‹ Le Pantcha-TantraChapitre 109 sur 114 · LE DJ A.NGOIIMA ET SON DISCIPLE · texte numérisé non relu

LE DJ A.NGOIIMA ET SON DISCIPLE

dit-il d’un ton lamentable, il m’est arrivé un .cruel malheur; j’ai perdu le Dieu que vous aviez vous-même suspendu à mon cou. Dans le temps que je me préparais à offrir à mon lingam le sacrifice ordinaire, un maudit singe est venu et l’a enlevé sans que je m’en aperçusse. Je l’ai cherché de tous côtés, mais il m’a été impossible de le trouver ; je viens maintenant vous demander conseil et vous supplier de m’indiquer les moyens de réparer cette perte déplorable.

Malheureux! répondit le djangouma! tu as perdu ton lingam! ton dieu! Il ne pouvait rien t’arriver de pire dans le monde ! Maintenant il ne te reste d’autre voie pour réparer ce malheur que de perdre la vie; après avoir perdu ton lingam, il faut mourir (i) voilà le seul moyen d’apaiser la colère du Dieu Siva, irrité contre toi. . ' • • •"

On pense bien que cette terrible apostrophe du djangouma ne consola pas le lingamiste. Il paraissait profondément affligé de la sentence de mort qu’il venait d’entendre prononcer, et lorsqu’il èut repris ses sens : Est-ce donc ainsi,

(1) C’est une maxime encore soutenue par les djangoumas ou prêtres de Siva , que celui qui perd son lingam doit perdre la vie. v

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seigneur gourou , s’écria-t-il,. que vous me condamnez à mourir à la fleur dè lage, quand je ne suis atteint d’aucune maladie? Robuste et jouissant de la meilleure santé, comment me résigner à la mort? N’y a-t-il donc aucun moyen d’éviter ou au moins d’adoucir la sentence fatale que vous venez de prononcer contre moi?

J’aurais pourtant si grande envie de vivre encore quelque temps de plus ou d’attendre au moins pour mourir que je sois malade !

Ton lingam perdu , repartit le djangouma d’un ton ferme et solennel , tu n’as aucun moyen de prolonger ta vie, il faut absolument que tu meures; seulement, tu peux choisir parmi les trois genres de mort que je vais t’indiquer : t’arracher toi-même la langue , ou te laisser suffoquer à la fumée d’encens , ou enfin , si tu le préfères, te submerger dans l’éau. Choisis donc sans retard entre ces trois genres- de. mort, et hâtetoi de remplir ton malheurèux destin.

Le hngamiste, voyant qu’il n’y avait, pas moyen de fléchir la sévérité du djangouma , baissa la tête d’un 'air pensif et consterné; enfin après quelques momens de réflexion : Ëh bien , puisqu’il n’y a pas moyen d’éviter la mort , je me résigne à la volonté de Siva. Je mourrai puisqu’il le faut; cependant, des trois genres

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