisible. Pour moi, je ne me sers depuis longtemps que du catgut pour toutes mes ligatures, et je n’ai pas encore fait une seule mauvaise expérience. Il est vrai qu’il se casse souvent quand on serre le nœud. Mais une fois noué, il m’in-
' Les drains, désinfectés, seront conservés dans l’eau phéniquée.
( Trad .)
spire une confiance complète, si on l’a choisi d’une grosseur suffisante. Aujourd’hui, on se sert aussi de crins de cheval pour la suture
Solution salicylique. C’est une solution concentrée d’acide salicylique dans de l’eau.
Acide salicylique cristallisé ... 3 grammes.
Eau distillée 900
S. Solution salicylique.
L’eau ne dissout que i/s %> si l’on n’y ajoute pas des sels, ce que je n’ai jamais voulu essayer.
Je me sers de la solution salicylique pour laver les plaies cavitaires, dans les cas où l’acide phénique en solution amène une sorte d’intoxication. On s’en aperçoit à la couleur vert foncé de l’urine, et à un léger malaise. On peut aussi faire le spray avec la solution salicylique, ce qui est recommandable pour les enfants; ceux-ci sont très exposés à l’intoxication phéniquée, elle est même souvent fort grave chez eux.
Solution borique.
Acide borique 35 grammes.
Eau distillée 1000
C’est une solution concentrée d’acide borique, qui a des
1 La soie phéniquée du professeur Cerny estfabriquée en faisantbouillir do la soie pendant une heure dans l’eau phéniquée à 5°/o. Onia conserve aussi dans l’eau phéniquée. Cette soie paraît être excellente dans certains cas, mais elle ne fera probablement jamais disparaître le catgut.
propriétés désinfectantes excessivement durables et très douces.
Elle sert à humecter le lint borique, à laver les plaies traitées avec ce lint. Elle est aussi très recommandable pour injections dans la blennorrhagie uréthrale, la cystite, les affections de la bouche, etc.
Lint borique \ C’est un lint imprégné d’acide borique, qu’on peut acheter de même que les autres préparations de Lister. C’est un excellent pansement pour certaines ulcérations, pour les brûlures, etc. Vous l’imbibez de solution borique, et vous le couvrez de gutta-percha laminée; ou bien vous le placez à sec sur un protective. .
Pommade borique.
Acide borique pulvérisé,
Cire blanche aa 10 grammes.
Huile d’amandes douces,
Paraffine aa 20
S. Pommade borique.
On étend en couche mince cette pommade sur une compresse ordinaire, on place ce linge sur les plaies cutanées après la suture, et le tout est fixé avec des morceaux de gaze ordinaire trempés dans du collodion. Par exemple, cette pommade protège la suture d’un bec-de-lièvre, de la résection du maxillaire supérieur.
Outre tout ce qui précède, il va sans dire qu’il faut avoir sous la main ce qu’on emploie ordinairement dans les opérations, sparadrap, lint, savon, irrigateurs, etc.
1 3 à 4 mètres de lint borique coûtent fr. 4.75.