KT LE VENT
slocas , dans le voisinage des médians , éloignezvous ; si dans le lieu où vous habitez , il se rencontre un citoyen pervers, évitez tout commerce avec lui ; si dans le district il y a un village corrompu , cessez toute liaison avec ses habitans; et si dans le royaume, il y a deux maîtres, il faut en sortir. »
Quel dessein avez-vous formé là ? seigneur lion, repartirent les deux ministres: un de nos anciens proverbes ne dit-il pas :
' « On ne doit jamais abandonner le pays où L’on a pris naissance ? »
Renoncez donc au plus tôt à un pareil projet: d’ailleurs nous sommes persuadés que vos alarmes sont purement imaginaires , et que l’objet qui les a. causées ne peut être autre chose que la monture d 'Issiuira (i); cependant, pour mieux ■ nous en assurer, si votre majesté l’ordonne, nous irons à la recherche de cet animal que vous vous représentez si terrible, et après avoir connu ses desseins, s’il nous paraît en effet tel que vous vous le dépeignez, nous tâcherons de lui inspirer des pensées pacifiques et de l’engager à contracter avec vous une alliance et une paix durables.
(i) Indra ou Issuara a pour mouture un taureau. Voyez Moeurs de l'Inde, tome II, page 4 '6-
AVKJSTURES
Oamanaca ft Carntaca sont bcputfg auprès bu £aur?au ôanï>iit>acû pour connaître gott caractère et gfg bispositions.
Le lion approuva la démarche à laquelle étaient disposés ses deux ministres , et les députa aussitôt vers son prétendu, riyal pour ouvrir avec lui des négociations de paix; il leur donna plein-pouvoir pour prendre les arrangemens les plus avantageux à ses intérêts. Les ayant donc congédiés, il leur recommanda de faire hâte et de revenir au plus tôt. i
Lés deux ministres partirent aussitôt, et après avoir cherché quelque temps de côté et d’autre, ils découvrirent Sandjivaca dans un coin de la forêt, paissant paisiblement sur le bord du fleuve Youmna. L’ayant abordé, ils lui demandèrent qui il était, d’où il venait, et quel motif l’avait amené dans ce lieu.
Sandjivaca leur raconta en détail son histoire,, et comment il avait été abandonné par son maître au milieu de cette vaste forêt.
A ce récit, les deux renards, se regardant l’un l’autre avec étonnement , ne purent retenir un grand éclat de rire : Voilà donc le monstre ter-
UE SANDJIVACA.
Gl
rible, se dirent-ils, dont la voix seule a répandu l’effroi dans lame du roi lion! Se peut-il qu’un animal de sa force et de son courage soit dégénéré à ce point, d’être saisi de frayeur aux mugissemens d’un pauvre taureau abandonné de tous, et cassé de vieillesse?
Après un instant de réflexion : Pourquoi, se dirent-ils , chercherions-nous à détromper le lion notre maître? Que ne feignons-nous au contraire d’entrer dans ses inquiétudes, en lui faisant croire que ses alarmes sont fondées? Peut-être résultera-t-il dans la suite quelque avantage pour nous de la crainte et du trouble où il vit; du moins sera-ce une occasion de lui persuader que nos services lui sont nécessaires et qu’il ne peut se passer de nous.
Dans ce dessein, ils retournèrent auprès du roi lion , et l’abordant d’un air embarrassé : Grand roi, lui dirent-ils, nous venons d’avoir une entrevue avec le rival qui fait le sujet de vos inquiétudes , et nous sommes au désespoir d avoir à vous annoncer que vos alarmes ne sont pas tout-à-fait sans fondement. Cet animal n est autre que le roi taureau , la monture de Djagadisouara (1); il dit que Parcimesouara ou Sim l’a —
1 ( 1 ) Un dcînoms de Siva.'V . Afaurids / Tirirfc , t. Il ,p. 4'6-
6a AVENTURES
envoyé dans cette forêt pour dévorer tous les animaux qui s’y trouvent, grands et petits.
Les alarmes du lion ne firent qu’augmenter à ce rapport de ses ministres, et les regardant d’un air de confusion qui décelait ce qui se passait dans son âme: Que vous avais-je dit? leur répondit-il : étais-je alarmé sans raison? M’étais-je donc trompé en supposant que celui qui était capable de produire un bruit si effroyable devait être un animal redoutable et plus puissant que moi-même, un rival qui venait m’enlever l’empire de ces bois ?
Carataca et Damanaca virent avec joie que leur ruse avait produit son effet, et que leur rapport avait redoublé les inquiétudes du roi leur maître. Cependant ils essayèrent de calmer un peu ses alarmes, en lui disant qu’ils avaient déjà pris des arrangemens avec le roi taureau, et qu’ils se flattaient de l’engager à contracter amitié avec lui, qu’ils espéraient même l’amener à sa cour et en faire un de ses plus fidèles alliés.
11 ne leur fut pas difficile d’obtenir de leur maître la permission de retourner auprès de Sandjivaca sous prétexte d’arranger les conditions de paix : ils allèrent de nouveau trouver le taureau solitaire, et l’abordant d’un air fier, ils lui dirent que la forêt où il avait établi son
UE SANDJIVACA.
domicile, était le domaine d’un lion qui y régnait, et qu’il eût à chercher une autre demeure s’il ne voulait s’exposer au danger d’être bientôt dévoré par le maître du lieu.
Je laisse à juger de la surprise du pauvre Sandjivaca, en recevant un pareil message. Seigneurs, dit-il aux renards, où voulez- vous donc que je me retire? Abandonné de l’univers entier, pauvre, misérable , et presque accablé de vieillesse et d’infirmités, à qui fais-je tort ici ? Paisible dans un coin de cette vaste forêt, je ne fais de mal à personne. Privé de toute ressource , où pourrai-je donc aller? Si le roi lion a envie de me dévorer, qu’il me dévore; j’aime encore mieux mourir tout d’un coup sous ses griffes, que d’aller traîner ailleurs une vie malheureuse et languissante.
Dans la triste condition où tu te trouves réduit, repartirent les renards, au moins devraistu mener une vie humble et soumise ; et un misérable de ton espèce devrait- il jamais porter l’impertinence jusqu’à pousser des cris épouvantables comme tu le fais? On dirait que tu te crois le maître de ces lieux. Que signifient de pareilles menaces? Tes mugissemens ont répandu la terreur parmi tous les habitans de cette forêt. On n’y avait jamais rien entendu de semblable. / •
64 AVENTURES DE SANDJIVACA.
Le roi lui-même a été saisi d’étonnement et
d’indignation en entendant tes menaces et tes cris effroyables; il a peine à concevoir qu’il puisse y avoir dans l’étendue de ses domaines un être assez audacieux pour oser faire un bruit aussi horrible.
Cependant le roi lion est généreux, et nous essaierons de l’engager à te faire grâce , et à te laisser vivre en paix dans ses domaines; mais au moins, sois attentif à parler plus doucement et avec plus d’humilité que tu ne le fais. Et souviens toi du sloca :
*' eS rfoca.
« Le doux zéphir , par son souffle agréable et toujours uniforme, réjouit toute la nature, tandis que la tempête répand par- tout la terreur et la désolation. »
C’est nous qui t’introduirons auprès du roi; car, tu le sais :
« Pour conclure un mariage, et pour obtenir la faveur des rois , le secours d’autrui est d’absolue nécessité. »
Nous savons que naturellement tu es plus
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