LES IDÉES PANSLAVES ET LA POLITIQUE
« Près du large Danube, près des flots écumanls de la Morava saigne le cœurj)lessé dos Slaves.
« 0 patrie de nos nobles aïeux, théâtres retentissants de nos anciennes luttes, tu gis ensevelie dans ta vaste étendue. La flèche du malheur a transpercé ta poitrine.
« Ton temps est passé ; ta gloire s'est endormie du sommeil éternel, les rochers et les ruines couvrent le casque de Svatopluk ! Parfois seulement du sein de l'oubli un souvenir s'envole au ciel dans une chanson. »
Et encore :
« Nitra, chère Nitrâ, blanche Nitra ! * oi!i sont les temps où tu florissais? Nitra, chère Nitra! mère des Slaves, quandje te contemple il me faut pleurer. « Tu étais naguère la mère de tous les pays où coulent le Danube, la Vistule et la Morava. Tu étais la résidence de Svatopluk, quand régnait sa main puissante. Tu étais la ville sainte de Méthode, (piand il prêchait à nos pères la parole de Dieu. Aujourd'hui ta gloire est voilée d'ombre. Ainsi le temps change. Ainsi va le monde! »
Au X* siècle Boleslaw le Grand, roi de Pologne (992-1025) prend le titre de roi des Slaves et réunit pour un instant les peuples situés entre l'Elbe et le Dnieper, entre la Baltique et le Danube. Mais cet l']tat éphémère ne lui survit pas.
Au xiii" siècle le roi de Bohème Premysl Otokar (1253-1278) est loin d'être l'ennemi des Allemands. 11 encounage leur colonisation en Moravie. Mais le
1 . Nitra, allemand Noulra, magyar Nyilra, ville Je Hongrie sur les conûns do la Moravie.
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jour OÙ il voit se dresser devant lui l'ambition inexorable de Rodolphe de Habsbourg, il comprend qu'il a fait fausse route. Dans une lettre adressée à un cardinal romain il se plaint énergiquement du tort que les Frères Mineurs allemands font, en Bohème" et en Pologne aux Frères de langue slave, « à la honte de notre royaume et de notre langue slave. » Sa femme, la reine Gunégonde tient, dans une affaire du même genre, un langage analogue à celui de son mari. Elle recommande à une abbesse silésienne des religieux tchèques et polonais, « attendu qu'ils sont de notre langue. »
Premysl Otokar invoque l'aide des Polonais contre Rodolphe de Habsbourg et fait appel au senti ment de la solidarité slave. Il écrit ù ce sujet des paroles qui pourraient servir d'épigraphe à toute l'histoire des Slaves occidentaux : « Si le roi allemand nous soumet, la convoitise insatiable des Allemands se donnera libre carrière et s'étendra aussi sur vous ».
Ici le texte latin est d'une merveilleuse énergie :
« Insatiabiles teutonicorum hiatus ». La voyezvous cette gueule des Teutons qui s'ouvre pour engloutir les nations voisines? La voyez-vous?
Premysl Otakar continue :
« Nous sommes pour vous le plus sûr rempart et, si nous ne pouvons échapper à la tempête qui nous menace, vous êtes vous et vos sujets menacés d'un grand danger. L'ambition allemande ne se contenterait pas de votre soumission; la libre Pologne serait soumise à un jottg a/freux j notre peuple périrait tout entier. »