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LES ID^ES PANSLAVES ET LA POLITIQUE

Les premieres applications chez les peuples slaves. — Samo, Svatopluk et I'erapire morave. — Premysl Otokar. — • Insatiabiles Teutonicorum hiatus. — Charles IV et TEvangeliaire de Reims. — Les hussites et la Pologne. — Polonais et Russes. — Adam Kisel.

Si les pontes, les historians, les publicistes ont eu rid^e de la solidarity slave, il faut reconnaitre que les chefs des peuples n'ont pas eu souvent les intentions de la r^aliser. Laissons de c6td Tempire ^phem^re de Samo (vu* si^cle) qui s*^tendait, — a ce qu'il" semble — des rives de TAdriatique jusque chez les Sorabes et qui ne surv6cut pas a son fondateur, Ne menlionnons que pour m^moire celui du prince morave Svatopluk qui au ix® si^cle r^unit a la Boh^me une partie des pays slovaques et polonais. Svatopluk avait pr6vu le mal que Tanarchie apporterait a ses compatriotes et. ses predictions se r6alis^rent. Son nom est rest^ dans un proverbe national. Un dicton populaire dit en parlant de celui qui cherche une chose introuvable : II cherche Svatopluk. Et la po6sie populaire chante encore son souvenir.

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« Pr^s du large Danube, pr^s des flots 6cumants de la Morava saigne le cceur bless6 des Slaves.

« patrie de nos nobles aieux, th^Mres retentissants de nos anciennes luttes, tu gis ensevelie dans ta vaste 6tendue. La fl^che du malheur a transperc^ ta poitrine.

« Ton temps est pass^ ; ta gloire s'est endormie du sommeil ^ternel, les rochers et les mines couvrent le casque de Svatopluk 1 Parfois seulement du sein de Toubli un souvenir s'envole au del dans une chanson. »

Et encore :

« Nilra, ch^re Nitra, blanche Nitra ! * ou sont les temps ou tu florissais? Nitra, ch^re Nitra! m^re des Slaves, quand je te contemple il me faut pleurer.

« Tu ^tais nagu^re la m^re de tons les pays od coulent le Danube, la Vistule et la Morava. Tu 6tais la residence de Svatopluk, quand r^gnait sa main puissante. Tu 6tais la ville sainte de M6thode, quand il pr^chait a nos p^res la parole de Dieu. Aujourd'hui ta gloire est voil^e d'ombre. Ainsi le temps change. Ainsi vale monde! »

Au X' si^cle Boleslavsr le Grand, roi de Pologne (992-1025) prend le titre de roi des Slaves et r^unit pour un instant les peuples situes entre TElbe et le Dnieper, entre la Baltique et le Danube. Mais cet^tat ^ph^mfere ne lui survit pas.

Au XIII* si^cle le roi de Boheme Premysl Otokar (1253-1278) est loin d'etre Tennemi des Allemands. II encourage leur colonisation en Moravie. Mais le

1 . Nitra, allemand Neutra, magyar Nyitra, ville de Hongrie BUT les confins de la Moravie.

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jour oh il voit se'^dresser deTant iui rambition inexorable de Rodolphe de Habsbourg^ il comprend qu'il a fait fausse route. Dans une lettre adress^e k un cardinal romain il se plaint ^nergiquement da tort que les Fibres Mineurs allemands font, en Boh^me et en Pologne aux Fr^res de langue slave, « ^ la honte de notre royaume etde notre langue slave. » Sa femme, la reine Cun^gonde tient, dans ane affaire du m^me genre, un iangage analogue k celui de son mari. Elle recommande aune abbesse sil^sienne des religieux tch^ques et polonais, « attendu qu'ils sont dq notre langue. »

Premysl Otokar invoque Taide des Polonais centre Rodolphe de Habsbourg et fait appel au sentiment de la splidarit^ slave. II ^crit a ce sujet des paroles qui pourraient servir d*6pigraphe a toute I'histoire des Slaves occidentaux : « Si le roi allemand nous soumet, la convoitise insatiable des Allemands se donnera libre^ carri^re et s'^tendra

aussi sur vous ».

Ici le texte latin est d'une merveilleuse Anergic :

M Insatiabiles teutonicorum hiatus ». La voyezvous cette gueule des Teutons qui s'ouvre pour engloutir les nations voisines ? La voyez-vous ?

