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recueil que son compatriote et confrère Vacslav Durych faisait paraître sous ce titre : Bibliotheca slavica cnUiquissIma dialecli commuais et ecclesiastica luiiversœ Slavorum gentis (Vienne 1798). Il écrivait une Vie des Apôtres slaves Cyrille et Méthode (1823). Ce travail traduit en russe par Pogodine en 1825, était en qucl]ue sorte la clef de voûte des études panslaves de philologie et d'histoire religieuse. D'antre part, dès 1806, il avait publié un recueil en allemand intiUilé Slavin, Message de B oh'^mc d tous les peuples slaves, om Contribution la connaissance de la langue slave dans tous les dudrcles. Remarquez qu'on croit alors à l'unité de la langue slave. Ce recueil, d'ailleurs, ne put être continué, faute d'abonnés.
Dobrowsky ne se découragea pas et donna, en 1831 — toujours en allemand, bien entendu — un projet d'Ftymologie générale des langues slaves et, la même année, un nouveau périodique Slovanka (La Slave), recueil pour l'étude de'l'ancienne et de la nouvelle littérature slave, de la science des divers dialectes, de Vhxsloire et des antiquités et enfin en 1822, il fit paraître le grand ouvrage Institutioneslinguse slavicœ dialecti veteris. C'était la première grammaire scientifique de celte langue slavonne qui est — avec diverses variantes — la langue de l'Eglise et de la littérature du moyen àcro dans les pays orthodoxes, Russie, Bulgarie-, Sorbie et même Roumanie. L'ouvra^'o niar(juait un(; date importante dans l'histoire des pays orthodoxes et nous avons vu plus haut le succès qu'il obtint en Russie.
L'auteur fut en rapport avec ScI\ich\ov, Keppen, Roumiantsov, Vostokov. L'Académie russe l'admit au nombre de ses correspondants. Dobrowsky devançait de beaucoup son époque. Il rêvait de voir les Slaves arriver à l'unité linguistique et même à l'unité politique. Ce rêve était aussi celui de Jungmann (1773-1847), le lexicographe de la langue tchèque. Le rôle que la Russie avait joué dans la chute de Napoléon exaltait le patriotisme slave en Bohême. Jungmann rêvait de la langue russe comme idiome panslave et de l'union future du monde slave sous la protection de la Russie. VacslavHanka (1791-1861), comme beaucoup de ses compatriotes, eut l'occasion de rencontrer les Russes quand ils passèrent en Bohême et de s'initier à leur langue. Il avait d'autre part étudié le serbo-croate auprès de soldats de régiments illyriens. Bibliothécaire du Musée de Prague, il eut l'occasion d'y mettre en ordre les manuscrits slaves et d'entrer en rapports personnels, ou en correspondance avec les savants slaves ou russes qui venaient visiter Prague ou qui s'adressaient à lui par écrit. Nous avons vu plus haut quels efforts on avait faits pour l'attirer en Russie. 11 faisait les honneurs de la ville de Prague et de ses collections avec un empressement et une bonhomie dont ses hôtes lui étaient d'autant plus reconnaissants qu'il les accueillait dans leur langue maternelle. ,.
Il parlait et écrivait fort convenablement le russe et le polonais — dont il a donné des grammaires — et à cette époque-là la connaissance pratique des idiomes slaves était fort rare. Les
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relations de librairie entre Prague et Varsovie, Pétersbourg, Moscou étaient très difficiles et Hanka était le plus obligeant des commissionnaires. En 1848 il fut chargé à l'Université allemande de Prague d'un cours nouveau où il enseignait le slavon, le russe, le polonais et le tchèque.
C'était précisément l'enseignement qu'on aurait voulu naguère lui confier en Russie. Sa correspondance avec les pays slaves qui a été publiée * nous le montre en rapport avec les représentants scientifiques les plus distingués de la Russie, de la Pologne, des Slaves méridionaux. Ce fut au fond un savant médiocre, — parfois peu délicat — mais un agitateur des plus actifs et dont le nom ne saurait être oublié dans une revue du mouvement panslaviste.
Un peu plus jeune que Hanka (1808-1852), le poète Czelakovsky s'était de bonne heure pris de passion pour la Russie, notamment pour ses chants populaires qu'il a fort habilement imités. Dès 1822, il fait paraître un recueil de chants popu.laires slaves oîi figuraient des textes russes, petitsrusses, serbes et Slovènes.
