Curateur, ce serait chez nous recteur
dine (1800-1875), qui fut professeur h rUniversit^
de Moscou et membre de TAcad^mie de Saint-
P^tersbourg, est Tun des agents les plus aclifs de
ces relations. II se propose d'abord pour traduiro
les Instilutiones lingux slamcai de Dobrowsky. et
ir traduire de. eel auteur une Vie
ille et H^thode. La traduction des
rait k P^tersbourg par les soins de
e Schevyrev au cours des ann6es
8t un bommage rendu par deux
k I'^riidilioD tch^que.
Allemand, avait 4prouv^ le besoin
1 nom. Son compatriote Keppen,
n4 Koeppen^ n'a qu'4 modifier rorihographe du sien pourdeveiiirunparfaitMoscoYite.il 6taitn6 en 1793 a Kharkov, oil sou p^re, Brandebourgeois d'origine, servait en quality de medecin. II n'a gard6 de ses origines germaniques qu'un amour passionne pour la science.
Ce fut le premier Russe qui ait fait un voyage s^rieux chez les Slaves autrichiens. Au cours des ann^es 1822-1823 il visita Vienne, ou il ^ut Toccasion de faire la connaissance de Kopitar^ de lui exhiber des livres, des fac-8imil6s de manuscrits; il pQussa jusqu'a Novi-Sad, chez les Serbes de Hongrie, ou il rencontra le jeune Schafarik. Au cours de Tannic 1823 il ^tait k Prague, ou il entrait en rapport avec Dobrowsky et Hanka.
A son re tour il fonda la Revue bibliographique^ qui devint I'organe des etudes slaves en Russie et qui eut pour collaborateurs les principaux slavistes de r^lranger, les Tcheques Dobrowsky, Jean Kollar, Schafarik, le Slovene Kopitar, le Serbe Vouk Karadjitch, les Polonais Bandtkie, Linde, Mrongovius.
Sa correspond ance avec Hanka est particuli^rement curieuse.
Malheureusement Keppen, en sa quality d'Allemand originaire, ^tait rest^ lutherjen; mal vu du clerge orlhodoxe, il dut abandonner cette publication.
Les relations 6pistolaires avec les Slaves d'Occident ^taient alors fort codteuses; les relations de librairie n'existaient pas. 11 6tait on6reux d'^crire une lettre, ruineux et presque impossible d'ache-
vants nationaux, on songeait k trois Tch^ues, Hanka, Schafarik, Palacky. Au d6but, en attendant que les nouveaux titulaires eussent acquis la pratique de la langue russe, I'enseignement pouvait ^tre donn6 en allemand ou en latin.
Ge document capital est dat6 du 18 novembre 1826. '
Kopitar — qui n'aimait pas les Tch^ques et se d^fiait d'eux — r6pondit k Keppen qu'il vaudrait mieux prendre des Russes, apr^s les avoir envoy^s se perfectionner dans les pays slaves. En cela il n'avait pas tort. Sauf pour la pratique de la langue courante, en tout pays un stranger enseigne mal.
Nous n'avons pas la r6ponse de Hanka, mais nous avous sous les yeux une lettrp de son compatriote Jungmann qui nous apprend que la nouvelle fut, dans les pays tch^ques, accueillie avec enthousiasme. Cetait une grande joie de penser que la langue tch^que se ferait entendre en Russie.
Mais Schichkov rencontra dans le m.onde officiel des obstacles qu'il n*avait pas pr^vus. Des Allemands influents — il n'en manquait pas — s*appliquaient a faire ^chouer ses projets. Le premier juin 1827 Keppeo ^crivait k Schafarik : « II est impossible de savoir quand la question des chaires slaves sera r^solue : peut-6tre bient6t, peut-6tre jamais. »
Schichkov quitta le minisl6re au courant de Tannic 1827; mais il devint president de TAcad6mie russe, et, en cette quality, il reprit sous uneautre forme son projet d'attirer les savants tchfe-
leur activity. lis occup^rent les premieres chaires de slavistique a Kharkov, a Moscou et a Kazan. Plus tard, renseigaement nouveau fut'appliqndi toutes les universit^s russes. Pogodinelui aussi visita les Slaves occideataux et ceux du Danube et appela sur eux (en 1839 et 1842) I'attention du ministre de Tlnstruction publique, qui 6tait alors le comte Ouvarov. Ce qu'il lui demandait, c'^tait dans une certaine mesure la realisation du programme de KoUar — que nous exposerons tout k I'heure — sur la mutuality ou la solidarity slave.