Premysl Otakar continue :

u Nous sommes pour vous le plus siir rempart et, si nous ne pouvons echapper k la temp^te qui nous menace, vous etes votts et vos sujets menaces d^un grand danger, Lambition allemande ne se contenierait pas de voire soumUsion; la libre Pologne serait soumise d un joug affreux; notre peuple perirait tout entier, »

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Cette lettpe g^ne consid^rablement on historien* allemand de la Sil^sie, Grunhagen. II en conteste Tauthenticit^. II pretend qu'elle repr^sente quelque exercice de style d'un notaire tch^que du xiv* si^cte, Ce notaire aurail et6 singuli^rement perspicace et j'aimerais k eonnaitre son nom. II a pr^vu jusqn'au partage de la Pologne.

J'ai parl^ plus haut (p. 15) de Charles IV et de son 2^1e pour la d^jfense de la nationality et de ialangue slaves. Nous avons en France un curieux monument de ses sentiments slavopli/iles. C'est TEvangiliaire slavon de Reims dont j'ai public nagu^re une Edition fac-simil6*. Je rappelle seulement que Charles, d'accordaveclepape Cl^rhent II, avait fond^ h Sazava, aux environs de Prague, uil monastfere inaugur^ en 1372 ou des moines croates et tchfeques cel^braient la liturgie en langue slavonne.

La p^riode hussite ne fut pas seulement une p^riode de r^forme religieuse, mais aussi de reaction nationale. Jean Zizka, dans un de ses manifestes, declare qu'il veut venir en aide aux fiddles de TEglise et notamment de la langue (cheque et slave. La p^riode hussite cr6e entre les r^formateurs tchfeques et les reformateurs polonais des liens intimes. A certains moments la couronne de Boh^me et celle de Pologne appartiennent au m6me souverain.

D'autre part, les Polonais qui d^tiennent une

1. Reiins, Michaud ^ditear, 1899. L'introductioD a ^td rSunprim^e dans le Monde slave, 2« s^rie. [Paris, Hachette^ 1902.)

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partie des terres russes, quiau d^but duxvii*si^cle ont m^me pouss6 leurs armes victorieuses jusqu'4 Moscou, r^vent parfoi« d'une union plus intime av.ec leurs voisins de Test.

En 1646 le tsar Mikhailovitch reQut a Moscou du castellan de Kiev, Adam Kisel. C'^tait un de ces Russes orthodoxes qui ddpendaient alors de la Pologne. II pronon(?a un discours ou il proclamait en termes lyriques la fraternity des deux pays voisins, cette fraternity qui devait depuis etre soumise k de si rudes dpreuves.

« Le grand royaume de Pologne et le grand empire russe — tels deux cadres du Liban n^sd'une m^me racine — ont ^t^ cr^^s par la main du Seigneur d'un m^me sang slave, d'une m^me langue slave. C'est ce qu'attestent les annalistes grecs et latins ; mais le meilleur t^moin est la langue commune aux deux grands Etats. C*est pourquoi k vous et k nous s'applique le mot de TEcriture, qu'il est bon et beau pour des fr^res de vivre en communaut^. Suivant ce prdcepte divin le tsar Micbel Federovitch a sign^ un traits de fraternity 6ternelle avec ■ mon Seigneur. »

Kisel exprime Tespoir que ces relations d'amiti6 fraternelle continueront sous ie r^gne d'Alexis Mikhailovitch. II 6voque les souvenirs de Thistoire slave qu'il divise en trois p^riodes :

1® La p^riode heureuse od les Slaves, gr&ce k Tunion de toutes leurs forces, ^taient glorifies dans le monde entier.

Cette p^riode, — sbit dit en passant — est purement imaginaire. L'orateur, joue comme on Ta

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fait bien souvent sur Tidentit^ des mots : Slaviane^ les Slaves et slava^ la gloire ;

2" Lap6riode d'anarchie et de querelles dont les strangers ont profits pour arracher aux nations slaves divers territoires (cette p^riode d'anarchie dure encore aujourd'hui, t6moins les tragiques querelles de Serbes et de Bulgares) ;

3** La p^riode actuelle, p6riode de F^ternelle alliance, de T^ternel amour des deuxEtats russe et polonais.

Ge sont la de belles illusions qui devaient 6tre cruellement d^^ues. Nous les r^trouverons chez un Croate auquel elles devaient couter cher, le prfetre cathoJique Krijanitch.

La r^alit^ est que le tsar Alexis Mikailovitch s'int^ressait beaucoup moins aux Slaves qu'aux Aliemands et aux Anglais chez lesquels il croyait irouver pour son peuple des 61^ments de civilisation.

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