L*AUTRICHE-HONGRIB ET LES SLAVES BALKANIQUES
d^montra dans un article de journal que ce proc6d6 n'6tait au fond qu'un d^ni de justice. Des poursuites furent intent^es contre lui. 11 fut condamn^ a six mois de r^clusion, ce qui entrainait rincapacit^ d'exercer d^sormais la profession d'avocat, la perte du titre de docteur et des droits civils et politiques. Qu'eiit dit de tout cela notre naif Eugene Pelletan qui r^clamait la liberty comme en Autriche?
La cour de cassation, modifi^e bien k propos par la mise k la retraite de son president, rejeta le ponrvoi de M. Hinkovic et Tavantage resta d^finitiyement a la couronne, mais non pas k la justice.
Passons maintenant a un autre scaodale judiciaire au proems Friedjung *. Ce Friedjung est un publiciste viennois connu par quelques travaux historiques et qui passe k tort ou a raison pour ^tre en rapport intime avec le gouvernement dont il regoit les inspirations.
Peu de temps apr^s Tannezion de la Bosnie- Herz^govine, a une 6poque ou les relations ^taient encore trds tendues entre Vienne et Belgrade, il publiait dans la Neue freie Presse un article ou il accusait le gouvernement et la famille royale de Serbie d'avoir soudoy^ les chefs de la Coalition croate-serbe pour provoquer au profit de la Serbie un mouvement insurrectionnel chez les Sud-Slaves de TEmpire. II citait des noms, donnait des chiiTres
1. Friedjung Henri, n6 en 1851, est attach^ aux corres*pondances du bureau de Vienne. On cite parmi des travaux historiques nne 6tude sur Charles IV, l" Autriche depuis 1848, etc. U est corre^[>ondant de la Gazette de Francfort.
et d6ciarait poss^der toutes les pieces justificatiyes a Fappui de ses affirmations.
Les d^put^s appartenant k la Coalition croatoserbe lui intent^rent un proems en difTamation qui se d^roula devant la cour d'assises de Vienne. Le d^fenseur produisit ses pieces de conviction. C'^taient des documents §erbes, soi-disant ddrob6s a Belgrade.
Le d^nonciateur pr^tendait les tenir d'une source confidentielle — qui 6tait ^videmment le minist^re des Affaires 6trang6res. A vrai dire il ne produisait pas les documents eux-m^mes, mais des photographies, prises sur les documents qui avaient, disait-il, ^te soigneusement remis dans leurs archives respectives. M. Friedjung ignorait d'ailleurs complMement la langue serbe. Or, il suffisait d'examiner rapidement ces textes r^dig^s en charabia pour 6tre convaincu qu'ils constituaient une grossi^re imposture. Friedjung fut oblige de reconnaitre qu'il s'^tait laiss^ duper, mais qu'il 6tait Tauteur principal de la mystification. II fut d^montr^ que les pieces avaient 6t6 fabriqu^es, tr^s maladroitement d'ailleurs, k la legation autrichienne de Belgrade.
Le chef de la legation ^tait un Magyar, Forgach, les deux secretaires ^taient deux Polonais. Tous les trois savaient mal le serbe et ils ne ^'^taient pas apergus que dans Tun des documents fatidiques figurait cette mention : Bienheureux celui qui croit d toutes ces b^ises. Tout le proems s'6croulait devant cette d6couv^rte. On con^oit que Forgach dut garder une dent terrible k la Serbie de cet inci-
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dent plut6t d^sagr^able. En 1914, il 6tait chef de section au minist^re des Affaires 6trang6res. En cette quality il a pris part a l*ultimatum contre la Serbie qui devait d^chainer la guerre. Aujourd'hui sans doute il se croit suffisainment veng6; mais, puisqu'il est cens6 savoir le serbe, je Tengage a m^diter ces vers d'un po6te dalmate du xviif si^cle :
Kolo od srece u okoli Varteci se ne prestaje.
Tko bi gori eto doll A tko doli, gori ustaje,
L* roue de la fortune tourne, tourne sans s'arr^ter. Celui qui fut en haut, le voici en bas. Celui qui ^tait en bas, le voici en haut.
En Bosnie-Herz^govine, au lendemain de Tannexion, les indigenes ne pouvaient se borner k des protestations platoniques. Le jour m6me od s'ouvrait la diete dont TEmpereur avait gratifi^ la nouvelle province, un ^tudiant, Bogdan Zerajic, tirait sur le gouverneur, le g^n^ral Varesanin. Inutile de rappeler ici le coup de revolver qui couta la vie au prince h^ritier d'Autriche-Hongrie et k son Spouse. Nous ninsisterons que sur quelques proems post^rieurs ou la jeunesse scolaire 6tait impliqu^e.
C'est d'abord celui de Banjaluka, intents h une trentaine d'adolescents parmi lesquels il y avait sept musulmans, quatre catholiques, un uniate et une majority d'orthodoxes. Leur principal crime etait d'avoir eu Tintention de fonder
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uDe soci^t6 X^iJugotlama^. Ces adolescents fureat condamn^s a des peines Yariant de deux ans k qnatre mois de prison.
Le directenr de T^cole fut condamn^ a quatre mois, neuf colleens de Mostar^ coupables d'avoir donn^ des concerts au proOt d'une soci^te d'educatiotty la Prosveta, furent condamn^s a un an, dix mois et un mois de reclusion.
Soixante-cinq Aleves des ecoles de Sarai'evo et de Trebinie, accuses d'avoir propage des id^es panserbes furent condamnes a des peines variant de trois ans a six semaines de reclusion.
Au mois de septembre 1915, le tribunal de Bihacz eut a juger trente-huit collegiens et trois de leurs professeurs, coupables d'avoir approuv^ Tattentat de Saraievo, d'avoir ^te en relation avec la soci^te Narodna Ohrana (la defense nationale) de Belgrade. L'un des accuses fut pour haute trahison condamn^ a mort ; les autres k des peines variant de seize ann^es a un mois de reclusion. Presque tous etaient des mineurs. Chez certains d'entre eux le nombre des annees de reclusion ^gale celui des ann6es qu'ils ont d^J4 vecu.
Mais tous ces proems ne sont rien en comparaison de celui qui s'est d^roul^ devant le tribunal de Banjaluka au mois de novembre 1915. S'ii y eut jamais un proems monstre, c'est bien celui4a«
Ce proems concernait environ quatre cents accuses, tous coupables d'avoir, consciemment ou non, rev6 de la constitution d'une. grande Serbie qui, naturellement, n'eilt pas ^te la Serbie autri-