La . sympathie que Pogodine manifestait aui SlaVes n'^tait pas absolument d^sint^ress^e ; elle avait des arriere-pensees politiques, et ce panslavisme-la, c'etait le seul dont on eut la notion dans I'Europe orientale. On s*en d6fiait, et cette defiance etait soigneusement entretenue par ceux qui avaient int^r^t h denigrer les Russes ou d exploiter les Slaves ; les AUemands, les Magyars, les Polonais, en lutte constante contre ceux qu'ils appelaient les Moscovites, entretenaient naturellement ces prejug^s.
Pogodine recommandait cependant de manager les Polonais, pour emp^cher quails ne fussent attires par la Prusse. II r6vait de voir publier a Varsovie une revue panslave redigee dans les diverses langues ; il voulait instituer k Leipzig une librairie russe pour les pays slaves. Notons en passant ce choix de Leipzig. Cette ville est le grand marche de la librairie allemande. Elle Test, heias! de la librairie slave. II semblerait beaucoup plus naturel que ce marcbe fut etabli a Prague. Depuis
anslavistes sous diverses pas encore eu le temps
toMJours Pogodine qui
et des savantB slaves de- Russie. Pogodine ne son- I'au slavisme ou au pan- ;te, disait-il, viendra plus
slaviste polilique. 11 ^tait I Slavophile. On a volonidu les deux nuances. En aient avant tout des enneice occideniale, des doccident — catholicisme ou sentent un id^al politique t^ressant d'^tudier k part', s point i nous occuper
)taniment, c'est leur pasdans laquelle ils veulent ! du monde slave.
Slavophiles ont jou^ leur i6es panslavisles. Tel est,
Khomiakov (,1804-1860).
sont devenos populaires es. Je n^ g\teta\ ic\ que
La fraternity slave.
« Ne t'enorgueiliis pas devant Belgrade, Prague, 6 reine des pays tch^ques ! Ne t'enorgueillis pas deVant Prague, Moscou aux coupoles dories !
« Souvenons-nous que nous sommes fr^res, enfan ts d'une m^re unique. Aux fr^res les embrassements fraternels, la poitrine contre la poitrine, la main dans la main ! ,
« Qu'il ne s'enorgueillisse pas de la force de son bras, celui qui a tenu bon dans le combat. Qu'il ne soil pas honteux celui qui, dans une longue lutte, a succomb^ sous la rigueur du destin !
« Le temps de T^preuve est dur, mais celui qui est tomb6 se relevera. II y a beaucoup de mis^ricorde chez Dieu. Sans bornes est son amour.
« La brume fun^bre se dissipera. Attendu depuis longtemps, le beau jour luira enfin; les fr^res seront r^unis.
« Tous seront grands, tons libresl Contre I'ennemi marcheront leurs rangs victorieux, tous pleins d'une pens^e noble, forts d'une foi unique. »
Le dernier vers est peut-6tre un ^cho de la th^se religieuse des Slavophiles. La foi unique dont r^ve Khomiakov, c'est Torthodoxie.
Les aigles slaves.
« Tu as ^tabli bien haut ton nid, aigle des Slaves du Nord. Tu as 6tendu largement tes ailes. Tu t'es ^lev6 bien haut dans les cieux. Vole ! Mais dans la
>lie
des le
les
cbaines que la violence leur impose, Us les briseront avec un bee de fer. »
loinsd'un demi-siMe, I'aigle cee appels des slavophileB.
irtti i, I'aigle noir des Teu- 3, apr^s la campagne diplotervention austro-allemaQde lerlin, a ravj ^ \a Russie les a seconde ta:, c'est dans la
guerre actuell^, oil I'aigle noir a couvert de see aiies les provinces de la Serbie et de la Polog&e.
