COMMENT EMPLOYER LE MATÉRIEL DE LA MÉTHODE
Bien des praticiens s’imaginent qu’il suffit d’avoir au complet le matériel de Lister, d’en entourer une plaie, pour voir aussitôt surgir des merveilles. Ce n’est pas trop d’affirmer qu’aucune méthode connue jusqu’à ce jour ne réclame plus de soin, plus de zèle et plus d’expérience que la méthode de Lister. L’heureuse guérison, les succès admirés à bon droit par le monde entier ne s’obtiennent qu’en introduisant la plus grande minutie dans son exécution. Ceux de nos confrères qui ont visité plusieurs pays, pour y étudier les différents systèmes de pansement, ont tous constaté que les résultats du pansement de Lister sont étonnamment bons, là où on le fait dans toute sa rigueur; au contraire, quand on se plaint des résultats de la méthode de Lister, son exécution est fautive, incorrecte et incomplète.
Le célèbre Yolkmann n’a vraiment pas été trop loin dans ses affirmations. Dans les cas, a-t-il dit, où se présentent des complications inflammatoires de la plaie, malgré le pansement de Lister, la faute n’en est pas à ce pansement. Demandons-nous au contraire : En quoi avons-nous manqué aux préceptes de Lister? Jamais un malheur de ce
genre ne se présente, si on les a exécutés à la lettre. Lister a tout combiné avec soin, il n’a donné aucun conseil sans raison. Voilà pourquoi chaque omission amène sa punition, détruit nos espérances, et enlève le droit que nous avions d’arriver aux splendides résultats de Lister.
Je l’avoue, ces règles minutieuses et multiples me parurent d’abord bien misérables, une sorte de jeu. Mon doute tenait à ce que je n’avais pas observé le moindre résultat favorable, lorsque j’avais essayé les éléments du pansement de Lister contre la pourriture d’hôpital. Mes essais étaient restés sans succès, aussi bien qu’avec le pansement ouvert, le pansement occlusif, etc. Mais appliquer sur le malade le pansement de Lister, ce n’est pas suivre la méthode de Lister, il faut pour cela remplir encore toutes les conditions secondaires, avoir le spray, etc.
Il y a encore une ombre au tableau : les premiers résultats ne sont pas très brillants, en général. L’habitude a une influence énorme sur le succès. Bien que moi et mes internes eussions lu pendant des mois, étudié comment nous disposerions tout pour un essai, nous fîmes cependant au début beaucoup de fautes. Aujourd’hui nous n’en sommes pas encore complètement débarrassés. Je crois volontiers Volkmann, quand il nous raconte que ses résultats baissaient pendant le mois où il avait de nouveaux internes, encore novices.
Abordons maintenant la question des frais considérables , toujours rappelée comme une raison de ne pas accepter la méthode antiseptique. Ces frais ne sont pas énormes, surtout pour un hôpital. La durée du séjour des malades est
diminuée, on retrouve donc sur les frais d’entretien ce que 1 on dépense pour le pansement.
Le prix d’un pansement serait par exemple pour une amputation de la cuisse :
1° Pansement phéniqué de Lister.
300 centim. carrés de protective. . . fr. 0. 18
2 mètres carrés de gaze antiseptique . » 0. 88
1000 centim. carrés de mackintosh . . » 0.38
10 met. de bandes de gaze antiseptique. » 0. 50
Total fr. 1. 94
2° Pansement à la ouate salicylique d’après Thiersch.
300 centim. carrés de gaze antiseptique . fr. 0. 02 20 grammes de ouate salicylique à 11% » 0. 30
70 grammes de ouate salicylique à 4% . » 0. 70
10 mètres de mousseline ordinaire . . » 0. 50
Total fr. 1. 52
3° Pansement sec au jute salicylique d’ après Thiersch.
300 centim. carrés de gaze antiseptique . fr. 0. 02 140 grammes de jute salicylique à 4% . » 0. 62
10 mètres de mousseline ordinaire . . » 0. 50
Total fr. 1. 14
En préparant soi-même la gaze antiseptique, comme nous le faisons maintenant dans notre hôpital, le pansement de Lister devient beaucoup meilleur marché. Euelfet, lemètre de gaze, qui coûte dans le commerce 42.5 centimes, ne revient plus qu’à 17.5 c. Le pansement phéniqué pour amputation de cuisse reviendrait alors, non plus à fr. 1.94, mais à fr. 1.39.
Admettons qu’autrefois le pansement ne coûtait rien, ce qui n’est pas exact. Malgré cela, la caisse de l’hôpital trouve encore son avantage au nouveau système. Jamais maintenant un amputé 11e séjourne plus de 30-40 jours dans nos salles. Souvent il 11’a besoin que de 4 à 5 pansements, au plus de 7-8. Faisons notre compte, en prenant partout le maximum :
40 jours de frais d’entretien à fr. 2.50 = fr. 100 —
8 pansements à . . . . fr. 1.39 = fr. 11.12
Total fr. 111.12
Autrefois les rares amputés qui ne mouraient pas de pyémie, restaient à l’hôpital 140-180 jours ; ils avaient 2 ou 3 érésipèles, et s’affaiblissaient au point de ne pouvoir de longtemps quitter leur lit. Ne comptons pas même un centime pour l’ancien pansement, nous avons pour frais d'entretien :
180 X 2.50 = 400 francs.
C’est donc maintenant pour chaque amputé une économie de 289 francs.
Dans ces derniers temps, nous avons congédié des amputés, complètement guéris et robustes, au bout de 14 jours; il ne leur avait fallu que 4 pansements. Un malade dans ce cas a coûté :
14 X 2.50 pour frais d’entretien = fr. 35 —
et 4 X 1.39 pour pansement = » 5.56
Total fr. 40.56
C’est-à-dire 360 francs de moins qu’autrefois.
La durée moyenne du séjour dans notre Clinique n’a pas sensiblement baissé. Cela se comprend, en voyant que des blessures graves, des fractures compliquées, qui mouraient
autrefois au bout de 8 à 10 jours, demandent à présent 90 à 100 jours pour se remettre.
Je vois à chaque instant des chirurgiens, se croyant de vrais adeptes de Lister, inonder les plaies d’acide pliénique. Ils s’imaginent pratiquer ainsi très exactement le pansement de Lister. Mais Lister ne met en contact avec la plaie que le moins d’acide phénique possible. Sa première loi, c’est : Laissez la plaie à elle-même! Le protective a justement pour but de garantir la plaie du contact direct des préparations phéniquées. Il faut cependant de l’acide phénique pour désinfecter l’air qui arrive nécessairement à la plaie à travers le pansement, et pour prévenir la décomposition du pus \
C’est la raison pour laquelle on exige des pansements si étendus et si bien appliqués. Il ne faut pas que l’air puisse arriver à la plaie sans avoir filtré à travers l’étoffe désinfectante. Le pansement doit avoir assez d’épaisseur pour suffire à l’absorption du pus, et à sa désinfection.
Voici maintenant quelques exemples, que vous connaissez déjà pour la plupart, destinés à vous instruire de tout ce qu'il est indispensable de faire pour suivre la méthode antiseptique.