Il s'occupe à recueiUir les proverbes des dilïë-i rents peuples slaves. La philosophie du peuple slav dans ses proverbes ne paraît qu'en 1852. Il y travaillait dès 1827. Il rêve d'un dictionnaire étymologique des langues slaves, œuvre qui ne sera réalisée que beaucoup plus tard par le Slovène Miklosich (Vienne 1886). Ce dictionnaire, il médite
1. Voir sur Ilanka naoû volume Renaissance tchèque (pp.12-81).
de le rédiger en russe, ce qui lui vaut, de la part des loyalistes autrichiens, des témoignages non équivoques de mauvaise volonté. Le 21 janvier 1828 • l'Académie russe est saisie de ce projet de dictionnaire et décide en principe d'imprimer l'œuvre à ses frais. Mais il y a bien loin du projet à l'exécution. Du manuscrit primitif de Czelakovsky il n'est resté en Russie que quelques fragments, et l'étymologie comparée a fait de terribles progrès depuis ces temps héroïques,
La campagne des Russes contre les Turcs (1828- 1829), n'excite pas moins d'enthousiasme que les campagnes contre les Français. On fait des vœux pour les frères slaves, on porte la santé des vainqueurs. La police autrichienne — toujours ombrageuse — s'émeut. Elle confisque dans les magasins une lithographie représentant le passage du Danube par les Russes. Elle interdit une chanson tchèque fort innocente vLes Russes sur le Danube. Elle ne peut cependant empêcher l'enthousiasme de s'exhaler dans des lettres particulières : « Que seraient les Slaves sans les Russes? écrit Czelakovsky à un ami : Sans eux les Allemands nous extermineraient tous, La flamme de Moscou a illuminé de sa lueur toute la Russie et en même temps tout le monde slave. Nous ne nous en rendons pas compte nous-mêmes. »
Après avoir refusé une chaire en Russie, Czelakovsky finit par en accepter une en Prusse à l'Université de Breslau. Il jusliOait ainsi le proverbe tchèque : Le Tchèque ne meurt pas de faim pourvu qu'il sache l'allemand.
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Hanka, Czelakovsky ne sont au fond que des figures de second plan. Au-dessus d'elles se dresse infiniment plus haut et plus respectable celle de Safarik ou Schafarik. Comme le poète KoUar auquel nous consacrons un chapitre spécial, Schafarik est un Slovaque et-un protestant. D'après une tradition fort vraisemblable, sa famille prétendait se rattacher primitivement à la secte des Frères Bohèmes, héritiers des Ilussites, et descendre de Tchèques réfugiés en Hongrie pour échapper aux persécutions religieuses, vers le début du xvii" siècle. Au Collège de Kesmark où il acheva ses humanités il eut la bonne fortune de rencontrer quelques Serbes qui lui apprirent leur langue et lui donnèrent l'occasion de réfléchir sur la parenté des idiomes slaves. Comme son compatriote et coreligionnaire Kollar, il alla terminer ses études à l'Université d'Iéna. Il en revint plein de respect pour la science allemande et aussi pour le patriotisme allemand qui, dès cette époque, tendait à l'union des peuples germaniques. L'exemple de ses hôtes avait surexcité son patriotisme slave. Lui aussi, il rêvait vaguement l'union de ses congénères : « Je suis prêt, écrivait-il en 1820, à son ami Kôllar, à sacrifier pour mon peuple mon existence. Mieux vaut honorer son peuple par sa mort que de le déshonorer par sa vie. »
En 1819 on lui oITrit la direction du gymnase serbe de Novi Sad (Neusalz en allemand, Ujvidek en magyar). Cette ville était le foyer intellectuel des Serbes do Hongrie; elle était située dans le voisi-
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nage des monastères serbes de la Frouchka Gora qui renfermaient de nombreux manuscrits. C'est dans cette ville qu'il reçut la visite du savant russe Keppen qui méditait de l'attirer dans sa patrie (voyez plus haut chap. VII). C'est dans cette ville qu'il rédigea en allemand un ouvrage panslave qui appela sur lui l'attention de tous les Slaves et de ceux qui s'y intéressaient. Cet ouvrage était intitulé 3 Histoire de la langue et de la littérature slaves dans tous ses dialectes. La première édition parut à Ofen en 1826. Une seconde — sans changements — a été réimprimée à Prague en 1869.
Le titre du volume nous étonne aujourd'hui. Il n'y a point une seule langue slave avec des dialectes différents, mais des langues slaves aussi divergentes les unes des autres qui peuvent l'être le français, l'espagnol et l'italien. Mais à ce momentlà ce titre ne choquait personne et onze ans après un ouvrage signé E. 0. paraissait à Leipzig sous un titre analogue .
L'ouvrage débutait par une introduction de quatre-vingts pages sur les régions, la culture et la langue des différents peuples slaves au début du XIX' siècle, puis venaient une caractéristique des Slaves, un coup d'œil général sur l'état de leur littérature, sur les sociétés savantes, les bibliothèques, les journaux, les imprimeries. L'ouvrage, bien entendu, n'était exempt ni d'erreurs, ni d'omissions. Ainsi l'auteur ignorait à peu près complètement l'existence des Bulgares dont il considérait la langue comme un dialecte, serbe. La statistique qu'il avait dressée atteignait pour l'en-