Mors et vita hello Conflixere mirando,
Lutte tragique ou se joue ia liberty m^me de TEurope et ou Taigle noir doit finir par succomber! '
Je viens de citer Khomiakov. II est en quelque sorte ie pofete classique du panslavisme. li est un autre po^te que I'oncite bien souvent ac6te de lut : c'est Pouchkine. A vrai dire, Pouchkine, elfeve de noire xviii'' si^cle, de Voltaire et de Piron, n'entendait pas grand'chose en mati^re slave. II s*est lourdement laiss^ abuser par M6rim6e, dont il a traduit en vers quelques-uns des pr6tendus chants de la Guzla. II n'a ^i€ ^men6 a dire son mot sur les Slaves qu'i propos des 6v6nements de Pologne.
La Revolution polonaise de 1830 avait suscit6 de vives sympathies en Occident, en France notamtnent. La Russie de Nicolas 6tait vivement attaqu6e, notamment dans notre Parlement. A ces attaques Pouchkine rdpondit par une pi^cec^l^bre, Aux Detracteurs de la Russie. ^3e Tai traduite en entier dans ma Litierature russe (p. 384). Je n'en cite que les vers qui interessent notre sujet :
« Pourquoi tout ce bruit, orateurs populaires? Pourquoi menacez-vous la Russie d'anath^me?
Qu'est-ce qui vous agite? Les troubles de la Lithuanie? Halte ! C'est une querelle des Slaves entre eux, une vieille querelle de famille d^j^ r^-
JES SLAVES
leuplea luttent; eur parti ou le i vaiaqueur de '^somptueox oa
'.ves iront-ils se mer te desii-
is appliquaot ti ts, niais c'^tait que de la que- Nous voulons jourd'hui comilionscompren- ]'ils ont ^ vivre in, rAllemand, lais dit : nTant .nd ne sera pas
eg slaves. Elles aux Universit^s V, Odessa, Varlus de criJdit, si vraiment slavoongues ann6es,
Bulgarie. II figure, en Allemagne, k Berlin, a Breslau, a Leipzig et k Munich ; en Angleterre, k Oxford. Nous verrons plus loin dans quelles circonstances la slavistique a ^t^ introduite k Paris et quel r6le la chaire fran^aise a jou^ par rapport au sujet qui nous occupe.
i;„,,a — >.;<!« oubli^ aujourd'hui — dont la ime de Victor Hugo. 11 avait lise qui ^tait la cousine de
g de famille jouent leur rftle es plus graves de ce monde.
: de la Pologne et uniquement s raisons d'ordre iDtime — que
Foucher prit cette initiative. « La chaire k laquelle on vous appelle, 6crivait-il le 11 avril 1840, a Mickiewicz, a un caract^re politique. On veut cr6er un centre au moins litt6raire k la nationality polonaise dans Texil. »
L'expos6 des motifs pr6sent6 par Cousin, a la Chambre des d^.put6s, 6tait un tissu d'erreurs et d'inepties. II d6clarait par exemple que.Ie polonais etait le plus parl^ des idiomes slaves — au detriment de la langue russe r^duite au second rang — ce qui ^tait absurde.
II n'^valuait le nombre des Slaves balkaniques qu'a deux millions. II ignorait le d^veloppement romantique de la litt^rature russe. La discussion k la Chambre fut pitoyable. N6anmoins la fondation nouvelle eut un grand retentissement dans les pays slaves. Son titre m^me semblait une reclame pour I'id^e panslaviste : Chaire de lUngue et de litterature slave — au singulier. — Mickiewicz ne songea point a protester contre ce titre antiscientifique, II n'eut d'ailleurs pas Tid^e d'exposer k son public ou vivaient les peuples slaves, quel 6tait leur nombre, quels 6taient leurs traits distinctifs. Dans sa premiere le^on, il semble m6me se rattacher k Tid^e d'un panslavisme assez vague.
