‹ Le panslavisme et l'intérêt francçaisChapitre 20 sur 56 · LES IDÉES PAN'SL.VVES ET LA POLITIQUE · texte numérisé non relu

LES IDÉES PAN'SL.VVES ET LA POLITIQUE

Celle lettre gène considérablement un historien allemand de la Silésic, Griinhagen. !1 en conteste l'authenticité. Il prétend qu'elle représente quelque exercice de style d'un notaire tchèque du xiv° siècle. Ce notaire aurait été singulièrement perspicace et j'aimerais à connaître son nom. Il a prévu jusqu'au partage de la Pologne.

J'ai parlé plus haut (p. 15) de Charles IV et de son zèle pour la défense de la nationalité et de la langue slaves. Nous avons en France un curieux monument de ses sentiments slavophiles. C'est l'Evangiliaire slavon de Reims dont j'ai publié naguère une édition fac-similé^. Je rappelle seulement que Charles, d'accord avec le pape Clément II, avait fondé à Sazava, aux environs de Prague, un monastère inauguré en 1372 où des moines croates et tchèques célébraient la liturgie en langue slavon ne.

La période hussite ne fut pas seulement une période de réforme religieuse, mais aussi de réaction nationale. Jean Zizka, dans un de ses manifestes, déclare qu'il veut venir en aide aux fidèles de l'Eglise et notamment de la langue tchèque et slave. La période hussite crée entre les réformateurs tchèques et les réformateurs polonais des lions intimes. A certains moments la couronne de liohôme et celle de Pologne appartiennent au même souverain.

D'autre part, les Polonais qui détiennent une

1. Reims, Micliaml (■ditoiir, 1899. L'introdiiclion a été nMnipiiiuéc duiis le Monde slave, 2« série, (l'uris, tiacbctte, 1902.)

partie des terres rtisses,qui au début du xvir siècle onl, même poussé leurs armes victorieuses jusqu'à Moscou, rêvent parfois d'une union plus intime avec leurs voisins de l'est.

En 1646 le tsar Mikhaïlovitch reçut à Moscou du castellan de Kiev, Adam Kisel. C'était un de ces Russes orthodoxes qui dépendaient alors de la Pologne. Il prononça un discours où il proclamait en termes lyric[ues la fraternité des deux pays voisins, cette fraternité qui devait depuis être soumise à de si rudes épreuves.

« Le grand royaume de Pologne et le grand empire russe — tels deux cèdres du Liban nés d'une même racine — ont été créés par la main du Seigneur d'un même sang slave, d'une même langue slave. C'est ce qu'attestent les annalistes grecs et latins ; mais le meilleur témoin est la langue commune aux deux grands États. C'est pourquoi à vous et à nous s'applique le mot de l'Ecriture, qu'il est bon et beau pour des frères de vivre en communauté. Suivant ce précepte divin le tsar Michel Federovitch a signé un traité de fraternité éternelle avec mon Seigneur. »

Kisel exprime l'espoir que ces relations d'amitié fraternelle continueront sous le règne d'Alexis Mikhaïlovitch. Il évoque les souvenirs de l'histoire slave qu'il divise en trois périodes : .

1° La période heureuse où les Slaves, grâce à l'union de toutes leurs forces, étaient glorifiés dans le monde entier.

Cette période, — soit dit en passant — est purement imaginaire. L'orateur, joue comme on l'a

LES IDÉES PANSLAVBS ET LA POMTJO'iE 57

ait bien souvent sur l'identité des mots : S/ama7î«?, les Slaves et slnva, la gloire ;

2° La période d'anarchie et de querelles dont les étrangers ont profité pour arracher aux nations slaves divers territoires (cette période d'anarchie dure encore aujourd'hui, témoins les tragiques querelles de Serbes et de Bulgares) ;

3° La période actuelle, période de l'éternelle alliance, de l'éternel amour des deux Etats russe et polonais.

Ce sont là de belles illusions qui devaient être cruellement déçues. Nous les retrouverons chez un Croate auquel elles devaient coûter cher, le prêtre catholique Krijanitch.

La réalité est que le tsar Alexis Mikaïlovitch s'intéressait beaucoup moins aux Slaves qu'aux' Allemands et aux Anglais chez lesquels il croyait trouver pour son peuple des éléments de civilisation.

Page 1