LE GRAND PAXSL.WISTE DU XVII* SIÈCLE
sciences est fermée par un arrêt du ciel, que nous n'avons pas le droit ou le devoir de progresser dans la culture... »
Dans un chapitre fort curieux, l'auteur expose sous la forme dramatique du dialogue les mistires de sa race. Les deux interlocuteurs qu'il met en scène s'appellent, l'un Boris, l'autre Ilervoï. Boris, c'est le Russe; Ilervoï, c'est le Slave du Midi (Hrvati est le nom national des Croates).
« ...Je considère, dit Boris, comme nous sommes devenus un objet de risée pour les autres nations. Les unes nous offensent cruellement, les autres nous méprisent ; d'autres nous exploitent et dévorent nos biens sous nos yeux et, ce qu'il y a de plus cruel, elles nous insultent, nous haïssent, nous appellent barbares et nous rangent plutôt parmi les animaux que parmi les hommes. »
Ilervoï explique à son interlocuteur les raisons de celte infériorité :
« La première, dit-il, est notre mépris pour les arts; la seconde, notre passion pour les étrangers; nous soulTrons qu'ils régnent sur nous, qu'ils nous trompent par toute espèce d'artifices, qu'ils fassent de nous tout ce qu'ils veulent. Voilà pour- (T quoi ils nous appellent barbares. » B Notez ce couplet. Ilervoï a cruellement raison, B et les satiriques russes et polonais, surtout au ■^ xviii' siècle^ ont vigoureusement llélri la xénoma- ^K nie de leurs compatriotes.
^B Ilervoï, avec une amèrc ironie, éniimèrc une à
^" une, dans la langue originale, les injures dont les
étrangers accablent ses compatriotes slaves. « Les
Grecs, — il aurait dû dire aussi les peuples de langue latine — quand ils veulent désigner un esclave, emploient le nom de notre nation. Un de leurs proverbes dit : « L'Hellène est beau, l'Albanais intrépide, le Bulgare n'est pas un homme ». Les -Hongrois disent : « L'Allemand est un pourceau, le Slave n'est pas un homme. Le Bulgare, le Tchèque et le Valaque sont trois voleurs ». Les Français euxmêmes nous parlent des ours de Pologne.
Hervoï ne méconnaît pas les vices de ses congénères et s'exprime sévèrement sur leur compte. Il oppose à la mollesse des Slaves la ténacité des Allemands. Ecoutez ces paroles, dont il y a encore aujourd'hui à tirer quelque profit :
« Ils ont mené leurs affaires de telle sorte que jamais un souverain étranger ne les a gouvernés. Peu à peu ils ont soumis à leur pouvoir tous les royaumes de l'Europe, les uns par la ruse, les autres par la force. Là même où on croit qu'ils ne régnent pas, ils sont les maîtres. Sous prétexte de prendre du service, d'exercer le commerce ou quelque industrie, ils envahirent maint pays. Ils enlèvent aux indigènes les profits qui leur reviendraient et les traitent comme du bétail...
« En vérité, le peuple qui volontairement se soumet à des étrangers se réduit à l'état du troupeau qui ne choisit pas le berger parmi ses membres. Ainsi les Croates, les Serbes, les Bulgares, réduits par la force à supporter le joug des Allemands ou des Turcs, ont moins à rougir que les Polonais, qui vont chercher des rois chez les Hongrois, les Lithuaniens, les Français. Q.'ant aux