‹ Le pansement plâtré dans les plaies de guerreChapitre 9 sur 48 · A TOUS MES AMIS · texte numérisé non relu

A TOUS MES AMIS

Au moment où la guerre donne une douloureuse actualité au traitement des plaies graves en en multipliant le nombre, il peut sembler inopportun de vouloir reprendre l’étude des travaux consacrés depuis longtemps à la question.

Nous vivons en effet une période de transition, et nos idées, fondées sur l’expérience de la dernière guerre, sur celle de la guerre d’Espagne, sur les méthodes de la pratique civile aussi, risquent de paraître périmées lorsque l’expérience nouvelle aura permis des études, des statistiques, des conclusions.

Nous savons aussi que les indications et la technique du traitement des plaies de guerre peuvent être infiluencées, non seulement par de nouvelles données d’ordre scientifiques, mais aussi par les conditions mêmes du traitemeut, les circonstances matérielles d’où dépendent l’heure de l'intervention, la précocité et la durée de l'évacuation, la possibilité d’une surveillance personnelle des opérés.

Si nous ne pouvons espérer hi à des conclusions définitives, il nous a du moins semblé intéressant de faire une révision des idées à retenir concernant le traitement des plaies de guerre par le pansement plâtré, en nous efforçant d’en préciser les indications et contre-indications actuelles. |

Les nombreuses publications récentes sur ce sujet, les discussions passionnées qui ont occupé l’Académie de Chirurgie, nous ont montré des divergences de vue considérables, du moins en apparénce.

Nous avons osé tenter une synthèse prudente sans aucun parti pris, sans esprit dogmatique, en espérant aboutir à des conclusions simples et acceptables au moins provisoirement.

Nous croyons, en effet, qu’il serait puéril et dan- °gereux, de plâtrer indistinctement toute plaie des membres, entraîné par un souci de « modernisme », et au mépris des notions patiemment acquises au cours de la dernière guerre. Il ne faut pas que des blessés soient les victimes de la « mystique espagnole », suivant l’expression de notre maître, le Docteur Capette. Il ne faut pas davantage méconnaître les avantages qu’une méthode peut rendre et qu’elle a déjà rendus en France, puisqu'elle remonte à Ollier, et même en Espagne, où elle a permis des évacuations massives dans les conditions lamentables imposées par la déroute.

1% l: ne faut pas tie rappaiel plâtré appli Fe qué après le traitement régulier d'une plaie, et . 7} l'emballage dans un plâtre d’un blessé ramassé sur "AR le champ de bataille. » (Lambert. ) |

Nous pensons comme notre maître, le Docteur Chevrier, que le pansement plâtré peut être la meil- . leure ou la pire des choses. Au chirurgien de savoir lutiliser avec la prudence et le discernement indis- Lt nt ; pensables. D RQ AS 6 Se a Far Notre travail, précédé d’une bière étude histo-

ARS rique, consistera d’abord dans l’examen des bases te physiologiques sur lesquelles repose la méthode du plâtrage des plaies, c’est-à-dire leur évolution spon- tanée, tissulaire -et bactériologique, et jsurtout le’

rôle anti-inflammatoire de l’immobilisation plâtrée,

et du pansement rare, méthodes généralement ! associées. f 34 a . k OT AIRE “ Nous discuterons ensuite les indications et les

contre-indications du traitement envisagé, qui ne se présente nullement comme la méthode de choix, à employer toujours, mais du moins comme un procédé capable de rendre de grands services, à la double condition d’une indication bien choisie et d’une technique parfaite.

Nous étudierons cette technique et ses résultats, en cherchant à tirer des trop nombreuses complications observées, les enseignements qu’elles com-

portent. Les plus mauvaises | séries sont aussi instructives que les meilleures statistiques. Nous nous efforcerons ainsi d’ aboutir à des conclusions.

Nous avons renoncé, et nous nous en excusons, à fournir nos quelques observations personnelles. Quelques observations n’apportent rien de nouveau à un aussi vaste sujet. On ne peut tenir compte que de statistiques importantes; encore Leriche demande:t-il avec raison, qu’elles soient non seulement consciencieuses, mais précises, ne comparant que des choses comparables, ne comprennent que des blessures de même gravité, traitées exactement dans les mêmes conditions. C’est sans doute ainsi que des progrès se feront, écartant le danger des infections graves, et celui infiniment moindre, des cicatrisations interminables. Quelque soit l’importance d’une récupération rapide des blessés, en temps de guerre surtout, « la chirurgie idéale n’est pas celle qui gagne quelques jours ou quelques semaines dans le traitement d’une plaie, mais celle qui n’expose pas le patient à perdre la vie. » (Moure.)

Nous avons par ailleurs limité notre sujet, encore si vaste, aux plaies de guerre. Nous ne niéconnaissons pas ce que cette limitation a d’artificiel. Nous croyons, comme beaucoup d’auteurs, qu’il ne faut pas opposer les plaies de guerre et les plaies de la pratique civile, mais que les unes et les autres

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sont des plaies contuses et souillées et qu’il est difficile d'attribuer aux unes ou aux autres une gravité plus grande. Nous croyons surtout qu’il n’y a pas une chirurgie de guerre, et une chirurgie du temps de paix, la première qui serait collective, et la seconde individuelle. Il y a une chirurgie des traumatismes, et ce sont ses conditions d’application qui peuvent différer. Aussi nous n’hésiterons nullement à utiliser, pour notre documentation, des iravaux consacrés à des blessés du temps de paix.

Îl reste enfin à préciser quelques définitions pour éviter toute confusion sur le sens des mots :

« Pansement plâtré » ou « plâtrage » est le terme le plus général, qui s’applique aussi bien aux pansements rares qu'aux pansements de surveillance, aussi bien au plâtre fermé circulaire qu’au plâtre à fente, aussi bien au plâtre de traitement qu’au plâtre de transport. L'association du pansement rare et de l’immobilisation plâtrée est en effet habituelle, mais elle n’est pas obligatoire. Il s’agit de deux méthodes associées, mais non confondues.

« Pansement rare sous plâtre », a un sens plus

restrictif quant au type de pansement, mais non quant au plâtre, qui peut être circulaire ou non.

« Cure occlusive » ou « occlusion de la plaie », a un sens particulier : plâtre fermé, appliqué direc-

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tement sur la plaie, sans l’intermédiaire d’un pansement.

Nous ne croyons pas devoir conserver le terme de « méthode espagnole » : ce terme est inexact, et imprécis.

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