Ou Krizanic
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les Serbes, les Russes et les Bulgares. Il préparait dans sa langue maternelle un écrit théologique pour réfuter les dogmes sur lesquels les schismatiques diffèrent des catholiques. Ces études appelaient sa curiosité sur cette lointaine Moscovie qui commençait à se révéler à l'Occident. Il écrivait une BibUo'.heca schismalum universa à laquelle il donnait pour épigraphe ces deux versets, empruntés, l'un à Ezéchiel, l'autre à saint Jean : « Il n'y aura plus désormais deux peuples, et ils ne seront pas divisés en deux royaumes. — Il n'y aura qu'un troupeau et qu'un pasteur ».
Excité sans doute par son zèle religieux et par cet instinct panslaviste qui fermentait en lui^ il se rendit en Russie. Il emmenait avec lui une abondante bibliothèque. Chemin faisant, il s'arrêta durant trois mois à Lwow (Lemberg), oi!i se rencontraient les Polonais catholiques et les Ruthènes — autrement dit Petits-Russes — soumis à VU7}ion.
De là il passa dans la Petite-Russie proprement dite et séjourna à Niejine, dans la ville où plus tard Gogol fera ses études.
C'est là qu'il composa son premier écrit polit'^que, le Discours aux Petits-Russieyis, qui flottaient alors entre la Russie et la Pologne. Sou patriotisme panslavc ne trouve que dans la Russie des garanties d'avenir pour ses congénères ; il engage les Pelits-Russiens à se rattacher frarichement aux Moscovites, à se soumettre « au très doux et très illustre seigneur de la Russie ».
Krijanitch a une confiance absolue dans l'aveni/
de l'Etat moscorite et se fait même sur le compte de ses habitants des illusions prématurées.
« Je suis venu ici, écrit-il dans sa Politique, pour purifier la langue slave, en écrire une bonne grammaire et un bon lexique, pour rédiger une histoire de la nation slave tout entière (notez cette expression, la nation slave, c'est-à-dire l'ensemble des peuples que nous avons énumérés aux premiers chapitres de ce volume), enfin pour réfuter les mensonges que les étrangers répandent sur le compte des Slaves, et spécialement des Russes.
a ... C'est bien à tort, dit-il ailleurs, qu'on m'a traité d'aventurier et de vagabond. Je suis venu trouver le seul roi de ma nation et de ma langue qu'il y ait au monde (il oubliait le roi de Pologne qui, sans doute, n'eût pas compris grand'chose à ses rêveries). Je suis venu chez mon peuple et dans ma vraie patrie, dans le seul pays où l'on puisse tirer profit de mes ouvrages, où je puisse trouver des acheteurs pour mes travaux, ma grammaire, mes dictionnaires et mes autres livres en langue slave. »
Krijanitch se faisait de singulières illusions, La Russie moscovite n'était pas encore assez éclairée pour apprécier ses travaux, écrits dans une langue singulière et peu intelligible. Il professait d'ailleurs des doctrines libérales pour lesquelles les Russes n'étaient pas encore mûrs. « Le devoir et l'honneur du souverain, disait-il, c'est de rendre son peuple heureux. Car les empires n'ont pas été faits pour les souverains, mais les souverains pour les empires. Là où il y a de bonnes lois les sujets
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vivent heureux et les étrangers viennent volontiers. »
Ces doctrines et son caractère de prêtre catholique ne pouvaient que le rendre suspect. Le 16 janvier 1661, il se vit, par ordre du tsar, déporté à Tobolsk. Il emportait d'ailleurs avec lui une bibliothèque assez considérable, si l'on en juge par les nombreuses citations dont il émaille les ouvrages écrits dans ce lointain exil. On sait qu'il revint de Sibérie à une époque qu'il n'est pas aisé de déterminer. On ne sait pas non plus où et quand il mourut.
Les Académies de Petrograd et d'Agram devraient s'entendre pour publier une biographie définitive et une édition vraiment critique des œuvres de cet illustre précurseur.
L'exil de Krijanitch ne modifia en rien ses idées. Il est resté toute sa vie un panslaviste incorrigible. Il entreprend de créer un idiome panslave, également intelligible aux Russes, aux Slaves du Midi, aux Lechs. — c'est-à-dire aux Polonais — et aux Tchèques. Il constate avec amertume que les peuples slaves, en se soumettant aux nations étrangères, ont perdu, les uns le tiers, les autres la moitié de leur lexique (il exagère un peu), et il imagine de restituer ce lexique dans toute sa pureté. Son purisme va si loin qu'il s'indigne de rencontrer des mots indo-européens, comme mati et mater, oko et oculus, ootsa et ovis.
Celui de ses ouvrages qui nous intéresse le plus, c'est son traité De hi Politique. L'épigraphe latine du livre en révèle la pensée maîtresse : « J'écris
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ceci pour la défense de noire commune nation. Je veux chasser de notre armée tous les étrangers ; j'accepte tous les Russes, lés Polonais, les Lithuaniens et les Serbes qui veulent servir sous mes ordres ».
Il dédia son ouvrage au tsar Alexis Mikhaïlovitch, le père de Pierre le Grand.
« La race slave, lui dit-il, est partagée en six tribus, les Russes, les Polonais, les Tchèques, les Bulgares, les Serbes et les Croates. Tous ont eu autrefois des rois nationaux. Seule aujourd'hui la Russie possède un souverain de sa langue. Tous les autres peuples sont soumis à des étrangers... La race slave n'a pas encore eu d'historien. Les Allemands ne cessent d'écrire sur elle, spécialement sur la Russie, toutes sortes de calomnies. J'ai donc résolu de rédiger une histoire de la race slave tout entière, oîi seraient réfutés les mensonges des Allemands... »
Krijanitch est avant tout un patriote passionné pour la grandeur de sa race. Il réclame l'expulsion des Allemands qui exploitent la Russie :
« Notre peuple slave est tout entier en proie à la misère; nous sommes dépouillés parles Allemands, les Juifs, les Ecossais, les Tziganes, les Arméniens, les Grecs...
« Des peuples autrefois célèbres, les Egyptiens, les Hébreux, les Grecs, sont aujourd'hui retombés dans la barbarie; d'autres, naguère grossiers et sauvages, les Français, les Allemands, les Italiens, sont arrivés à une haute civilisation. Personne n'a le droit de dire qu'à nous, Slaves, la voie des