« Un long s^jour dans les pays slaves, les synoipathies que j'y ai rencontr^es, les souvenirs qui sont graves dans ma m^moire m'ont donn6 de sentir VunM de notre race plus que je n'aurais pu le faire par la seule etude et le raisonnement theorique : les causes de nos divisions pass^es, les moyens d'arriver k notre reunion future n^ont
allemande. (Que dirait Mickiewicz, s'il vivait aujourd*hui ?)
<< D'autres savants ont entrevu la possibility de ruDit6 future des Slaves dans Tadoption de certaine forme gouvernementale. Gependant quel gouvernement a jamais eu assez de force pour r^unir et relier ensBmble des nationalit^s diff^rentes ? L'Empire romain qui, certes, fut Tid^al de la puissance mat^rielle, a impost sa forme politique a plusieurs peuples de TOccident ; mais cette forme morte, ce lien sans vie, il a suffi pour le briser du premier coup port6 par Tinvasion des Barbares. On doit done renoncer k Tespoir de grouper les peuples slaves autour de telle ou telle forme gouvernementale, autour d'une id^e purement physique de sang et de race ; ce qu'il faut, c'est une id6e commune, vaste, immense, une id^e qui renferme en elle tout le pass6 et aussi tout Tavenir de ces peuples. » (Le^on du 26 Janvier 1841.)
Mickiewicz use et abuse du mot slave, peuple slave, sans qu'on puisse tirer de cet abus des consequences. Ainsi, k la fm de son premier volume, on trouve cette conclusion inattendue :
«... Tout ce qui se fera maintenant de grand, de beau, dans le pays, fera la gloire de la noblesse polonaise, et de m^me on pourra accuser cette noblesse de toutes les fautes et de tons les malheurs du peuple slave ». Voila done le peuple slave identifie aux Polonais !
Le pofete consid^re les peupiles slaves comme solidaires les uns des autres. Ainsi il s'^tonne (Legon du 25 mai 1841), que la Pologne et la
int^r^ts et les tendances de tons les peuples ? Comme Slave et comme i^moin des mouvements qui agitent Tesprit et les coBurs des peuples de rOccident, je me sens attir^ par une force irresistible vers cette grave question. »
Naturellement, cette grave question, Mickiewicz ne devait pas la r^soudre. II s'abima dans les ddctrines fuligineuses du Messianisme, et son enseignement dut Mre supprim^^
Son successeur, Cyprien Robert, 6tait unautodidacte d^pourvu de critique, qui d*ailleurs avail beaucoup vu et beaucoup observe. Dans une brochure publiee en 1847 a Leipzig, intitul6e les Deux Panslavismes, il expliquait qu'il fallait distinguer les aspirations des Slaves d'Occident des vis^es personnelles de la Russie, avec lesquelles, a cette ^poque, on les confondait tr^s souvent. 11 avait raison. Mais aujourd'hui, en presence des appeiits farouches, des ambitions illimit^es du Deutschturtle il n'y a plus lieu d'6tablir ces distinctions. Ce qu'il nous faut — comme je Texpliquerai plus loin — c'est une vaste federation slave, appuy^e d'un c6te sur la France, de Tautre sur la Russie* Dans son ouvrage intitule le Monde slave, son pre^ sent, sonpassi et sonavenir (2 vol. Paris, Pessard, 1852), Robert consacre un chapitre au panslavisme.
1. Voir pour Tanalysedes ideesde Mickiewicz mon volume Russes et Slaves (2« s^rie, Paris, Hachette, 1896). Les curieux pourront consulter les Slaves, cours profess^ au College de France (5 vol. in-8o) et notamment les deux derniers volumes. Je-n'ai encore rencontre personne qui ait en le courage de les lire.