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D'abord l'ensemble des Slovènes, des Croates et des Serbes, réunis dans un État que certains veulent appeler l'État jougo-slave et pour lequel j'ai proposé et je maintiens le nom de Confédération illyrienne. Ce mot me paraît préférable à celui dejougoslave qui n'est qu'une dénomination géographique, laquelle pourrait également s'appliquer aux Bulgares et à celui de Serbo-Croate qui laisserait en dehors les Slovènes. Ce groupe offrirait comme la Suisse le type de la variété dans l'unité.
Les peuples qui le composeraient n'appartiendraient pas à moins de trois, ou même de quatre ou cinq religions. Il comprendrait des catholiques* et des protestants (en petit nombre), des uniates, des orthodoxes et des musulmans. La capitale de cet État serait la ville de Belgrade ou toute autre ville du royaume de Serbie, mais il y aurait lieu d'avoir égard à la situation historique de Zagreb {Agram)etde Lublania (Laybach) et peut-être la diète centrale pourrait-eTle se tenir alternativement dans ces trois villes. Les provinces qui ont appartenu à lAutriche-Hongrie pourraient conserver leurs diètes locales, tout en envoyant des députés à un parlement central qui pourrait siéger alternativement dans les trois capitales énumérées plus haut.
Les Bulgares constituent au point de vue géographique un élément trop excentrique pour faire partie de ce groupe. Ils ont d'ailleurs au point de
1. Et encoro parmi ces callioliqufs il y a à côté des catholiques romains un certain iiombio do catlioliquos ilave» glagolitiquct.
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vue ethnographique et historique une individua trop marquée pour s'y laisser absorber.
Quelles seraient exactement sur la frontière italienne les limites de cet Etat ? Il y a ies laipéria- Jistes italiens qui prétendent que l'Italie doit tout simplement recueillir l'héritage de la Rome antique et de la Venise italienne et accaparer toute 5a domination militaire et tout le trafic de l'Adiiatique. D'autres, plus modérés, se contentent de la côte occidentale de l'Istrie jusqu'à Pola. En ce qui me concerne, je me rattache à cette transaction raisonnable et équitable. La guerre actuelle "îst une guerre de délivrance pour les nationalités jusqu'ici opprimées ou écrasées par l'Allemagne ou la Hongrie. C'^.si une guer''e qui doit assurer pour longtemps la paix de l'Europe. Or, l'impériaiisme italien supposerait comme l'impérialisme allemand des peuples sacrifiés dans un intérêt égoïste à un élément étranger. Ce serait pour l'avenir une source de troubles nouveaux; il ne faut pas recommencer surles bords de l'Adriatique l'errenr dont l'Alsace et le Schleswig ont souffert et que l'Europe a commise à propos de la Bosnie-Herzégovine.
Il faut d'ailleurs — tout en reconnaissant à l'Italie la suprématie militaire — que le nouvel Etat sud-slave puisse développer sa vie économique, que des relations de commerce puissent s'établir directement entre l'Espagne, la France et l'Italie ellemême et la côte slave de Dalmatie. Il est donc indispensable que la Confédération illyrienue ait en sa possession un certain nombre de ports et qu'elle dispose d'une flotte commerciale et militaire.
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Dans la guerre actuelle le haut commandement italien a essayé de gagner les soldats sud-slaves en leur distribuant des proclamations où il représentnit l'Italie comme l'ulliée des Serbes dans la lutte contre l' Autriche.
Censurf'.
Dans l'Europe nouvelle que nous rèvuns, l'établissement d'une Italie impérialiste sur la rive balkanique de l'Adriatique constituerait une grave anomalie et serait au point de vue de l'avenir la source de douloureuses préoccupations.
Dans la lutte contre l'Allemagne, nous avons au fond tous les Slaves avec nous, sauf les Bulgares qui ont cru devoir lier leur cause à celle des ambitions germaniques. Certains théoriciens, invoquant les origines ethniques du nom des Bulgares voudraient les exclure désormais du monde slave. A ce compte-là, il faudrait en exclure les Russes dont le nom est Scandinave, et nous-mêmes, dont le nom rappelle un peuple germanique, nous n'aurions plus rien à faire avec le monde latin. Ce serait une grosse erreur.
Certes la lutte des Bulgares contre leurs voisins Serbes et par suite contre nous et contre les Russes libérateurs a été une lourde faute, une faute qui doit ôtrc surtout imputée à l'origine étrangère du prince actuel, d'un côté pelil-fils de Louis-l'hilippe, mais de l'autre mâtiné de Cobourg et d'Autrichien. Censuré
Censuré
Ce sont là assurément des erreurs très regrettables, mais dont les conséquences ne sont pas irréparables. Au temps jadis, les petits Etats italiens passaient leur existence à guerroyer les uns contre les autres, Vénitiens contre Génois, Toscans contre Pisans, ce qui ne les a pas empêchés de s'unir définitivement dans le sentiment de l'unité nationale et la haine du Tedesco ^ Il y a juste un demisiècle l'Allemagne était divisée contre elle-même et la Prusse guerroyait contre les Etats du midi et contre l'Autriche, aujourd'hui ses alliés et même ses valets. II y a quarante ans, Gladstone dénonçait à l'Europe les horreurs bulgares, c'est-à-dire les abominations commises par les Turcs contre ces Bulgares, aujourd'hui, à leur tour, violemment accusés de trahison par leurs congénères serbes et par leurs ennemis héréditaires les Grecs. Et au moment où j'écris ces lignes, les Bulgares sont devenus les alliés de ces mêmes Osmanlis qui... et récemment ils étaient les alliés de ces mêmes Hellènes qui naguère disaient d'eux Boulgaros apanthropos, le Bulgare n'est pas un homme. Au fond, toutes ces combinaisons politiques ne se rattachent qu'à des intérêts momentanés. Le our où Serbes et Bulgares, en dépit des souve nirs du roi Milan, le premier coupable et du roi Ferdinand, le second, auront compris que leur intérêt majeur est de s'entendre pour consolider la