CHAPITRE VIII
Pierre le Grand et las Slaves. — La Russie dans la iitt^rature d€s Slaves meridionaux. — Les poMes dalmates. — Le dictionnaife de Polikarpov. — Kopievitch. — Les Serbes ; Dosith6e Obradoyitch.
Pierre le Grand ^tait, comme on salt, beaucoup plus intelligent que son p^re, le tsar Alexis Mikhailovitch. Ce qui Tavait frapp^ chez les Slaves, c'est qu'ils 6taient en ^tat d'apprendre le russe beaucoup plus facilement que les autres nations. II eut done ridee de faire entrer dans son administration des expeditionnaires {schreiberov^ il employait ce mot allemand, ne sachant pas dire la chose en russe) qui avaient ^t^ au service de TEmpereur, c*est-a-dire des Boh^miens, des Moraves, des Sil6siens, dont la langue maternelle 6tait le tch^que.
II avait ridee de fonder un theatre national. II lui fallait des acteurs. . Prendre des strangers pour jouer des pieces de th^Mre, c'esl une singuli6re id6e. Un Tcheque peut apprendre le russe plus facilement qu'un Anglais ou qu'un Allemand; mais s'approprier les d^licatesses de la langue et les caprices de Taccent moscovite, cela n'est pas
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81 commode. Les AUemands ne doutentde rien. II se pr^senta des AUemands qui se d^clar6rent prftts k apprendre le tch^que, pour se metlre en ^tat d'^tudier le moscovite !
Pierre le Grand. ne se faisait pas une id^e tr6s nette de la dialectologie slave ; il lui fallait des historiens et des philologues. En 1712, il envoie chercher k Prague des gens capables d'^crire sur les origines de la langue slave, sur lA langUje msse, et il ordonne de r^unir des livres. II present de rassembler des eneyclop6dies en diverses langues, de s'entendre k Prague avec les professeurs des ecoles des J^suites pour les prier de traduire ces livres en l9,ngue slave : « Or, dit-il, comme certaines expression!^ (tch^ques) ne sont pas identiques a celles de noire langue^, nou^ pouvons leur envoyer quelques Russes sachanl le latin pour leur expliquer les mots qu'il faudrait interpreter. »
Entre le russe et le tch^que, il y a ^ peu pr^s la m^me difference qu'entre le frangais et le portugais.
On ne tarda pas a s'apercevoir que c'^tait une mauvaise mani^re de proc^der, que la traduction tch^que ne faisait qu'apporter des complications embarrassantes, eton y renonga.
Un si^cle et demi plus tard, les relations intellectuelles furent reprises avec les Tch^ques, mais cette fois de fagon plus pratique.
1. II aurait dii dire sont absolument inintelligibles pour 168 Russes. Mais il n'avait natureUement que des idees assez vaguea sur la question.